Vivre sous terre la fin d'un fief de l'EI

Oum Abdo marche avec ses enfants dans les... (AFP, Nazeer al-Khatib)

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Oum Abdo marche avec ses enfants dans les rues dévastées de la ville d'Al-Bab, en Syrie, tombée jeudi aux mains des forces turques et de leurs alliées rebelles.

AFP, Nazeer al-Khatib

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Nazeer Al-Khatib
Agence France-Presse
Al-Bab

Dans les jours qui ont précédé la chute d'Al-Bab, fief syrien du groupe État islamique (EI), Oum Abdo est restée terrée avec sa famille dans un sous-sol par peur des bombardements, mais aussi des djihadistes qui cherchaient un lieu où se cacher.

Dans une ruelle jonchée de gravats, avec de part et d'autre des échoppes aux devantures défoncées ou noircies, cette trentenaire se remémore cette angoissante «chasse aux sous-sols» avant que la ville du nord syrien ne tombe jeudi aux mains des forces turques et de leurs alliées rebelles.

«À chaque fois qu'ils [les djihadistes] trouvaient une famille cachée dans un sous-sol, ils l'en chassaient pour s'y réfugier à sa place», assure cette mère de quatre enfants, vêtue d'une abaya et d'un voile noirs.

«Ils ne permettaient à personne de sortir dans la rue. Dans le même temps, vous ne pouviez pas vous cacher dans un sous-sol. Il fallait rester sous les bombardements», raconte-t-elle, tout en promenant un de ses fils dans une poussette.

À ses côtés, ses trois autres enfants semblent avoir retrouvé un semblant d'insouciance.

Ils étreignent leurs ours en peluche et donnent à manger à un chat des rues qui a survécu aux violents combats. L'offensive pour chasser l'EI de son dernier grand fief de la province septentrionale d'Alep a duré deux mois.

Pénible

«Nous nous sommes cachés dans le sous-sol, et on a fait en sorte que personne ne sache que nous étions là. C'était pénible», poursuit Oum Abdo, son surnom.

La famille avait une peur terrible de se faire repérer. «Quand un de mes enfants pleurait, on le grondait», se rappelle-t-elle.

Partout, la cité porte les stigmates de la terrible bataille déclenchée le 10 décembre par la Turquie qui a remporté à Al-Bab, avec ses alliés rebelles, son deuxième succès majeur après la prise en août à l'EI de la ville de Jarablos, à sa frontière.

Des carcasses de voitures sont abandonnées en plein milieu de la rue, des montagnes de décombres jonchent le sol, des toits et des immeubles se sont effondrés et des façades apparaissent dévastées.

À l'instar de centaines de familles, celle d'Oum Abdo a tenté à plusieurs reprises de quitter Al-Bab, qui comptait environ 100 000 habitants avant la guerre.

«Nous avons essayé, mais nous n'avons pas pu fuir. Nos enfants sont petits, nous n'osions pas sortir», dit-elle.

Son mari, Abou Abdo, homme barbu de 38 ans, explique que les djihadistes avaient installé de nombreux barrages et stoppaient quiconque voulait partir. «De plus, les routes étaient bourrées d'engins explosifs, et plusieurs personnes ont été blessées ou ont péri à cause de cela.»

Pour lui, le choix était entre «rester et vivre ou mourir en fuyant».

La peur dans les yeux

Au loin, des tirs sporadiques retentissent alors que les forces turques et les rebelles syriens poursuivent leurs opérations de ratissage, la cité étant truffée d'explosifs posés par les combattants de l'EI. Les habitants restent de ce fait très prudents sur les routes.

«Avant de partir, les djihadistes ont miné la ville», ajoute Abou Abdo. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), 14 personnes, dont des civils, ont péri ces deux derniers jours par l'explosion d'engins laissés par les djihadistes.

Employé dans une compagnie avant la prise de sa ville par les djihadistes, Abou Abdo affirme avoir quitté son travail pour ouvrir une épicerie.

«Mais la situation a empiré et j'ai dû la fermer», dit-il, en racontant le régime de peur imposé par l'EI depuis sa conquête de la ville en 2014.

«Les dernières années ont été synonymes d'angoisse et de terreur. Les combattants de Daech ne nous laissaient jamais tranquilles. Ils nous ont poussés à quitter nos foyers qu'ils transformaient en positions militaires», ajoute-t-il.

Lui et sa famille ont dû changer de maison plusieurs fois.

«L'EI nous faisait sentir qu'on ne valait rien. Si tu ne combattais pas avec eux, tu n'avais droit à rien», poursuit Abou Abdo.

Mais après un léger soupir et sur un ton soulagé, il lance, «au final je les ai vus prendre la fuite la peur dans les yeux».




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