Prostitution en Russie: entre clandestinité et indifférence

À Saint-Pétersbourg, les travailleuses du sexe peuvent recevoir... (AFP, Olga Maltseva)

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À Saint-Pétersbourg, les travailleuses du sexe peuvent recevoir jusqu'à 15 clients par soirée de travail. Mais elles ne touchent que la moitié des 2000 roubles (46 $CAN) de l'heure que ceux-ci déboursent.

AFP, Olga Maltseva

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Marina Koreneva
Agence France-Presse
Saint-Pétersbourg

Vladimir Poutine les a vantées, non sans sarcasme, comme «les meilleures au monde». Mais les prostituées russes sont contraintes de travailler dans la clandestinité et l'indifférence, victimes de nombreux abus dans un pays où leurs plaintes sont rarement entendues.

«Les prostituées russes sont des parias absolues, qui n'ont aucune possibilité réelle de se défendre», résume amèrement Irina Maslova, fondatrice de l'unique association du pays qui vient en aide aux travailleuses du sexe, La rose d'argent.

La prostitution est illégale en Russie, passible d'une amende presque symbolique de 1500 roubles (environ 32 $CAN).

Selon les défenseurs des droits des prostituées, cette interdiction sert souvent d'excuse à la police pour ne pas enquêter sur les abus dont les travailleuses du sexe sont victimes.

«Les policiers refusent d'enregistrer les plaintes des filles sur les agressions qu'elles subissent de la part de leurs clients. Et bien souvent, ils ouvrent un dossier contre elles pour "prostitution", au lieu de les défendre», explique Mme Maslova.

Les agressions, extorsions et menaces de révéler leur activité à leurs proches sont en outre monnaie courante, souligne-t-elle.

Irina sait de quoi elle parle : cette blonde svelte de petite taille âgée d'une quarantaine d'années a passé six ans à vendre ses services à Saint-Pétersbourg, avant de commencer en 2003 à militer pour les droits des travailleuses du sexe.

Elle tente de mettre en place un «syndicat des travailleuses du sexe» en Russie et est persuadée que seule une légalisation de la prostitution pourrait mettre fin aux abus dont ces femmes sont victimes.

Mais «on nous répond officiellement que ce métier n'existe pas», soupire-t-elle.

Rien qu'à Saint-Pétersbourg, la deuxième ville de Russie, entre 4000 et 6000 femmes vivent de la prostitution, selon les estimations - il n'y a pas de statistiques exactes. Parmi elles, seulement 10 % exercent dans la rue, la plupart travaillant dans des salons clandestins : des appartements partagés par plusieurs prostituées, avec une secrétaire répondant au téléphone et un gardien à l'entrée.

À l'époque de l'URSS, la prostitution n'existait officiellement pas. Elle n'est apparue dans les rues de Moscou que dans les années 90. Et depuis le début des années 2000, a généralement lieu dans des salons clandestins, souvent placés sous la «protection» de policiers corrompus.

Étudiantes et mères 

La promotion de ces salons est assurée via des petites annonces promettant de «passer du bon temps» : apposées sur les murs des immeubles, aux arrêts d'autobus...

«Le profil des filles est très varié», explique Reguina Akhmetzianova, une militante de l'association La rose d'argent. «Il y a des étudiantes, des femmes divorcées, même des mères au foyer. Leur mari n'est pas au courant ou dit ne pas l'être.»

Épidémie de VIH

Le soir, Reguina se rend dans des salons clandestins pour y distribuer des préservatifs et proposer un dépistage VIH aux prostituées, alors que la maladie fait des ravages en Russie. Plus de 103 000 nouveaux cas ont été enregistrés en 2016, une hausse de 5 % en un an.

Elle sonne au sixième étage d'un grand bâtiment au style stalinien du sud de Saint-Pétersbourg. Une blonde d'une trentaine d'années lui ouvre la porte de l'appartement en lui lançant un sourire de bienvenue. Reguina avait prévenu par téléphone qu'elle passerait.

«Allez dans la cuisine, Nadia travaille, Nastia et Madina sont là», dit la blonde, qui se présente comme Inna, l'administratrice des lieux.

Nastia, 31 ans et Madina, 20 ans, en t-shirt jeté sur une nuisette, boivent un thé dans la petite cuisine.

Ne pas montrer sa peur

Les trois filles qui travaillent ici reçoivent entre 10 et 15 clients par nuit, mais ne touchent que la moitié des 2000 roubles par heure (46 $CAN) que ces derniers déboursent.

«J'ai eu des situations difficiles avec des clients à plusieurs reprises bien sûr. J'ai appris à ne pas montrer ma peur», dit Nastia, une rousse aux yeux verts originaire de l'Oural.

Tout bas, Madina, une jeune Ouzbèke qui parle à peine le russe, énumère elle aussi : «Oui, on m'a battue, menacée avec un couteau, forcée à le faire sans préservatif...»

Reguina est en train de préparer des tests de dépistage lorsque l'on sonne à l'interphone.

«Allez, les filles, vite», s'exclame Inna tout en regardant les images des caméras qui montrent un homme monter vers l'appartement. Nastia et Madina ôtent leurs t-shirts, remettent leurs talons hauts et disparaissent.

Une dizaine de minutes plus tard, Madina revient seule : le client a choisi Nastia.

«Nous faisons ce que nous faisons de notre propre initiative, c'est vrai. Mais on reste des êtres humains et on aimerait que l'on nous traite en tant que tel», soupire Nadia, juste après le départ d'un autre client.




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