Le Parlement turc approuve le renforcement des pouvoirs d'Erdogan

Le premier ministre de la Turquie, Binali Yildirim... (AP, Burhan Ozbilici)

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Le premier ministre de la Turquie, Binali Yildirim (centre) a enregistré son vote avec ses collègues.

AP, Burhan Ozbilici

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Agence France-Presse
Ankara

Le projet de révision constitutionnelle visant à renforcer les pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan a été adopté par le Parlement turc en seconde lecture tôt samedi, ouvrant la voie à un référendum au printemps.

«Notre nation prononcera le dernier mot sur ce sujet. Elle donnera la décision finale», a affirmé le Premier ministre Binali Yildirim, à l'issue du scrutin.

«Que personne n'en doute, notre nation prendra (...) la plus juste des décisions», a-t-il ajouté.

Cette réforme constitutionnelle transfère au président le pouvoir exécutif qui jusque-là appartenait au Premier ministre, bien que ce poste ait de plus en plus été marginalisé depuis l'accession de Recep Tayyip Erdogan à la présidence en 2014.

Les 18 articles du texte ont recueilli 339 des 550 voix du Parlement, soit neuf de plus que la majorité des trois cinquièmes requise pour que la réforme soit soumise à référendum, a priori au mois d'avril.

La victoire, scellée un peu après 4 heures du matin (01h00 GMT) samedi, a été assurée par une alliance formée entre le parti islamo-conservateur au pouvoir, l'AKP, et le parti de droite nationaliste, le MHP.

Selon la majorité, la présidentialisation du système est essentielle pour assurer la stabilité au sommet de l'État et permettra simplement de s'aligner sur les systèmes en vigueur dans d'autres pays, comme aux États-Unis ou en France.

Le Premier ministre, Binali Yildirim, a ainsi assuré que le projet profiterait à tous, en permettant un «gain de temps» pour la gestion du pays.

«Quand vous êtes plus puissant, vous pouvez aborder les problèmes avec plus de résolution», a-t-il affirmé vendredi, lors d'un entretien sur la télévision publique TRT. «Il n'y aura aucune faiblesse dans la lutte contre le terrorisme (ou) sur les sujets économiques.»

«Suicide»

Mais l'opposition dénonce une dérive autoritaire supplémentaire de M. Erdogan.

«La séparation des pouvoirs serait complètement abolie et tous les pouvoirs seront concentrés dans les mains d'une seule personne sous prétexte de créer de la stabilité», déplore Metin Feyzioglu, président de l'Union des barreaux de Turquie. «Mais une stabilité pérenne n'est possible qu'avec un état de droit.»

«Ce n'est pas une réforme, mais un suicide, et le peuple ne se suicidera pas», affirme-t-il.

Des tensions ont éclaté entre députés de clans adverses au cours des débats ces deux dernières semaines.

Lors de l'examen du texte en première lecture, la semaine dernière, un député a eu le nez cassé et un autre a affirmé avoir été mordu au tibia lors de violents affrontements.

Tard jeudi, une rixe a éclaté après qu'une élue indépendante, Aylin Nazliaka, se fut menottée au micro de la tribune de l'hémicycle pendant plus d'une heure pour protester contre le projet de réforme constitutionnelle. Plusieurs députés légèrement blessés ont dû être évacués à l'hôpital.

État d'urgence

Aux termes de la réforme constitutionnelle, le président Erdogan pourrait en théorie se maintenir au pouvoir jusqu'à au moins 2029 et pourrait, entre autres, nommer ou limoger les ministres ainsi qu'un, voire plusieurs, vice-présidents.

Le poste de Premier ministre disparaîtrait, ce qui serait une première depuis la fondation de la Turquie moderne par Mustafa Kemal Atatürk en 1923.

Le président pourra également intervenir directement dans le domaine judiciaire et promulguer des décrets.

Les élections législatives et présidentielles se dérouleront simultanément. Le projet fixe la date du prochain scrutin au 3 novembre 2019.

Emma Sinclair-Webb, directrice Turquie de Human Rights Watch, parle d'une réforme qui «concentre absolument tous les pouvoirs dans les mains du président».

«Tout ce vote au Parlement se passe en plein état d'urgence, au cours duquel des médias ont été fermés, des journalistes emprisonnés», déplore-t-elle. Selon elle, dans de telles conditions il est impossible «qu'un débat public effectif ait lieu dans les médias à propos des changements qui sont apportés» et que le peuple soit correctement informé.

L'opposition accuse M. Erdogan de mettre à profit l'état d'urgence en vigueur depuis le putsch manqué du 15 juillet pour faire taire toute voix discordante, à travers une vague de purges sans précédent.

Ce débat se déroule dans un contexte d'insécurité, le pays ayant été frappé ces derniers mois par une série d'attaques revendiquées par la rébellion kurde ou imputées au groupe État islamique.

Ces attentats ont fait fuir les touristes et contribué au ralentissement économique et à la dégringolade de la livre turque.

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