Bataille ardue pour reprendre l'ouest de Mossoul

Depuis le début en octobre de la bataille... (AFP, Ahmad Al-Rubaye)

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Depuis le début en octobre de la bataille destinée à reconquérir Mossoul, les forces irakiennes ont repris l'est de la cité et ont lancé dimanche l'offensive pour s'emparer des quartiers ouest.

AFP, Ahmad Al-Rubaye

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Marisol Rifai, Jean Marc Mojon
Agence France-Presse
Al-Bousseif et Bagdad

Les forces irakiennes ont reconquis dimanche quinze villages au début d'une offensive pour reprendre aux jihadistes la partie occidentale de Mossoul, où le sort des 750 000 civils assiégés inquiète les organisations internationales.

L'offensive, qui s'annonce longue et dure, a été lancée à l'aube à partir de plusieurs directions et les villages repris sont situés au sud de la deuxième ville d'Irak, sur le chemin menant à l'aéroport de Mossoul, l'un des principaux objectifs des troupes irakiennes, selon des commandants sur place.

Conquise en juin 2014 par le groupe jihadiste État islamique (EI), Mossoul est le dernier grand fief de cette organisation extrémiste en Irak. C'est à Mossoul que le chef de l'EI Abou Bakr Al-Baghdadi avait fait son unique apparition publique.

Intenses bombardements 

Près de la ligne de front, sur les collines arides d'Al-Bousseif, à 5 km à vol d'oiseau de l'aéroport, d'intenses bombardements terrestres et aériens étaient visibles ou entendus.

Le ciel au sud de Mossoul était couvert d'une épaisse fumée noire, alors que les convois de blindés convergeaient vers l'aéroport.

«Nous avons jusqu'à maintenant atteint tous nos objectifs. Nous nous dirigeons vers l'aéroport», a dit le général Abbas al-Joubouri, commandant de la Force d'intervention rapide (FIR), devenue incontournable dans la lutte anti-EI.

«Ils (les jihadistes) sont désespérés», affirme à l'AFP Ali, membre de la FIR, à Al-Bousseif, alors que les hélicoptères survolent le secteur. «Ils (les jihadistes) vont essayer de causer le plus de pertes possibles, car ils savent qu'ils vont mourir de toute façon», dit son camarade Alaa.

C'est lors d'une brève intervention télévisée que le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a annoncé le début de l'offensive, 26 jours après la libération totale de la partie orientale de Mossoul, dans le cadre d'une opération de grande envergure lancée le 17 octobre pour chasser l'EI de l'ensemble de la ville septentrionale.

«Ninive, nous venons libérer la partie ouest de Mossoul», a proclamé M. Abadi, en parlant de la province dont Mossoul est le chef-lieu.

«Protégez les enfants»

Les forces irakiennes, formées de soldats, de policiers et de milices loyalistes, sont appuyées dans les airs par l'aviation de la coalition internationale dirigée par les États-Unis et au sol par des conseillers militaires notamment américains.

La coalition a annoncé avoir mené samedi neuf raids sur la région de Mossoul. Plus de la moitié des quelque 9000 militaires de la coalition déployés en Irak sont américains et certains étaient visibles sur le front dimanche.

Selon le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, «la coalition intervient en soutien à cette opération», et «les forces américaines jouent le même rôle que pour l'est de Mossoul». «Nous poursuivrons l'accélération de nos efforts pour détruire l'EI».

La violence des combats qui s'annoncent inquiète cependant l'ONU, qui veut établir rapidement de nouveaux camps dans l'éventualité d'un exode, selon Lise Grande, sa coordinatrice humanitaire en Irak.

L'ONG Save The Children a appelé à «tout faire» pour «protéger» les 350 000 enfants dans l'ouest de Mossoul. «Ces enfants doivent choisir entre les bombes, les combats et la faim s'ils restent et les exécutions et les tirs de snipers s'ils tentent de fuir».

Assiégés depuis des semaines, les quelque 750 000 habitants de l'ouest de Mossoul vivent dans des conditions difficiles : pénuries d'eau et d'électricité, manque de nourriture et hausse des prix.

Bataille ardue 

Il a fallu plus de trois mois de combats acharnés aux forces irakiennes pour venir à bout des jihadistes à Mossoul-Est.

Et la reprise de la partie occidentale plus densément peuplée et aux ruelles étroites sera plus ardue, surtout que le passage des véhicules militaires y sera difficile. De plus, les jihadistes y sont mieux implantés et sont infiltrés parmi les civils souvent utilisés comme boucliers humains.

La bataille «risque d'être plus difficile, avec des combats maison par maison, plus sanglant et à plus grande échelle», met en garde Patrick Skinner, du groupe d'analyse Soufan Group Intelligence Consultancy.

«La résistance de l'EI pourrait s'avérer plus importante dans cette zone», indique Emily Anagnostos, du centre de réflexion Institute for the Study of War.

Aucun bilan global des victimes des quatre mois d'offensive n'a été fourni, mais les pertes dans les rangs de l'EI seraient importantes, ce qui pourrait priver le groupe des ressources nécessaires pour défendre efficacement Mossoul-Ouest.

Une perte totale de Mossoul serait un échec cinglant pour l'EI qui a perdu beaucoup de terrain ces derniers mois en Irak et en Syrie voisine.

Le groupe jihadiste ne contrôlerait alors plus qu'une région autour de la ville irakienne de Hawija, à 180 km au sud-est de Mossoul, et de petites localités dans l'ouest irakien frontalier de la Syrie où il défend également son principal fief de Raqa face à des forces arabo-kurdes.

Mais malgré les revers, l'EI reste capable de mener des attentats particulièrement sanglants.

