«Journée sans immigrés» à Washington

Dans le cadre de la «Journée sans immigrés»,... (AFP, Mark Ralston)

Agrandir

Dans le cadre de la «Journée sans immigrés», plusieurs restaurants avaient fermé leurs portes à Washington, jeudi, afin de protester contre les mesures et le discours du président Donald Trump.

AFP, Mark Ralston

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Élodie Cuzin
Agence France-Presse
Washington

«Diversité», «solidarité, «les immigrés nourrissent l'Amérique»: sur les devantures de plusieurs dizaines de restaurants fermés à Washington, des pancartes expliquent pourquoi ils font grève jeudi lors d'une «Journée sans immigrés», initiative rare en protestation contre les politiques anti-immigration du président Donald Trump.

«Nous sommes trois fils d'immigrés», expliquent, sur une affichette collée sur une porte fermée, les fondateurs de Sweetgreen, une chaîne de bars à salade qui a décidé de clore ses 18 restaurants dans la capitale américaine.

«Nous soutenons le droit de nos employés à faire entendre leur voix en démocratie», poursuit le texte apposé sur la porte d'un établissement, à une quinzaine de minutes à pied de la Maison-Blanche, que lit attentivement Edward Burger.

«C'est une bonne idée. Cette question des immigrés et de l'hospitalité des États-Unis est terriblement importante, pour eux comme pour nous. Il faut défendre leurs droits», confie ce médecin américain à la retraite âgé de 84 ans.

C'est dans un bastion démocrate - Washington a voté à plus de 90% pour Hillary Clinton à la présidentielle - que vient de s'installer Donald Trump.

Ses déclarations contre les immigrés et les musulmans, son décret anti-immigration très controversé et actuellement suspendu par la justice ainsi qu'une vague d'arrestations et d'expulsions la semaine dernière, ont provoqué ce mouvement spontané de grève qui a pris de l'ampleur à Washington à la faveur du bouche à oreille.

Les immigrés nourrissent l'Amérique

«Monsieur le président, sans nous et sans notre soutien, ce pays est paralysé»: du Pentagone jusque dans les quartiers à majorité hispanique, en passant par les rues commerciales proches de la Maison-Blanche et du Capitole, ce même mot d'ordre a motivé la fermeture de quelque 70 restaurants jeudi, dont certaines des plus célèbres tables de la capitale.

Des dizaines d'autres étaient également fermés ailleurs aux États-Unis, notamment à New York, Philadelphie ou Chicago, où environ 50 enseignes avaient baissé leurs rideaux.

Quelque 11 millions de clandestins vivent aux États-Unis et les sans-papiers représentaient 9% des employés du secteur de l'hôtellerie et de la restauration en 2014, selon l'institut Pew Research Center.

Arrivé d'Espagne dans les années 1990, le chef José Andrés est aujourd'hui à la tête d'un empire gastronomique aux États-Unis. Il a décidé de fermer cinq de ses restaurants à Washington «en soutien aux nombreux immigrants parmi nos employés». D'autres de ses enseignes restaient toutefois ouvertes, notamment pour les employés préférant travailler.

Personnalité hautement médiatique, le chef aux deux étoiles Michelin est en litige avec le président qui lui réclame plusieurs millions de dollars pour avoir renoncé à ouvrir un restaurant dans son hôtel de luxe, le Trump International Hotel, à Washington, après les propos contre les immigrés du républicain lors de la campagne électorale.

«Les immigrés nourrissent l'Amérique», pouvait-on lire sur les portes fermées de deux de ses célèbres restaurants, Jaleo et Oyamel, installés dans le quartier commercial de Chinatown.

Peur d'être expulsés

Annoncé mardi sur Twitter où il compte plus de 460 000 abonnés, le soutien de José Andrés a donné un grand coup de projecteur sur une initiative sans organisation centralisée jusque-là passée plutôt inaperçue. Et qui a finalement dépassé le seul secteur de la restauration.

«Nous avons tous peur d'être expulsés, nous les sans-papiers», explique Marvin Gomez, arrivé du Honduras il y a dix ans et venu participer à une petite manifestation à Mount Pleasant, quartier hispanique du nord-ouest de Washington.

À 28 ans, il travaille dans la construction, paye ses impôts aux États-Unis malgré son statut clandestin et aide financièrement sa mère restée au Honduras, pays rongé par la violence des gangs. «On s'est mis d'accord avec mes collègues pour ne pas aller travailler aujourd'hui. Les patrons peuvent nous licencier mais tant pis. C'est quelque chose pour lequel nous devons tous agir», confie-t-il.

Dans le cortège qui descendait vers la Maison-Blanche se trouvait aussi Iris Mata, employée d'une école du quartier hispanique de Columbia Heights, qui faisait également grève.

«Nous voulons être entendus et qu'on ressente le poids d'une journée sans immigrés», témoigne cette citoyenne américaine de 38 ans, arrivée du Salvador quand elle était enfant. «Nous avons peur des conséquences des décisions du président».

Décret migratoire: l'administration Trump renonce à son appel

Le ministère américain de la Justice a demandé jeudi à la cour d'appel de San Francisco l'abandon de la procédure sur le décret anti-immigration de Donald Trump, en expliquant que l'exécutif préférait réviser sa copie plutôt que de perdre du temps au tribunal.

«Plutôt que de poursuivre ce litige en justice, le président a l'intention d'abroger son décret et de le remplacer par un nouveau décret, grandement révisé», ont écrit les avocats du gouvernement dans un mémorandum transmis à la cour.

Le nouveau décret «éliminera ce que la cour a estimé, de façon erronée, soulever des questions constitutionnelles», ont-ils ajouté. «En agissant ainsi, le président permettra une protection immédiate du pays, plutôt de poursuivre une action en justice potentiellement de longue en durée».

Ce mémorandum n'est qu'un souhait exprimé par le gouvernement et n'éteint pas automatiquement le litige juridique en cours. Le gouvernement demande d'ailleurs au minimum que la procédure soit mise entre parenthèses, en attendant le nouveau décret.

M. Trump a essuyé coup sur coup deux revers judiciaires sur son décret de fermeture partielle des frontières aux réfugiés et aux ressortissants de sept pays musulmans: le 3 février, un juge de Seattle en a bloqué l'application. Le 9 février, la cour d'appel de San Francisco a maintenu cette suspension.

Malgré ces deux camouflets, le président américain s'était déclaré certain de remporter la manche décisive en donnant «rendez-vous au tribunal».

Sa mesure emblématique, qui a pris du plomb dans l'aile, fait toujours l'objet d'une double procédure.

Elle est attaquée par deux États devant ce même tribunal de Seattle, où doit s'organiser un débat sur le fond, tandis que la cour d'appel de San Francisco, cette fois en formation plénière, pourrait examiner à nouveau le dossier.




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer