L'aéroport Kennedy de New York devient lieu de désespoir

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Deux membres du Congrès, les représentants démocrates Jerrold Nadler et Nydia Velazquez, ont manifesté en compagnie de plusieurs centaines de personnes qui ont tenté de faire libérer environ une dizaine de personnes. Les protestataires scandaient: «Laissez-les entrer».

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Associated Press
New York

L'aéroport John F. Kennedy, à New York, s'est transformé en une scène hantée par la colère et le désespoir alors que les citoyens de sept nations musulmanes se voyaient refuser l'accès aux États-Unis, samedi.

Plusieurs vols se dirigeaient vers les États-Unis, vendredi, lorsque le président Donald Trump a signé un décret-loi interdisant l'entrée au pays aux Iraniens, Irakiens, Libyens, Somaliens, Soudaniens, Syriens et Yéménites.

D'aileurs, des responsables de deux agences de voyage ont affirmé avoir reçu des instructions de la part des compagnies Emirates, Turkish Airlines et Etihad Airways, de ne plus vendre de billet à des Iraniens ayant un visa américain car ces dernières refusent de les embarquer à bord.

En conséquence, l'Iran a annoncé samedi soir soirée sa décision d'appliquer une mesure de réciprocité après la décision «insultante» des États-Unis.

L'Iran et les États-Unis n'ont plus de relations diplomatiques depuis plus de 37 ans, mais environ un million d'Iraniens vivent aux États-Unis, selon les estimations officielles iraniennes. De nombreux Iraniens se rendent également chaque année aux États-Unis pour voir leur famille.

Cette mesure, visant à lutter contre les «terroristes islamistes radicaux», a suscité immédiatement l'inquiétude de l'ONU qui a demandé aux États-Unis de conserver sa tradition d'accueil.

Des avocats travaillant à l'aéroport ne pouvaient pas donner de données précises sur le nombre de personnes qui ont été détenues après l'arrivée de leur vol au cours de la journée.

Yosre Ghaleb, âgé de 25 ans, figurait parmi la dizaine de personnes qui attendaient voir si un de leurs proches allait être libéré ou expulsé.

La soeur de sa belle-mère, une Yéménite âgée de 67 ans, venait vivre avec sa famille aux États-Unis à cause de ses problèmes cardiaques et de son diabète. Elle a été détenue et replacée dans un autre avion en direction de l'Arabie saoudite.

«Elle est très triste. Ses conditions de vie étaient très mauvaises. Nous voulions qu'elle termine ses jours de belle façon, a raconté M. Ghaled. Nous l'avons attendue pendant plusieurs années. Ils auraient pu au moins nous laisser la voir. On se serait senti un peu mieux.»

Trump a dit que le but de l'interdiction de séjour temporaire était d'empêcher de potentiels terroristes à entrer aux États-Unis.

«Laissez-les entrer»

Deux membres du Congrès, les représentants démocrates Jerrold Nadler et Nydia Velazquez, ont manifesté en compagnie de plusieurs centaines de personnes qui ont tenté de faire libérer environ une dizaine de personnes. Les protestataires scandaient: «Laissez-les entrer». La comédienne Cynthia Nixon, célèbre pour son rôle dans Sex and the City s'est jointe à elles.

Parmi les personnes détenues à New York, on retrouvait deux Irakiens à qui on avait déjà donné l'autorisation de venir aux États-Unis en raison de leurs liens avec l'armée américaine. L'un d'entre eux, Hameed Khalid Darweesh, un interprète auprès de l'armée américaine lors de l'invasion d'Irak en 2003, a finalement été libéré aux acclamations de la foule au milieu de l'après-midi.

Il a déclaré que les États-Unis demeuraient «une terre de liberté» où habite «le plus grand peuple du monde entier», mais le fait d'avoir été détenu l'a consterné.

Son compatriote de 33 ans, Haider Sameer Abdulkhaleq Alshawi, 33, qui venait rejoindre sa femme au Texas ayant fui son pays parce qu'elle craignait pour sa vie après avoir travaillé pour une entreprise de sécurité américaine, ignorait encore son sort en fin d'après-midi.

Plusieurs avocats tentaient de finaliser des requêtes à être envoyées aux tribunaux aux noms des candidats à l'entrée aux États-Unis.

