La retraite dorée des ex-présidents

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Une rencontre très spéciale à la Maison-Blanche en 2009 alors que quatre ex-présidents américains, de gauche à droite, George H.W. Bush, George W. Bush, Bill Clinton et Jimmy Carter, avaient été reçus par le nouveau président, en l'occurence Barack Obama.

AP, J. Scott Applewhite

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Depuis 1958, les problèmes financiers ne font plus partie des tracasseries des ex-présidents américains grâce à l'adoption du Former Presidents Act, qui leur garantit une généreuse pension, la protection des services secrets pour eux et leur femme et une série d'avantages jusqu'à leur décès.

Il faut dire que l'après-présidence n'a pas été rose pour les premiers à occuper la Maison-Blanche. Thomas Jefferson a été forcé de vendre sa collection de 6000 livres au gouvernement pour payer ses créanciers (cette collection est maintenant à la base de la Bibliothèque du Congrès), son successeur James Madison était criblé de dettes et a demandé sans succès un prêt de la Banque des États-Unis et le cinquième président, James Monroe, était si pauvre quand il est décédé à New York que sa famille n'a pu se permettre d'envoyer sa dépouille pour être inhumée dans sa Virginie natale.

Premier président à réclamer, en vain, une pension, Millard Fillmore avait perdu toutes ses économies dans la Panique de 1857, l'un des premiers krachs de Wall Street. Presque sans le sou dans les dernières années de sa vie après avoir été arnaqué par un conseiller financier véreux, Ulysses S. Grant avait réussi à éviter la dèche à sa famille en écrivant ses mémoires, publiées par Mark Twain peu après son décès en 1885. Personal Memoirs of Ulysses S. Grant avait rapporté plus de 450 000 $ (plus de 10 millions $ en dollars de 2017) à sa veuve.

À cause de Truman

Auteur du livre The Post Presidency from Washington to Clinton, Burton Ira Kaufman, ancien doyen de l'École des études interdisciplinaires de l'Université Miami d'Oxford, en Ohio, indique toutefois que c'est le cas de l'ex-président Harry S. Truman, qui a finalement convaincu le congrès de donner un coup de pouce aux anciens commandants en chef.

«Il n'avait aucune source de revenus à part sa pension d'environ 100 $ par mois pour avoir servi durant la Première Guerre mondiale. Comme il avait peur d'être inondé de dépenses, il a dû se résoudre à vendre une grande partie des terres de la ferme familiale, qui sont aujourd'hui devenues le centre commercial Trumans Corner», explique M. Kaufman en entrevue téléphonique avec Le Soleil. L'ex-président démocrate avait reçu un montant de 670 000 $ pour écrire ses mémoires, mais avait affirmé qu'il ne lui en restait que 37 000 $ après avoir payé tous ses assistants et le loyer des bureaux qu'il louait pour travailler.

En 1958, le Former Presidents Act a donc été adopté. Harry S. Truman et Herbert Hoover, les deux seuls ex-présidents vivants à l'époque, ont donc bénéficié d'une pension de 25 000 $ par année à laquelle se greffaient des sommes pour payer du personnel et de l'espace de bureau. 

«Aujourd'hui, tout ça a évolué et chaque ex-président gagne l'équivalent du salaire d'un secrétaire de cabinet, soit environ 205 000 $ par année, en plus de sommes d'argent pour la location d'espace de bureau et pour l'embauche de personnel. La protection des services secrets à vie pour le président et sa femme de même que l'assurance maladie pour les présidents ayant servi plus de quatre ans se sont ajoutées», poursuit M. Kaufman. Les enfants des présidents sont également protégés par les services secrets jusqu'à l'âge de 16 ans.

Et il faut préciser qu'aucune limite n'a été fixée quant au montant reçu pour la location d'espace de bureau. «Les anciens présidents n'ont pas l'obligation de louer cet espace dans un bâtiment gouvernemental. Les bureaux de Jimmy Carter sont ceux qui coûtent le moins cher à l'État présentement, alors que ceux de George W. Bush sont les plus dispendieux. Ceux de Bill Clinton arrivent en deuxième place», poursuit M. Kaufman.

Revenus élevés

La situation a toutefois bien changé depuis les 70 dernières années puisque les anciens présidents engrangent généralement de gros revenus après avoir quitté leur poste. «Nixon était endetté alors qu'il était en poste et Bill Clinton aussi, parce qu'il avait eu de grosses dépenses, notamment celles liées à la procédure d'impeachment à laquelle il a dû faire face. Cependant, Clinton a reçu une avance de 10 millions $ pour ses mémoires et peut aller chercher entre 200 000 $ et 250 000 $ pour chaque conférence qu'il donne. On calcule qu'il a récolté plus de 100 millions depuis qu'il a quitté la présidence», indique Burton Kaufman.

