Trump pose la fondation du mur

Des ouvriers étaient déjà à l'oeuvre pour construire... (AP, Christian Torres)

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Des ouvriers étaient déjà à l'oeuvre pour construire une clôture plus haute dans la région entre les villes d'Anapra, au Mexique, et de Sunland Park, aux États-Unis.

AP, Christian Torres

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Jerome Cartillier
Agence France-Presse
Washington

Le président des États-Unis Donald Trump a donné une impulsion à la plus emblématique de ses promesses de campagne : la construction d'un mur à la frontière avec le Mexique pour endiguer l'immigration illégale vers la première économie mondiale.

Cinq jours seulement après sa prise de fonction, le nouveau président républicain a signé, mercredi en grande pompe, un décret fixant comme objectif de «sécuriser la frontière sud des États-Unis grâce à la construction immédiate d'un mur».

Le président mexicain Enrique Pena Nieto a aussitôt condamné ce projet et s'est engagé à défendre les migrants mexicains. «Je regrette et condamne la décision des États-Unis de continuer la construction du mur qui depuis des années, au lieu de nous unir, nous divise», a-t-il affirmé lors d'un bref message vidéo diffusé sur son compte Twitter.

De très nombreuses questions restent posées sur le calendrier, le financement et l'efficacité de ce projet très controversé, évoqué dès le 16 juin 2015, jour de l'annonce de sa candidature, par le magnat de l'immobilier («Je vais construire un grand mur, personne ne construit les murs mieux que moi»).

«Une nation sans frontières n'est pas une nation», a-t-il lancé mercredi lors d'une cérémonie en présence du nouveau ministre de la Sécurité intérieure, l'ancien général John Kelly.

«À partir d'aujourd'hui, les États-Unis reprennent le contrôle de leurs frontières», a-t-il ajouté, promettant que les lois sur l'immigration seraient désormais appliquées avec force.

Son porte-parole Sean Spicer a annoncé la création de davantage de centres de détention le long de la frontière pour qu'il soit «plus facile et moins cher» de détenir puis de renvoyer les immigrants illégaux dans leur pays d'origine.

«Fantasme qui déshonore la tradition américaine»

«Le fantasme du président Trump de sceller la frontière avec un mur est alimenté par un parti pris racial et ethnique qui déshonore la tradition américaine de protection des migrants vulnérables», a réagi l'ACLU, principale association américaine de défense des libertés individuelles.

À New York, plus d'un millier de personnes ont manifesté mercredi soir pour dénoncer les mesures anti-immigration du nouveau président Donald Trump. «Pas d'interdiction! Pas de mur! New York est à tout le monde», scandaient notamment les participants à la manifestation à Washington Square, au sud de Manhattan.

Plus de 11 millions d'immigrants en situation irrégulière vivent aux États-Unis, certains depuis de très nombreuses années. Près de la moitié sont originaires du Mexique.

Interrogé sur la chaîne ABC, Donald Trump a par ailleurs de nouveau assuré que le financement de ce mur, dont la construction devrait débuter dans les mois à venir, serait payé par le Mexique.

Le président du Mexique a assuré qu'il ne paierait pas? «Il est obligé de dire cela», a-t-il répondu. «Mais, moi je vous le dis : il y aura un paiement, même si le montage sera peut-être compliqué».

«Il est évident que nous avons quelques divergences avec le prochain gouvernement des États-Unis, comme au sujet du mur que, bien entendu, le Mexique ne paiera pas», avait affirmé début janvier son homologue mexicain.

Donald Trump présente aux caméras sa signature sur... (AFP, Nicolas Kamm) - image 2.0

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Donald Trump présente aux caméras sa signature sur le décret autorisant la construction du mur.

AFP, Nicolas Kamm

Rencontre à la Maison-Blanche fin janvier 

Le démocrate Luis Gutierrez, élu de la Chambre des représentants, a déploré que le nouveau locataire de la Maison-Blanche «exploite les peurs» plutôt que de proposer «une politique réfléchie» et argumentée.

Une délégation officielle mexicaine est présente à Washington pour entamer la renégociation de l'accord de libre-échange ALENA (États-Unis, Canada et Mexique).