«Ce n'est pas qui nous sommes»

Le gouverneur de l'État de New York, le démocrate Andrew Cuomo, a affirmé avoir ordonné aux avocats de l'État et à l'agence administrant l'aéroport Kennedy «d'explorer toutes les options juridiques» pour venir en aide aux personnes encore détenues dans les aéroports de New York.

«Je n'avais jamais pensé que je verrais un jour des réfugiés ayant fui leur pays ravagé par la guerre dans l'espoir d'une vie meilleure, d'être rejeté à notre porte. Ce n'est pas qui nous sommes ou qui nous devrions être», s'est-il désolé.

Impact sur les étudiants

Une Iranienne, étudiante en gestion en Californie, devait retourner le 4 février aux États-Unis. «J'avais un billet sur Turkish (Airlines) le 4 février prochain, mais il a été annulé», a-t-elle déclaré à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

Au Caire, un couple irakien et leurs deux enfants qui avaient réservé des billets sur un vol de la compagnie EgyptAir ont été informés qu'ils ne pouvaient pas embarquer en raison des nouvelles règles, ont indiqué à l'AFP ces responsables.

Selon eux, cette famille disposait cependant de visas pour les États-Unis.

Plusieurs associations de défense des droits civiques américaines ont attaqué samedi en justice le décret, après l'arrestation notamment de deux Irakiens dans un aéroport de New York.

Mohamed Eljareh, un chercheur libyen à l'Atlantic Council, craint que ce texte n'affecte notamment des gens qui se rendent régulièrement aux États-Unis pour leurs études ou travail.

«Il est probable que cette mesure ait un impact sur les étudiants libyens aux États-Unis et leurs familles, ou des universitaires et chercheurs avec des liens avec les institutions américaines», a-t-il dit à l'AFP.

Trump «n'a pas le droit»

La compagnie Qatar Airways a indiqué que les citoyens des sept pays concernés par la décision américaine pourront toujours embarquer vers les États-Unis s'ils y possèdent un permis de résidence permanent.

Le décret ne concerne pas les ressortissants détenteurs de visas diplomatiques et officiels et qui travaillent pour des institutions internationales.

Selon ce texte, les réfugiés syriens, qui ont fui par millions le conflit dans leur pays, et dont 18 000 ont été acceptés aux États-Unis depuis 2011, seront interdits d'entrée jusqu'à nouvel ordre.

Certains d'entre eux, réfugiés au Liban, dénonçaient une mesure injuste.

Trump «n'a pas le droit de prendre une telle décision», souligne Ibtissam Youssef al-Faraj, une mère de famille de 41 ans, dans un camp informel dans la Bekaa. 

«Nous sommes des réfugiés, où est son problème si on entre légalement aux États-Unis? Qu'est-ce que ça lui fait?» dit cette femme originaire de la Ghouta orientale, bastion rebelle près de Damas.

Au Soudan, autre pays concerné par le décret, le ministère des Affaires étrangères a exprimé son «regret» d'une telle décision, déplorant qu'elle intervienne notamment après la levée «historique» de sanctions économiques américaines qui avaient été prises .

Le 13 janvier, l'ancien président américain Barack Obama avait annoncé la levée de certaines sanctions contre le Soudan, relevant des avancées «positives» ces six derniers mois de la part de Khartoum, qui avait été accusé par le passé par les États-Unis de soutenir des groupes islamistes armés.

Un juge interdit les expulsions

Le décret signé par Donald Trump vendredi a... (AFP, Bryan R. Smith) - image 4.0

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Le décret signé par Donald Trump vendredi a suscité la colère partout dans le monde, y compris aux États-Unis.

AFP, Bryan R. Smith

Un juge fédéral américain a donné partiellement raison samedi soir à des organisations qui contestaient le décret anti-réfugiés signé par Donald Trump, en empêchant l'expulsion des personnes interpellées depuis vendredi en vertu de ce décret.

Selon un document du tribunal fédéral vu par l'AFP, la juge fédérale de Brooklyn, Ann Donnelly, qui avait été saisie par plusieurs associations de défense des droits de l'homme, dont la puissante ACLU, a ordonné aux autorités américaines de ne procéder à aucune expulsion de ressortissants des sept pays musulmans concernés par le décret - Iran, Irak, Yémen, Somalie, Libye, Syrie et Soudan - disposant des papiers les autorisant à entrer aux États-Unis.