Dans de telles circonstances, pas surprenant que des politiciens, surtout associés au Parti républicain, aient tenté de faire diminuer les sommes versées aux anciens présidents. «Une proposition, qui n'a finalement pas été adoptée, proposait de limiter à 200 000 $ par an la pension versée aux ex--présidents et d'accorder un montant identique pour les dépenses. Et on voulait que dès qu'un ex-président gagne plus de 400 000 $ par an, il verse chaque dollar supplémentaire au gouvernement jusqu'au remboursement de ces sommes», poursuit M. Kaufman.

Facture

Comme il y a présentement quatre ex-présidents toujours vivants, le montant annuel qui leur est consacré était d'environ 3,25 millions $ en 2015, estime M. Kaufman, un montant appelé à augmenter avec l'arrivée de Barack Obama dans le «club des ex».

La facture peut sembler élevée, mais il faut préciser qu'il est rare qu'il y ait autant d'ex--présidents en même temps, indique Edward Berkowitz, professeur d'histoire, de politique et d'administration publique à l'Université George Washington. «On a vécu un changement générationnel avec Bill Clinton. Barack Obama aussi sera un ancien président pendant une longue période de temps», explique celui qui est d'accord avec les pensions et avantages consentis aux anciens présidents.

«Il est raisonnable qu'ils aient droit à une pension, compte tenu de leurs années de service. Peut-être qu'ils pourraient se payer tout ça, mais c'est une compensation pour leurs années de service public durant lesquelles ils ne recevaient pas des salaires énormes. Il ne faut pas oublier non plus que les pensions sont encore plus grosses au privé», poursuit M. Berkowitz.

M. Kaufman ajoute pour sa part qu'un bon argument contre la baisse des bénéfices accordés aux anciens présidents est le fait qu'ils soient aussi d'ex-commandants en chef de l'armée américaine. «Les membres du congrès et les militaires ont tous droit à une pension qui ne tienne pas compte de leurs revenus, alors pourquoi pas les présidents? De plus, ils ont encore des fonctions même s'ils ne sont plus en service. En effet, une grande partie du temps d'un ancien président sera consacrée aux responsabilités qu'il a en tant qu'ex-président», conclut l'auteur de The Post Presidency from Washington to Clinton.

Cinq «ex» vivants... en même temps

Dans l'histoire des États-Unis, jamais plus de cinq ex-présidents n'ont été vivants au même moment. La situation s'est produite à seulement trois reprises, quatre si on inclut la période qui débutera avec le départ de Barack Obama.

  • Du 4 mars 1861 au 18 janvier 1862 (sous Abraham Lincoln) : Martin Van Buren, John Tyler, Millard Fillmore, Franklin Pierce et James Buchanan 
  •  Du 20 janvier 1993 au 22 avril 1994 (sous Bill Clinton) : Richard Nixon, Gerald Ford, Jimmy Carter, Ronald Reagan et George H.W. Bush
  •  Du 20 janvier 2001 au 5 juin 2004 (sous George W. Bush) : Gerald Ford, Jimmy Carter, Ronald Reagan, George H.W. Bush et Bill Clinton
  • Du 20 janvier 2017 à ... (sous Donald Trump) : Jimmy Carter, George H.W. Bush, Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama

Retours en politique après la présidence

En excluant Grover Cleveland, qui a servi deux mandats discontinus à la fin des années 1800, seulement trois anciens présidents des États-Unis ont occupé d'autres postes politiques après leur mandat. Le professeur retraité Burton Ira Kaufman, auteur du livre The Post-Presidency from Washington to Clinton, analyse ces retours.

John Quincy Adams

Après son départ de la présidence en 1829, le sixième président a servi durant 17 ans à la chambre des représentants de 1831 à 1848. «Il a eu une excellente carrière au congrès. En fait, il était probablement meilleur comme membre du congrès que comme président!» avance M. Kaufman. «Au congrès, il s'est attaqué au Sud, il était contre l'esclavage et il a fait de l'excellent travail», indique-t-il à propos de ses passages comme représentant du 8e, du 11e et du 12e district du Massachusetts.

