Poutine, «l'ombre» de Trump

Les relations entre le président Donald Trump et la Russie ressemblent à une... (Infographie Le Soleil)

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(Québec) Les relations entre le président Donald Trump et la Russie ressemblent à une poupée russe. Chaque fois que le président croit avoir tourné la page, le problème russe ressurgit. Tous les ingrédients du thriller politique sont réunis. Sexe, espionnage, corruption, diplomatie bidon, incompétence crasse et on en passe. Un survol de l'affaire en sept dates.

  • 9 novembre 2013: Miss Univers à Moscou

Dès 1987, Donald Trump rêve de bâtir une Trump Tower à Moscou, dans le «ventre» de la bête communiste. Sauf que les Soviets ne comprennent rien aux affaires. Le fruit n'est pas encore mûr.

En 2013, Trump revient triomphalement à Moscou. Il parade à la tête du concours de beauté Miss Univers, qu'il se vante d'avoir sauvé du politiquement correct. «Franchement, dès que j'ai acheté le concours [en 1996], les costumes de bain ont rétréci, les talons sont devenus plus hauts et les cotes d'écoute ont monté», explique-t-il à Vanity Fair

À l'époque, le milliardaire est déjà perçu comme un aspirant à la présidence. Il ne rate jamais une occasion de ridiculiser Barack Obama. «Poutine est un ex-agent du KGB. Obama est un organisateur communautaire. Nous ne sommes pas de taille», répète-t-il. À la veille du concours, il fanfaronne sur Twitter. «Croyez-vous que Vladimir Poutine viendra à Miss Univers? S'il vient, deviendra-t-il mon nouveau meilleur ami?» 

En définitive, Vladimir Poutine ne met pas les pieds pas au gala. Le Kremlin explique que le format n'est pas assez «présidentiel». Une manière polie de dire que Poutine préfère se tenir loin d'un événement qu'il juge probablement «décadent».

Peu importe. En marge du gala, Donald Trump rencontre les nouveaux riches de Moscou. Ça lui suffit pour répéter «qu'il connaît bien la Russie». De retour à New York, le meilleur ami imaginaire de Poutine déborde d'enthousiasme.  «Prochaine étape : une Trump Tower à Moscou!»

  • 27 juillet 2016: «Russie? Es-tu à l'écoute?»

À l'été 2016, Donald Trump est devenu le candidat du Parti républicain à la présidence. La politique l'oblige à mettre sur la glace ses projets de gratte-ciel à Moscou. Mais il ne cache pas son admiration pour Vladimir Poutine. «Un grand leader.» «Fort.» «Énergique.»

Vladimir Poutine rend la politesse à Donald Trump. Il décrit le Donald comme un homme «très brillant» et «talentueux». Ce n'est plus un simple flirt. Ça ressemble à une lune de miel! 

Le 27 juillet, lors d'un discours en Floride, Donald Trump va plus loin. Il appelle la Russie à la rescousse pour l'aider à retrouver les courriels disparus de son adversaire Hillary Clinton. «Russie? Es-tu à l'écoute? J'espère que tu pourras dénicher les 30 000 courriels qui manquent. Si tu réussis, je pense que tu seras célébrée par notre presse.»

L'appel crée un malaise. Après tout, le candidat vient d'appeler une puissance étrangère à intervenir dans la campagne. Tout cela, au moment même où le FBI soupçonne la Russie d'être à l'origine du piratage des serveurs informatiques du Parti démocrate.

Donald Trump prétend que son appel se voulait «ironique». Il refuse de croire que ses amis russes ont piraté les serveurs démocrates. «Personne ne connaît le coupable [...] dira-t-il. Ça pourrait être les Chinois ou quelqu'un pesant 400 livres, qui se trouverait dans le lit [d'Hillary Clinton].»

  • 19 août 2016: la chute du «Mercenaire»

Au mois d'août, la campagne de Donald Trump traverse une zone de turbulences. Les sondages sont mauvais. L'équipe se déchire. Le candidat doit-il adopter un ton plus «présidentiel»? Faut-il faire la paix avec les élus républicains, y compris avec ceux qu'il a traités de «fous furieux», de «maniaques» ou de «minus», durant les primaires?

Le directeur de la campagne, Paul Manafort, alias «Le Mercenaire», se retrouve sur le grill. Monsieur a l'habitude. Il a participé à (presque) toutes les campagnes présidentielles républicaines depuis... 1976. Et sa société de consultants a été surnommée «le lobby de la torture», à cause de son travail en faveur de dictateurs sanglants comme le Philippin Ferdinand Marcos ou le Zaïrois Mobutu Sese Seko.

À la mi-août, une enquête du New York Times va pourtant provoquer la chute du mercenaire Manafort. Entre 2007 et 2012, il aurait reçu 12,5 millions $ en provenance d'une caisse électorale occulte, reliée au président prorusse de l'Ukraine, Viktor Ianoukovitch. On se souviendra que Ianoukovitch tentait de ramener l'Ukraine dans l'orbite de la Russie, avant d'être destitué, en 2014. Accusé de corruption à grande échelle, le président déchu s'est réfugié en... Russie.

Manafort nie tout, mais il doit quand même démissionner, le 19 août. Tout ce qui touche à la Russie semble toxique. Ça ne fait que commencer. 

  • 7 octobre 2016: «[La Russie] tente d'interférer dans le processus électoral.»

Coup de théâtre. À un mois de l'élection présidentielle, l'administration Obama accuse «formellement» la Russie d'avoir piraté les serveurs du Comité national du Parti démocrate et de plusieurs politiciens. Les responsables des services de renseignements affirment que le geste visait à influencer les élections.