Des cris de joie ont éclaté dans une foule de manifestants à l'extérieur du palais de justice de Brooklyn lorsque la décision, qui doit s'appliquer à l'échelle nationale, a été annoncée.

«C'est une remarquable journée», a déclaré victorieusement le directeur de l'ACLU, Anthony Romero, à sa sortie de l'audition d'urgence.

«Cela montre que quand le président Trump adopte des lois ou des décrets qui sont inconstitutionnels et illégaux, les tribunaux sont là pour défendre les droits de tous», a-t-il ajouté.

Même si l'affaire est loin d'être terminée et qu'une nouvelle audition devrait avoir lieu en février, a précisé l'avocat de l'ACLU Lee Gelernt, «l'important ce soir [samedi soir] était que personne ne soit remis dans un avion».

Il a également indiqué que la juge avait ordonné au gouvernement de communiquer la liste de toutes les personnes interpellées dans les aéroports américains depuis vendredi soir. 

Des dizaines de ressortissants des sept pays concernés ont été arrêtés dans de nombreux aéroports des États-Unis à la suite à ce décret, sans que l'on connaisse encore leur nombre exact. On ne sait pas non plus de quelle façon cet ordre affectera les personnes déjà en détention.

Des soldats irakiens choqués

À Mossoul, des soldats irakiens pestent contre le décret du président américain Donald Trump, ne comprenant pas pourquoi ils seraient empêchés d'aller aux États-Unis alors qu'eux mêmes luttent contre un groupe terroriste.

La Maison-Blanche a annoncé vendredi avoir interdit pendant trois mois l'arrivée aux États-Unis de ressortissants de sept pays musulmans, dont l'Irak, une mesure visant à lutter contre les «terroristes islamistes radicaux».

Ces restrictions pourraient s'aliéner les citoyens et les responsables d'un pays en guerre contre le groupe djihadiste État islamique (EI), d'autant qu'ils ont déjà peu apprécié les déclarations de M. Trump affirmant que les États-Unis auraient dû voler le pétrole irakien avant de retirer leurs troupes de ce pays en 2011.

«Ce n'est pas juste! (...) Je devrais avoir le droit de visiter ma famille», plaide Assem Ayad, un soldat de 23 ans déployé dans la grande cité septentrionale qui dit avoir trois cousins vivant au Texas, dans le sud des États-Unis.

«Cette décision a été prise car il y a des groupes terroristes en Irak, mais il y a aussi des gens innocents», et parmi eux ceux qui combattent contre les djihadistes, poursuit le soldat, un fusil d'assaut américain sous le bras.

Les États-Unis sont à la tête depuis septembre 2014 d'une coalition internationale antidjihadiste soutenant les forces irakiennes dans leur guerre contre l'EI qui s'était emparé en juin 2014 de Mossoul, deuxième ville d'Irak.

«Jusqu'à la dernière goutte de sang»

Washington, qui compte aujourd'hui plus de 4800 soldats dans ce pays, apporte une aide importante aux forces irakiennes qui ont lancé le 17 octobre une vaste opération militaire pour chasser les djihadistes de leur fief.

«Pourquoi nous interdire l'entrée aux États-Unis alors que (leurs soldats) sont dans mon pays et y ont des bases», soulève Haider Hassan, un soldat de 45 ans.

Hamza Kadhim, un autre soldat de 34 ans, ne comprend pas la mesure américaine et souligne que les actes des terroristes ne reflètent pas l'islam.

«Le jour de son investiture, Trump a affirmé qu'il allait combattre le terrorisme islamique. En tant que soldats irakiens qui défendons notre pays et combattons les terroristes, nous lui disons: l'islam n'est pas le terrorisme. L'islam est une religion d'amour et de fraternité», dit-il.

«Nous n'envoyons pas de terroristes vers l'étranger (...) En revanche, des personnes venant de l'étranger sont arrivées en Irak pour tuer, violer et voler, et nous allons les combattre jusqu'à la dernière goutte de sang», ajoute-t-il, en référence aux combattants de l'EI.

Abou Mohamed, père de trois enfants ayant fait une demande d'immigration vers les États-Unis il y a quatre ans, avait l'intention de déménager dans un mois ou deux mais craint aujourd'hui que son voyage ne soit remis en cause.

«Pourquoi nous fermer la porte au nez?», lâche-t-il.  Avec AFP

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