Les paroles s'envolent, le jour de l'investiture

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Près de 250 000 personnes s'étaient massées pour l'investiture de Franklin D. Roosevelt en 1933.

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(Québec) Tous les présidents veulent passer à l'histoire en prononçant des paroles mémorables, le jour de leur investiture. Très peu y parviennent. Le plus souvent, leurs mots sont vite oubliés. Éclipsés par le rituel, le bling-bling et les anecdotes juteuses. Bienvenue à Washington D.C., en cette journée qu'on a décrite comme un tiers couronnement royal, un tiers fête de la démocratie, un tiers danse de célébration d'un touché, dans la zone des buts.

Au moment de prononcer le premier discours d'investiture de l'histoire des États-Unis, en mars 1789, le grand George Washington est si nerveux qu'il passe proche de s'évanouir. Un sénateur le décrit tout «tremblant», «plus intimidé que s'il avait été menacé par un fusil». Il faut dire que Washington compare son enthousiasme pour la fonction de président à celle «d'un condamné à mort pour l'échafaud».

Quatre ans plus tard, en 1793, le président Washington est réélu. Il a compris la leçon. Cette fois, Monsieur Nervosité prononce un discours éclair. Le plus court de l'histoire. Cent trente-cinq mots. Une affaire expédiée en quelques minutes! Rien à voir avec les dizaines de pages de bla-bla-bla récitées par le président William Henry Harrison, en 1841. Huit mille quatre cent quarante-cinq mots! Malgré un froid de canard, Harrison insiste pour en faire la lecture dehors, vêtu d'un simple veston. Un véritable supplice qui va durer deux heures.

Le pauvre Harrison ne s'en remet jamais. Il attrape un gros rhume et il meurt d'une pneumonie, 32 jours plus tard.

Le pire, c'est que le président Harrison s'époumonait pour rien. Avant l'invention des microphones, une bonne partie du public n'arrive pas à saisir les paroles d'un orateur. Souvent, les présidents doivent engager des partisans pour aller résumer leur discours à l'arrière de la foule!

Plus tard, à partir des années 20, l'arrivée de la sonorisation ne résout pas tous les problèmes. En janvier 1977, le président Jimmy Carter se fait conseiller de parler lentement, pour éviter de créer de la distorsion dans les amplificateurs géants. Le président prend le conseil très au sérieux. Trop au sérieux. Il exagère. Il prononce un discours inaugural soporifique, au ralenti. En se réécoutant, il jugera qu'il parlait comme un «attardé».

N'oublie pas ton gros bâton

À Washington, le tribunal de l'histoire est implacable. Sur les 57 «vrais» discours d'investiture prononcés depuis 1789, les historiens et les experts en classent cinq ou six dans la catégorie «mémorable». Une quinzaine obtiennent la note de passage. Plus d'une trentaine sont jugés «médiocres».

Les ingrédients d'un discours mémorable ne font pas l'unanimité. L'humoriste George Burns répétait que l'important, c'est la sincérité. «Si tu peux faire semblant d'être sincère, disait-il, c'est gagné d'avance.» Plus terre à terre, le président Richard Nixon misait sur la brièveté. «On se souvient seulement des discours d'investiture courts», concluait-il. Enfin, puisqu'il est question de discours, il faut rappeler le conseil du président Teddy Roosevelt : «Parle doucement, mais transporte un gros bâton. Tu iras plus loin.» 

Souvent, une phrase concentre la force d'un discours. Au point de définir son époque. En 1933, en pleine Dépression, Franklin D. Roosevelt s'écrie : «La seule chose dont nous devons avoir peur, c'est de la peur elle-même.» En 1981, Ronald Reagan donne le ton de sa présidence en quelques mots : «Dans la crise actuelle, le gouvernement ne constitue pas la solution. Le gouvernement constitue le problème.»

L e président Ronald Reagan prêtant serment sous... (AP) - image 2.0

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L e président Ronald Reagan prêtant serment sous le regard de son épouse Nancy, le 20 janvier 1981.

AP

Curieusement, il arrive que les très mauvais discours passent à l'histoire. On se moque encore du discours de James Buchanan, en 1857, dans lequel l'esclavage est décrit comme un problème passager! À sa décharge, le président a peut-être l'esprit ailleurs. Washington est alors frappée par une grave épidémie de gastroentérite. Un mal mystérieux, qui touche les clients du National Hotel, le plus célèbre de Washington.

Le président Buchanan, qui séjourne au National Hotel, n'est pas épargné. Le jour de son investiture, il apparaît si faible qu'on se demande s'il pourra assister aux cérémonies. Sur le coup, certains évoquent une tentative d'assassinat. Mais compte tenu des conditions d'hygiène qui règnent dans la capitale, il est permis d'en douter. Au chic National Hotel, les écoulements d'une décharge publique contaminent les cuisines. Et un rat mort a été découvert dans la réserve d'eau potable. 

La météo préfère les républicains

D'accord. Les discours d'investiture ne sont pas toujours à la hauteur. Mais les présidents bénéficient (parfois) de circonstances atténuantes. À commencer par le froid, qui s'invite régulièrement aux cérémonies. Des esprits chagrins ont même calculé que les investitures de présidents républicains bénéficient (en moyenne) d'une température légèrement plus clémente. 

En mars 1873, le président Ulysses S. Grant parvient à balbutier son discours à l'extérieur, malgré une température qui frôle les - 10 °C. On ne parle pas encore de refroidissement éolien. Ni de vortex polaire. Mais le soir venu, le froid gâche le bal inaugural, organisé dans une salle sans chauffage. Le champagne gèle dans les coupes. Les cordes des violons se cassent. Les invités doivent garder leur manteau.

