Berlin fâché après des accusations de «nazisme»

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La chancelière Merkel en compagnie du président Erdogan (premier ministre à l'époque), à Berlin, en octobre 2012.

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Agence France-Presse
Berlin

Berlin a réagi lundi avec colère aux accusations de «pratiques nazies» du président turc, alors que les deux pays multiplient les passes d'armes au sujet d'une série d'interdictions de rassemblements électoraux pro-Erdogan en Allemagne.

Pour la quatrième fois en sept jours, un rassemblement pro-Erdogan a été annulé par une municipalité allemande, qui a invoqué à son tour des raisons purement logistiques.

La ville d'Hambourg (nord) a estimé trop vétuste la salle qui devait accueillir mardi le rassemblement du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu.

Comme plusieurs responsables turcs, M. Cavusoglu a été missionné pour récupérer le plus de voix possible au sein de la communauté turque d'Allemagne en faveur du «oui» au référendum sur l'extension des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan.

L'agence progouvernementale turque Anadolu assure que le rassemblement aura bien lieu, mais dans une autre salle, et le Premier ministre turc Binali Yildirim a déclaré lundi soir espérer qu'il n'y ait «pas davantage d'escalade sur cette question» des rassemblements.

Car cette dernière poussée de tensions entre les deux pays révèle l'état déjà dégradé de la relation germano-turque : la Turquie a très mal pris les critiques allemandes des derniers mois sur le respect de la liberté d'expression et des droits de l'opposition après les purges déclenchées à la suite du putsch raté de juillet.

Le gouvernement allemand a déjà souligné être étranger à ces annulations en série relevant de la compétence des seules municipalités. Mais pour Ankara, Berlin mène campagne contre M. Erdogan.

«À l'adresse de notre partenaire turc, soyons critiques là où c'est nécessaire, mais ne perdons pas de vue la signification de notre partenariat (...) gardons la tête froide», a lancé devant la presse Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière Angela Merkel.

Il a également qualifié «d'absurdes et déplacées» les accusations de dimanche de M. Erdogan, qui avait qualifié de «pratiques nazies» les interdictions de rassemblements électoraux en faveur du «oui» à l'extension de ses pouvoirs.

Une source gouvernementale turque a indiqué à l'AFP que le ministre turc des Affaires étrangères et son homologue allemand, Sigmar Gabriel s'étaient entretenus au téléphone lundi soir, sans donner plus de détails sur la teneur de cet appel.

Craintes allemandes

M. Erdogan s'est dit prêt à faire campagne en Allemagne, assurant que si les autorités l'en empêchaient, il mettrait «le monde sens dessus dessous».

Cette déclaration a de quoi inquiéter Berlin, qui abrite la plus grande diaspora turque au monde, avec quelque trois millions de personnes qui conservent souvent un lien fort avec leur pays d'origine.

Le gouvernement Merkel a déjà appelé ces derniers mois cette communauté à ne pas importer les conflits qui agitent la Turquie, entre partisans et détracteurs de M. Erdogan d'une part, et Turcs et Kurdes d'autre part.

Pour les forces politiques turques, cette diaspora s'avère particulièrement  importante car elle représente un réservoir de voix non-négligeable. D'autant que les 1,4 million d'électeurs turcs vivant en Allemagne sont plutôt pro-Erdogan.

«Le résultat du référendum demeure incertain et le gouvernement tente de saisir toute opportunité pour obtenir un avantage politique», relève Sinan Ülgen, président du Center for Economics and Foreign Policy (Edam) basé à Istanbul.

Selon lui, l'essentiel de la classe politique, opposition comprise, est d'ailleurs critique des récentes interdictions de manifestations politiques en Allemagne.

Ce dossier est loin d'être la seule source de tensions entre Ankara et Berlin, l'Allemagne ayant notamment dénoncé avec virulence l'incarcération la semaine dernière du correspondant germano-turc du quotidien Die Welt, Deniz Yücel, accusé de «propagande terroriste».

Ankara reproche de son côté à l'Allemagne d'héberger des «terroristes», qu'il s'agisse de sympathisants du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), classé organisation «terroriste» par Ankara, Bruxelles et Washington, ou de putschistes présumés.

Berlin a enregistré ces derniers mois des milliers de demandes d'asile de ressortissants turcs, notamment de dizaines de diplomates et militaires.

La Turquie reste un partenaire incontournable aux yeux de l'Allemagne, le rôle d'Ankara étant crucial, selon elle, pour ralentir l'afflux de demandeurs d'asile en Europe.




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