En chiffres

Les chiffres de l'offensive pour reprendre Mossoul au groupe État islamique (EI), qui est entrée dimanche dans une nouvelle phase avec le lancement d'une opération de reconquête de l'ouest de la deuxième ville d'Irak:

  • Au moins 11: le nombre de villages repris aux djihadistes dimanche par les forces irakiennes au sud de Mossoul.
  • 40: les frappes aériennes menées par la coalition internationale dirigée par Washington samedi sur des cibles de l'EI en Syrie et en Irak, dont neuf dans la région de Mossoul.
  • 126: le nombre de jours depuis le début de l'opération pour reprendre Mossoul, le 17 octobre.
  • 65: estimation en pourcentage du terrain perdu par l'EI en Irak depuis son expansion territoriale maximale en 2014
  • 9000: nombre minimal de militaires de la coalition internationale antidjihadistes déployées en Irak, dont 5200 Américains principalement chargés de conseiller et d'entraîner les soldats irakiens.
  • 12 093: les munitions tirées par la coalition internationale sur des cibles de l'EI depuis le début de l'opération pour reprendre Mossoul mi-octobre.
  • 142: le nombre de tunnels détruits depuis le début de cette même opération.
  • 396: le nombre de bunkers détruits.
  • 161: le nombre de véhicules piégés détruits.
  • 2: population estimée, en millions d'habitants, de Mossoul avant sa prise par l'EI en juin 2014.
  • 750 000: nombre estimé d'habitants dans la partie ouest de Mossoul, sur la rive occidentale du Tigre.
  • 217 000: le nombre de déplacés depuis le lancement des opérations militaires pour reconquérir la deuxième ville d'Irak, dont 57 000 sont déjà rentrés chez eux.
  • 2,3: en millions de litres, la quantité d'eau livrée quotidiennement par les organisations humanitaires dans la partie est de Mossoul, reconquise en janvier.
  • 878 000: nombre de personnes ayant reçu une aide humanitaire d'urgence dans la région de Mossoul depuis le déclenchement des hostilités le 17 octobre.
Sources: ONU, coalition internationale antidjihadistes

Ce que l'on sait de l'offensive

Les forces irakiennes ont progressé sur la rive ouest de Mossoul et repris cinq villages au sud de la ville, dans le cadre d'une nouvelle phase de la vaste offensive visant à chasser le groupe État islamique (EI) de son dernier bastion en Irak.

Déclenchée en octobre, cette offensive pour reprendre la deuxième ville d'Irak est la plus grande opération militaire menée dans ce pays depuis plusieurs années.

Où se trouvent les forces irakiennes?

Des unités de la police fédérale ont repris dimanche cinq villages au sud de Mossoul, dont un à portée de tir de l'aéroport qui se situe à l'extrême sud de la ville, sur la rive ouest du Tigre, le fleuve qui sépare la ville en deux.

Elles sont soutenues par les Forces d'intervention rapide (forces d'élite du ministère de l'Intérieur) et par des unités de l'armée.

Les forces les mieux préparées du pays, les unités du contre-terrorisme (CTS), ne sont pas impliquées dans cette première phase de l'opération mais devraient entrer dans l'ouest de la ville dans les prochains jours.

Les forces Hachd al-Chaabi (Mobilisation populaire) sont actives sur un front au sud-ouest de Mossoul où elles ont coupé les voies de ravitaillement de l'EI entre Mossoul et la Syrie. Elles se trouvent aux abords de la localité de Tal Afar, sous contrôle des djihadistes.

Différentes forces sont déployées dans l'est de Mossoul, partie de la ville reconquise en janvier, mais les combattants kurdes (peshmergas) n'y sont pas entrés, se maintenant à quelques kilomètres à l'est et au nord de Mossoul.

À quoi s'attendre dans l'ouest de Mossoul?

Le principal objectif de cette première phase de l'opération pour l'ouest de Mossoul est l'aéroport et une base militaire proche. Les forces irakiennes vont par la suite tenter d'entrer dans cette partie densément peuplée de la ville par plusieurs directions, y compris par le Tigre où elles envisagent d'utiliser des ponts flottants depuis la rive orientale.

La bataille s'annonce plus dure dans la partie occidentale de Mossoul avec ses ruelles étroites, notamment dans la vieille ville, et face à des djihadistes mieux implantés et tentés de recourir aux civils comme boucliers humains.

La coalition internationale conduite par Washington qui soutient la lutte antidjihadistes en Irak et en Syrie a tiré plus de 10 000 munitions sur des cibles de l'EI depuis le début le 17 octobre de l'offensive sur leur bastion de Mossoul. Elle dispose également de forces spéciales sur le terrain conseillant les combattants irakiens.

Quel impact sur la population?

L'exode massif auquel s'attendaient les organisations humanitaires avec le déclenchement de l'offensive de Mossoul il y a quatre mois n'a finalement pas eu lieu. Quelque 200 000 civils ont fui, dont 50 000 sont déjà rentrés chez eux, selon l'ONU.

La communauté humanitaire prévient cependant que la bataille pour l'ouest de la ville pourrait encore provoquer un déplacement massif de population tandis que des agences d'aide s'emploient à établir de nouveaux camps autour de Mossoul.

Elle craint également qu'un siège que pourraient imposer les forces irakiennes sur l'ouest de Mossoul n'entraîne un risque de famine pour environ 750 000 habitants.

L'ONG britannique Save the Children a ainsi averti dimanche qu'environ 350 000 enfants étaient pris au piège dans la partie ouest de Mossoul, appelant les forces irakiennes et leurs alliés à «tout faire pour les protéger».




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