Andrew Johnson

 Celui qui a terminé le mandat du président assassiné Abraham Lincoln de 1865 à 1869 a aussi servi comme sénateur du Tennessee du 4 mars 1875 jusqu'à son décès le 31 juillet de la même année. «Il avait déjà occupé ce poste de 1857 à 1862, avant sa présidence. Son retour a été très bref et ne passera pas à l'histoire», explique M. Kaufman à propos de Johnson, élu au sénat avec une majorité d'une seule voix. Il n'a pris la parole qu'une seule fois au sénat durant cette courte session avant de pousser son dernier soupir.

William Howard Taft

Battu par Woodrow Wilson en 1912, le 27e président a été juge en chef de la Cour suprême des États-Unis de 1921 à 1930. «Pour lui, devenir juge en chef, c'était ce qu'il avait souhaité toute sa vie, davantage encore que la présidence», raconte M. Kaufman. «Il a été un bon juge en chef, pas nécessairement un grand juriste, mais à tout le moins un très bon administrateur», ajoute-t-il à propos des fonctions que l'ex-président a occupées jusqu'à un mois avant son décès, le 8 mars 1930.

Une après-carrière active pour Obama, prédisent les experts

Les experts prévoient majoritairement une après-carrière active, à... (AFP) - image 5.0

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Les experts prévoient majoritairement une après-carrière active, à l'image de celles de Jimmy Carter et de Bill Clinton, pour le président Barack Obama.

AFP

Les experts prévoient majoritairement une après-carrière active, à l'image de celles de Jimmy Carter et de Bill Clinton, pour le président Barack Obama, plutôt qu'une longue période de repos à l'image de la période post-présidentielle de George W. Bush.

«George W. Bush était heureux de simplement se retirer, alors que pour Jimmy Carter, continuer de rendre service à la communauté en étant actif était une obligation chrétienne. George Bush père est pour sa part très diminué, il se déplace en fauteuil roulant. Je vois M. Obama demeurer actif, à l'image de Bill Clinton avec sa fondation et ses conférences. De plus, comme il a manifesté l'intention de continuer d'habiter à Washington, il deviendra quelqu'un à qui la presse continuera de poser beaucoup de questions», analyse Edward Berkowitz, professeur d'histoire, de politique et d'administration publique à l'Université George Washington.

Burton Ira Kaufman, auteur du livre The Post Presidency from Washington to Clinton, croit lui aussi que Barack Obama demeurera actif, mais pas au point d'occuper un autre poste politique. «Je ne le vois pas redevenir sénateur. Il n'aurait rien à y gagner, d'autant plus que seulement trois ex-­présidents ont occupé un poste politique après la fin de leur mandat.»

«M. Obama était un organisateur communautaire, alors je le vois très bien reprendre ce rôle au sein de la Fondation Barack Obama. Il devrait promouvoir les projets centrés sur la communauté. Cependant, je ne suis pas certain qu'il voudra s'engager dans des projets aussi importants que Bill Clinton. Je crois aussi qu'il va enseigner, car c'est quelque chose qu'il a toujours voulu faire, et donner des conférences», reprend M. Kaufman.

Données changées

Celui-ci croit d'ailleurs que Barack Obama se serait retiré totalement de la politique si Hillary Clinton avait remporté la dernière élection, mais que le tableau est différent avec l'arrivée imminente de Donald Trump à la Maison-Blanche. 

«Présentement, Barack Obama est le politicien le plus populaire aux États-Unis, il est presque le leader de facto du Parti démocrate», analyse M. Kaufman. «Il a déjà annoncé qu'il travaillerait avec l'ex-attorney general Eric Holder pour stopper le gerrymandering, le redécoupage des circonscriptions électorales afin de donner l'avantage à un parti politique, qui a permis au Parti républicain de contrôler le Congrès depuis des années.

«Ils ont placé, par exemple, tous les Afro-Américains dans un même district et laissé très peu de gens des minorités dans certains districts. Ainsi, certains districts sont très étranges : il y en a même un qui fait toute la longueur d'un État! Au-delà de tout cela, c'est une violation de la loi électorale, car les districts électoraux doivent représenter la population dans son ensemble», indique Burton Kaufman, qui voit là le premier jalon du travail de reconstruction du Parti démocrate, nécessaire à la suite de la déconfiture d'Hillary Clinton.

«Les démocrates doivent revenir à la base et s'organiser au niveau local et au niveau de l'État. Je crois d'ailleurs que Barack Obama travaillera dans ce domaine pour aider son parti à redevenir fort localement, dans chaque État et au niveau national, alors je lui prédis une après-présidence très active!» conclut l'écrivain et professeur.

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