La police de Chicago au pilori

« Le ministère de la Justice a conclu qu'il... (photo Patrick Semansky, archives AP)

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« Le ministère de la Justice a conclu qu'il existait de bonnes raisons de penser que la police de Chicago a recours de façon récurrente à un usage excessif de la force, en violation du quatrième amendement de la Constitution », a déclaré la ministre de la Justice américaine (Attorney General) Loretta Lynch.

photo Patrick Semansky, archives AP

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Michael Tarm, Don Babwin
Associated Press
Chicago

Les abus policiers sont récurrents à Chicago, troisième ville des États-Unis gangrénée par la criminalité, a conclu vendredi une retentissante enquête fédérale.

Ce rapport a été dévoilé dans la métropole du nord des États-Unis par la ministre de la Justice Loretta Lynch, une juriste noire qui a favorisé des enquêtes sensibles visant les forces de l'ordre américaines sous le deuxième mandat de Barack Obama.

«Le ministère de la Justice a conclu qu'il existait de bonnes raisons de penser que la police de Chicago a recours de façon récurrente à un usage excessif de la force, en violation de la Constitution», a déclaré Mme Lynch.

«Notre enquête a démontré que ces pratiques s'expliquaient en bonne partie par de graves déficiences en matière de formation et de responsabilité», a poursuivi la ministre, tandis que Chicago a enregistré plus de 760 meurtres en 2016.

Cette force excessive est parfois létale, a précisé Vanita Gupta, responsable des droits civiques au ministère américain de la Justice. «Par exemple, tirer sur quelqu'un qui ne présente pas de danger immédiat ou neutraliser avec un pistolet électrique Taser une personne qui refuse de se conformer à un ordre verbal», a indiqué Mme Gupta.

L'enquête fédérale visant le Chicago Police Department (CPD) avait été lancée le 7 décembre 2015 à la suite de l'homicide choquant d'un adolescent noir par un policier blanc en 2014. Laquan McDonald, 17 ans, avait été abattu de 16 balles alors qu'il marchait au milieu d'une rue.

Les autorités de Chicago avaient attendu plus d'un an avant de rendre publique la vidéo montrant le déroulement de cette bavure. Celle-ci avait provoqué une onde de choc et entraîné le renvoi du chef de la police alors en fonction.

«Code de silence» 

Le maire Rahm Emanuel, un proche du président Barack Obama, s'est lui-même retrouvé en difficulté, accusé d'avoir cherché à étouffer ce scandale.

Le rapport rendu public vendredi dénonce notamment un «code de silence» en vigueur chez les policiers de Chicago. Il accuse aussi le CPD d'avoir «toléré des conduites discriminatoires sur le plan racial, qui ont non seulement sapé la légitimité de la police, mais également contribué aux recours à la force excessive».

Après avoir longtemps dû sa mauvaise réputation à ses gangsters, Chicago voit donc officiellement validées les accusations de brutalités et de racisme visant une partie de ses 12 000 policiers.

Les responsables municipaux s'efforcent pourtant de restaurer la confiance, notamment par des efforts de transparence contrastant avec les soupçons d'impunité qui entourent la police.

«La police et la Ville de Chicago sont déjà sur la voie des réformes, il est impossible de faire demi-tour», a prévenu vendredi M. Emanuel, présent aux côtés de Loretta Lynch.

Le révérend Jesse Jackson, célèbre militant américain des droits civiques, a jugé que le rapport offrait une «réplique cinglante» à la culture de brutalité de la police de Chicago, cette réponse n'allant selon lui «pas assez loin».

«Il y a trop de gens dans les prisons et les cimetières pour rien», a souligné le pasteur noir qui vit à Chicago. Avec plus de 4000 victimes d'armes à feu en 2016, «Chicago est à l'épicentre de la crise urbaine», a ajouté l'ancien candidat à la Maison-Blanche.

Le cadre des enquêtes visant les forces de l'ordre a été défini par le Congrès américain dans le sillage de l'acquittement en 1992 des policiers de Los Angeles qui avaient passé à tabac un chauffeur de taxi noir, Rodney King.

Moins sous Trump?

En plus de 20 ans, la division des droits civiques du ministère américain de la Justice a ouvert 69 enquêtes sur la police, dont 25 depuis le début du premier mandat de Barack Obama en 2009.

Parmi les métropoles concernées figurent Miami, Cleveland, La Nouvelle-Orléans, Detroit, Seattle, Los Angeles ou Pittsburgh.

De nombreux experts s'attendent à une chute du nombre d'enquêtes de ce type sous l'administration de Donald Trump. Le futur ministre de la Justice, le sénateur conservateur Jeff Sessions, a d'ailleurs exprimé son scepticisme sur les accords prévoyant une supervision judiciaire de l'action de la police, durant son audition de nomination au Sénat cette semaine.

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