Le gouvernement mexicain s'est dit prêt à «moderniser» cet accord en vigueur depuis 1994 et qui représente annuellement un commerce bilatéral de 531 milliards de dollars. À peu près 80 % des exportations mexicaines prennent le chemin des États-Unis, un indicateur clair de la dépendance du Mexique envers son voisin du Nord.

Mais le ministre de l'Économie Ildefonso Guajardo a clairement averti qu'il y avait «des lignes rouges» à ne pas franchir.

Cette première réunion États-Unis-Mexique vise à préparer la rencontre entre le nouveau président américain et son homologue mexicain Enrique Peña Nieto, le 31 janvier à Washington.

Plusieurs personnalités de l'opposition mexicaine ont exhorté Enrique Peña Nieto d'annuler sa rencontre avec Donald Trump pour protester contre le projet de mur à la frontière entre les deux pays.

«L'annonce de la construction du mur de @realDonaldTrump avant la visite d'@EPN (Peña Nieto) est un affront au Mexique», a écrit sur Twitter l'opposante Margarita Zavala, potentielle candidate du parti conservateur (PAN) à l'élection présidentielle de 2018.

Quant à l'ancien président mexicain Vicente Fox, il s'en est pris avec virulence au porte-parole de la Maison-Blanche : «Sean Spicer, je l'ai dit à @realDonaldTrump et je vous le dis maintenant : le Mexique ne paiera pas pour ce putain de mur. EnLeaderPutaindemur», a-t-il grondé en anglais sur Twitter.

Projet coûteux et semé d'embûches

Quel coût?

La facture du mur qui doit permettre d'endiguer l'immigration clandestine venant du Mexique se chiffrera en milliards de dollars, mais les avis divergent sur une estimation plus précise. Sur les 3200 km de frontière, 1050 km sont déjà pourvus de clôtures qui empêchent les personnes ou les véhicules de traverser. Trump a annoncé un projet qui doit coûter de 4 à «environ 10 milliards $».

Pour les architectes et les ingénieurs qui se sont penchés sur la question, la note sera bien plus salée. Le MIT Technology Review a par exemple estimé dans un article que 1609 kilomètres de mur coûteraient entre 27 et 40 milliards $. «Mettons de côté les questions de savoir s'il est judicieux d'ériger un mur à la frontière américano-mexicaine ou qui devrait le financer. Cela ne peut tout simplement pas être réalisé au prix annoncé par Donald Trump», assure le MIT Technology Review.

Qui le financera?

Mexico a catégoriquement réfuté l'idée de financer ce mur, ou même de rembourser les États-Unis qui avanceraient l'argent, comme l'a constamment répété Donald Trump dans ses rassemblements de campagne. Mais le président américain a réaffirmé mercredi à la chaîne ABC son intention de faire payer le Mexique.

Son porte-parole, Sean Spicer, a expliqué mercredi que Donald Trump «travaille avec le Congrès et d'autres personnes» pour déterminer le moyen de financer le projet. «De nombreux mécanismes de financement peuvent être mis en oeuvre. À ce stade, son objectif est de lancer le projet aussi rapidement que possible en utilisant les fonds et les ressources disponibles et, à partir de là, travailler avec le Congrès sur un projet de loi de crédits», a précisé le porte-parole.

À quoi ressemblera le mur?

Le mur doit théoriquement être composé de blocs de béton armé renforcé avec des tiges en acier. Ses fondations devront être assez profondes pour empêcher de creuser d'éventuels tunnels. Côté esthétique, le 45e président américain avait suggéré, pendant la campagne, de faire peindre son visage sur le mur.

Les obstacles potentiels

Si l'on prend comme exemple le fleuve du Rio Grande, qui forme une frontière naturelle entre les États-Unis (surtout le Texas) et le Mexique, une foule d'obstacles pourrait freiner la construction du mur. La loi interdit notamment toute construction qui pourrait entraver la gestion des inondations ou gêner la répartition des ressources en eaux. Un traité empêche par ailleurs l'un ou l'autre pays de détourner les eaux du fleuve.

De plus, les terres limitrophes sont souvent des propriétés privées et la construction sur ces terrains engendrerait une multitude de procédures juridiques (expropriations, indemnisations), et risque également de provoquer des levées de boucliers au niveau local.

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