Incroyable mais vrai, les organisateurs ont eu l'idée d'amener une centaine de canaris, qui doivent agrémenter l'ambiance de leurs gazouillis mélodieux. On les retrouve tous morts, congelés au fond de leur cage, à la fin de la soirée.

Certes, en janvier 1961, le froid n'a pas empêché John F. Kennedy de prononcer un discours mémorable, immortalisé par la formule : «Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays.» Mais quelques heures plus tôt, la neige a failli entraîner l'annulation de la cérémonie en plein air. On doit déneiger les marches du Capitole au lance-flammes, pour gagner du temps.

L e discours prononcé par John F. Kennedy,... (Associated Press) - image 3.0

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L e discours prononcé par John F. Kennedy, le 20 janvier 1961, est passé à l'histoire.

Associated Press

«La seule chose qui m'a vraiment surpris, en arrivant à la présidence, c'est que les choses allaient vraiment aussi mal que nous l'avions dit, [durant la campagne électorale], dira Kennedy, quelques jours plus tard. Il oubliait de mentionner l'incendie qui s'était déclaré dans un bloc de chauffage, sous le podium, au moment où l'archevêque de Boston Richard James Cushing se trouvait au micro. Un peu plus, et le bas de la soutane de l'archevêque aurait pris feu...

On recommence

Notre survol ne serait pas complet sans un mot sur la cérémonie d'assermentation. Car même si le serment d'office ne compte qu'une trentaine de mots, il est souvent malmené. À cet égard, la palme revient au vice-président Lyndon B. Johnson, en 1961. Un brin impatient, Johnson conclut son serment par un retentissant : «... et peu importe».

Plus près de nous, l'assermentation de Barack Obama, le 20 janvier 2009, tourne à la farce. L'instant est pourtant solennel. L'Amérique célèbre l'élection du premier président noir de son histoire. Plus d'un million et demi de personnes assiste à la scène. La foule la plus importante jamais rassemblée pour une investiture.

E n 2009, Barack Obama était accompagné de... (Associated Press) - image 4.0

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E n 2009, Barack Obama était accompagné de sa femme Michelle et de ses filles Sasha et Malia.

Associated Press

Mais l'assermentation se déroule tout de travers. Un peu nerveux, le juge en chef de la Cour suprême John G. Roberts oublie des mots. Le président Obama, lui, en rajoute. Les deux hommes parlent souvent en même temps. Résultat? Pour éviter tout malentendu constitutionnel, il faut reprendre la cérémonie le lendemain! «C'était trop amusant. On voulait recommencer!» plaisante le nouveau président. 

Après tant de cafouillages, on comprend mieux pourquoi certains présidents ont choisi d'écourter la fête. Le soir de son investiture, le 4 mars 1925, le président Calvin Coolidge est déjà au lit à 21h!

Il est vrai que le président Coolidge, surnommé le «prudent», ne passait pas pour un boute-en-train. Lors d'une promenade autour de la Maison-Blanche, on raconte qu'un sénateur avait voulu détendre l'atmosphère, en faisant une petite blague.

- Je me demande bien qui peut habiter dans une maison aussi grande, avait-il demandé, en montrant la Maison-Blanche. 

«Personne, avait répondu le président, d'un air grave. Les occupants ne font que passer1.» 

1. Paul F. Boller Jr. Presidential Anecdotes, Oxford University Press, 1996.

L'investiture Trump

Le président élu et sa famille prennent la... (AFP) - image 6.0

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Le président élu et sa famille prennent la pose à la fin de la cérémonie au Mémorial de Lincoln.

AFP

Au début, on raconte que le président Donald Trump rêvait d'une investiture grandiose. Selon le Washington Post, il aurait même communiqué avec Mark Burnett, son ancien complice de la téléréalité The Apprentice. Il était question d'une parade sur la 5e Avenue, à New York, suivie par un transfert en hélicoptère, jusqu'à Washington. Le tout constamment filmé par des caméras frénétiques.

Deux mois plus tard, l'euphorie est retombée. Le président annonce une investiture de «travailleur». Un événement «quasiment» modeste. En soirée, il ne confirme sa présence que dans trois bals. À titre de comparaison, Bill Clinton avait réussi l'exploit d'être aperçu dans 14 soirées différentes, le 20 janvier 1997.

Donald Trump avait-il vraiment le choix? D'un côté, il a recueilli 90 millions $ en dons privés pour les célébrations. Un record jamais égalé. Mais de l'autre, il a vu plusieurs célébrités refuser de participer aux cérémonies. Y compris un certain nombre de vedettes qui n'avaient même pas été sollicitées! 

Le magazine Newsweek a pu écrire que «même les morts ne veulent pas participer à l'investiture de Trump». Tout ça parce que la chanteuse Nancy Sinatra assure que son défunt père Frank n'aurait jamais appuyé un «bigot»! 

Pas grave. Donald Trump répète qu'il ne veut pas d'un «cirque». Pour son discours d'investiture, il a promis «de faire court». Il a confié à l'historien Douglas Brinkley qu'il écrira le texte lui-même. Enfin presque. Même qu'il voudrait s'inspirer des discours fameux des présidents John F. Kennedy et Ronald Reagan.

Il exagère sans doute beaucoup. Comme d'habitude. Mais le monde entier a très hâte d'entendre le résultat. 

Avant même le début des cérémonies, le président Trump a déjà provoqué une mini-

révolution, en congédiant le légendaire Charles Brontman, 89 ans. Ce dernier commentait les parades présidentielles, depuis celle de Dwight Eisenhower, en... 1957. Un vrai choc. «J'ai pensé à me suicider», a confié le vénérable, en apprenant la nouvelle, 10 jours avant l'événement. Avouez que ça commence mal.

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