Roumanie: le gouvernement abroge un décret controversé

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Le Premier ministre roumain, Sorin Grindeanu, s'est adressé aux médias samedi afin d'annoncer l'abrogation du décret assouplissant la législation anticorruption.

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Simon Sturdee, Mihaela Rodina
Agence France-Presse
Bucarest

Le Premier ministre roumain Sorin Grindeanu a annoncé samedi l'abrogation du décret assouplissant la législation anticorruption, qui a provoqué plusieurs jours de manifestations d'une ampleur inédite dans ce pays depuis la chute du communisme.

Le chef de l'exécutif social-démocrate espère ainsi apaiser la colère de centaines de milliers de Roumains qui manifestaient quotidiennement pour exiger le retrait du texte adopté mardi, sans l'aval du parlement, mais qui demandaient aussi la démission du gouvernement en place depuis un mois.

«Demain, nous nous réunissons pour abroger ce décret», a déclaré M. Grindeanu, affirmant qu'il ne souhaitait pas «diviser la Roumanie» avec cette réforme pénale qui, notamment, réduit sensiblement les peines encourues pour abus de pouvoir et introduit un seuil minimum de préjudice de 200 000 lei (62 100 $CAN) pour qualifier un délit.

L'annonce du Premier ministre a été a accueillie avec joie par quelque 100 000 protestataires, selon les médias, rassemblés devant le gouvernement à Bucarest et des dizaines de milliers de manifestants dans le reste du pays.

Les manifestations quotidiennes ont rassemblé quelque 200 000 personnes dans toute la Roumanie, un record depuis la chute du communisme dans ce pays de vingt millions d'habitants qui a traversé de nombreuses turbulences politiques au cours des dernières décennies.

Raluca, une trentenaire de Bucarest, se disait ainsi «heureuse» du revirement gouvernemental mais «les gens vont rester très vigilants avec ce gouvernement, ils ont montré qu'ils voulaient s'impliquer davantage dans la vie politique, c'est une nouveauté pour la Roumanie».

La chef d'État de centre droit Klaus Iohannis, en guerre ouverte avec le gouvernement, a salué «un pas important vers une normalisation».

Plus tôt dans la journée, le président du parti social-démocrate (PSD) Liviu Dragnea, qui a mis en place M. Grindeanu, un élu sans expérience nationale, avait admis la nécessité de chercher une issue à la crise qui risquait de s'enliser.

Système «terrifiant»

Le Premier ministre a réaffirmé que la motivation du gouvernement avait été de mettre le code pénal en conformité avec la Constitution. Le gouvernement disait aussi vouloir ainsi désengorger les prisons.

Un nouveau projet de loi sera rédigé, en vue, cette fois, d'être soumis au parlement. Il n'introduira pas de seuil délictuel de 200 000 lei de préjudice pour les délits d'abus de pouvoir, a-t-il précisé.

Ce texte faisait craindre à ses adversaires une régression de la lutte anticorruption alors que, sous la pression de l'Union européenne et de magistrats très offensifs, des centaines de dossiers sur des malversations ont été instruits ces derniers années en Roumanie, marquant un tournant pour la justice du pays.

Le gouvernement a été critiqué pour avoir voulu mettre à l'abri de la justice le chef du PSD, actuellement en procès dans une affaire d'emplois fictifs. La Commission européenne et le département d'État américain avaient exprimé leur préoccupation.

Les manifestations devant le palais présidentiel de Bucarest... (AFP, Andrei Pungovschi) - image 3.0

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Les manifestations devant le palais présidentiel de Bucarest sont les plus importantes survenues en Roumanie depuis la chute du régime de Nicolae Ceaucescu, en 1989.

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M. Dragnea, qui a déjà écopé de deux ans de prison avec sursis dans un précédent dossier, s'est défendu d'être l'un des bénéficiaires du décret. Il a mis en cause une campagne de désinformation et estimé que les manifestants étaient instrumentalisés.

Mais Alexander, un manifestant de 30 ans, a ressenti le décret du gouvernement comme une provocation dans une société qui vit la corruption au quotidien: fonctionnaire, il explique voir le système de l'intérieur et «c'est terrifiant», assure-t-il. «Pour chaque chose, il faut payer, il faut faire des queues interminables», décrit ce père de famille poussant un landau.

Le gouvernement roumain a par ailleurs transmis cette semaine au parlement un projet de loi, également critiqué, visant à gracier 2500 détenus, dont certains pourraient être des élus condamnés.

Chassé du pouvoir fin 2015 par des manifestations contre la corruption, mais triomphalement réélu aux législatives de décembre, le PSD, au centre de la vie politique depuis la fin du communisme, a été particulièrement touché par les enquêtes du parquet national anticorruption (DNA), qu'il accuse de procéder à une chasse aux sorcières.

Le phénomène de contestation est resté essentiellement urbain. Le PSD jouit en effet d'une solide base électorale dans les milieux ruraux et défavorisés, qui l'ont à nouveau plébiscité il y a deux mois sur fond de promesses de hausse des prestations sociales.

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