Drones: les artificiers du ciel de l'EI inquiètent l'Occident

Un policier irakien montre un dispositif utilisé par... (AP, Khalid Mohammed)

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Un policier irakien montre un dispositif utilisé par l'EI pour contrôler un drone.

AP, Khalid Mohammed

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Michel Moutot
Agence France-Presse
Paris

Ils sont capables, grâce à des drones du commerce modifiés, de lâcher des bombes sur des voitures en Irak. Les artificiers du ciel du groupe État islamique, souvent des Occidentaux susceptibles de rentrer chez eux, donnent des cauchemars aux services antiterroristes du monde entier.

Depuis quelques mois, les services de propagande de l'EI diffusent des images, filmées par des caméras embarquées, d'obus ou de grenades lâchées avec précision par des drones sur des blindés de l'armée irakienne, des rassemblements de soldats ou des convois de 4x4.

On peut voir la munition, équipée d'ailettes ou même de plumes de volants de badminton, tomber en oscillant sur plusieurs centaines de mètres, puis exploser en touchant le sol ou un véhicule. Même s'il est évident qu'ils ne sélectionnent pour la mise en ligne sur internet que les coups au but, qui doivent être rares, l'effet est dévastateur.

«C'est évident, nous avons un problème», confie à l'AFP l'ancien chef d'un service français de renseignement, qui demande à rester anonyme. «Ces images-là font peur à tout le monde. Déjà, les survols des centrales nucléaires avaient semé la panique, mais maintenant qu'ils sont capables de balancer des trucs, c'est encore pire. Des contre-mesures universelles contre ça : c'est simple, il n'y en a pas».

À la suite de survols répétés de sites sensibles en France par de petits engins en vente dans le commerce, la menace des drones a été étudiée de près. Des appareils capables notamment de brouiller le signal de guidage de l'engin, voire de le faire tomber, ont été testés. Des aigles royaux chasseurs de drones sont aussi à l'entraînement sur une base aérienne dans le sud-ouest de la France.

«Nous pouvons mettre en place des dispositifs capables d'empêcher ou de gêner des survols, mais sur des lieux donnés à des moments donnés, genre le stade de France un soir de match, visite officielle ou défilé du 14 juillet», ajoute la même source. «Mais balancer une grenade sur une foule, au hasard, on ne pourra pas l'empêcher. Les images qu'ils publient sur internet sont bien évidemment de la propagande, donc elles sont montées, trafiquées pour faire peur, mais le but est atteint».

«Mieux que du bidouillage»

La menace est prise d'autant plus au sérieux qu'en Irak les opérateurs de drones sont souvent des jihadistes venus de pays occidentaux, habitués aux commandes de jeux vidéo, dont un certain nombre ont entrepris, face à l'offensive anti-EI qui se développe, de rentrer dans leurs pays d'origine.

Dans un rapport publié le 31 janvier, le Combating Terrorism Center de l'école militaire américaine de West Point, écrit, sur la base de documents de l'EI saisis en Irak, que «l'EI a mis en place une unité de drones formelle, institutionnalisée, financée depuis 2015, sinon plus tôt. À court terme, nous devons nous attendre à ce qu'ils améliorent leur capacité de bombardement à partir de drones».

Les documents saisis montrent que les engins et leurs pièces sont achetés par l'EI le plus souvent sur internet, via des pays comme la Turquie ou la Jordanie, et que les capacités techniques des drones (rayon d'action, capacité d'emport) sont améliorées pour les rendre plus redoutables.

«C'est clairement une menace que nous envisageons», dit à l'AFP un responsable spécialiste de la question qui, étant donné la gravité du sujet, demande à ne pas être identifié. «Même si militairement, en raison des charges très limitées que ce genre d'engin peut pour l'instant emporter, ce ne soit pas significatif, il est certain que la première attaque de ce genre en France marquerait les esprits».

«Nous étudions de nombreux dispositifs pour empêcher que cela ne se produise, mais protéger intégralement le territoire national contre cette menace est tout simplement impossible», ajoute ce responsable.

«Pour l'instant, en Irak, c'est un peu mieux que du bidouillage, mais ils vont évoluer. En l'état actuel, ils ne sont pas en capacité d'emporter des charges sales, chimiques ou biologiques, ce qui est rassurant. Mais pour le reste, la question n'est pas de savoir si ça va se réaliser, mais plutôt quand».




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