Les démocrates réagissent comme des requins qui flairent une goutte de sang. Ils accusent Donald Trump d'avoir profité du crime. Pire, d'être un complice. Quelques jours plus tard, lors du dernier débat, Hillary Clinton présente Trump comme la «marionnette» de Poutine. 

Soudain, Donald Trump se retrouve sur la défensive. Pendant quelque temps, il répète qu'il ne connaît «rien» à la Russie». Finie l'époque au cours de laquelle il rêvait de devenir «le nouveau meilleur ami» de Poutine. Sans oublier cette perle : «Je parle en bien de Poutine parce qu'il parle en bien de moi.»

  • 30 décembre 2016: «J'ai toujours su qu'il était brillant»

Donald Trump a été élu président. Mais l'administration Obama profite de ses derniers jours au pouvoir pour régler des comptes. Le 30 décembre, 35 diplomates russes sont expulsés des États-Unis.

À la surprise générale, Vladimir Poutine ne réplique pas. Aucunes représailles. Grand seigneur, il invite plutôt les enfants des diplomates américains à une fête au Kremlin!

Donald Trump est impressionné par la réserve du président russe. «Bien joué», écrit-il sur Twitter. «J'ai toujours su qu'il était très brillant.» Mais le compliment tombe mal. Il donne l'impression que le président est de connivence avec Poutine. Depuis des jours, le tout Washington s'amuse à deviner les liens entre la nouvelle administration Trump et la Russie. L'affaire a pris la forme d'un jeu-questionnaire impromptu, dont voici un échantillon. 

«Qui suis-je? À titre de pdg du géant pétrolier Exxon Mobil, j'ai présidé à un spectaculaire rapprochement avec la Russie. Je me suis farouchement opposé à l'imposition de sanctions économiques à la Russie, même après son annexion de la Crimée. En 2012, j'ai même été décoré par Vladimir Poutine en personne.

Réponse : le nouveau secrétaire d'État, Rex Tillerson.»

  • 10 janvier 2017: la machine à rumeurs s'emballe

À quelques jours de l'assermentation de Donald Trump, le site Buzzfeed publie un rapport sur des infos «compromettantes» que les services de renseignements russes auraient compilé sur Donald Trump, pour le faire chanter. Il est question de prostituées. De débauche dans un hôtel de Moscou. De caméras cachées. Bref, on nage en plein roman d'espionnage bon marché.

Les infos n'ont pas été prouvées. Un résumé a été présenté à Barack Obama et à Donald Trump, par simple mesure de précaution. Mais sitôt rendu public, le rapport sème la frénésie. Les paranoïaques y voient la confirmation de leurs pires soupçons. Donald Trump est un candidat téléguidé par Moscou! Le Kremlin s'en sert pour briser son isolement diplomatique et faire avancer ses pions!

Le président Trump est furieux. L'épisode achève de pourrir ses relations déjà exécrables avec les médias. Patience. Le pire est à venir. Bientôt, le Wall Street Journal révèle que les services de renseignements ne partagent pas certaines informations «sensibles» avec la nouvelle administration. On craint que les infos soient transmises à Moscou! «Le Kremlin a des oreilles à la Maison-Blanche», confie une source anonyme.

La colère du président Trump n'y change rien. Un jour, il enguirlande le directeur de la CIA. Il l'accuse d'être incapable d'empêcher les fuites d'information anonymes. «Le vrai problème, c'est que l'information circule comme du bonbon!» hurle-t-il.

Devinez quoi? Le jour même, un témoin raconte tout à CBS News. De manière anonyme, bien sûr.

  • 13 février 2017: «Les espions russes ne portent pas tous un macaron»

Pour calmer le jeu, Donald Trump admet du bout des lèvres que c'est la Russie qui a piraté les serveurs du Parti démocrate. Il s'engage aussi à maintenir les sanctions contre la Russie «durant un certain temps».

Peu importe. Le 13 février, la Russie revient le hanter. Cette fois, c'est son conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, qui doit démissionner. M. Flynn aurait discuté avec l'ambassadeur russe de la levée des sanctions imposées à la Russie, avant même que Donald Trump ait été assermenté. Un geste illégal, prouvé par une conversation enregistrée par le FBI.

Reste à savoir si M. Flynn a promis à la Russie une levée rapide des sanctions, en échange de son «aide», durant la campagne électorale. Qui sait? Il ne s'agit peut-être que de la pointe de l'iceberg? Selon le New York Times, d'autres personnes de l'entourage de Donald Trump auraient communiqué avec la Russie, pour des raisons obscures, bien avant les élections. 

Soudain, les amourettes entre Donald Trump et Vladimir Poutine prennent une autre dimension. Plusieurs proches du président se retrouvent dans l'eau chaude. Le FBI refuse de démentir l'existence de contacts entre la campagne de Donald Trump et la Russie. Même les alliés républicains du président au Congrès montrent des signes d'inquiétude. 

L'administration Trump semble à court d'explications. Seul l'ancien directeur de campagne, Paul Manafort, fait encore mine d'en rire. «À ma connaissance, je n'ai jamais parlé à un espion russe, a-t-il expliqué. Mais ces gens-là ne portent pas un macaron, sur lequel il est inscrit : "Je suis un espion".»

Sans crier gare, le gentil film d'espionnage Bons baisers de Russie commence à ressembler au drame sordide Liaison fatale. C'est bien connu. Les histoires d'amour finissent mal, en général.




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