À Beyrouth, la difficile coexistence entre Palestiniens de Syrie et du Liban

Le Palestinien Fouad Abou Khaled a fui la... (AFP, Anwar Amro)

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Le Palestinien Fouad Abou Khaled a fui la guerre en Syrie. Il survit avec sa femme et leurs huit enfants dans un appartement d'une chambre et un salon dans le modeste camp de Chatila, dans le sud de Beyrouth.

AFP, Anwar Amro

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Paul Raymond
Agence France-Presse
Beyrouth

Lorsque le Palestinien Fouad Abou Khaled a fui la guerre en Syrie en 2013, il a naturellement cherché refuge parmi les siens dans un camp palestinien au Liban, mais les nouveaux venus y souffrent souvent de discrimination.

«En dépit du fait qu'il soit Palestinien comme moi, il est du Liban et moi je viens de Syrie», déplore Fouad Abou Khaled, en évoquant les tensions entre compatriotes dont les parents furent contraints de quitter leurs terres il y a près de 70 ans pour trouver refuge dans les pays arabes avoisinants.

«Il vous voit comme quelqu'un venu prendre sa place ou ses rations quotidiennes», raconte-t-il.

Ce père de famille de 52 ans est l'un des 31 000 Palestiniens qui se sont réfugiés au Liban depuis le début de la guerre dans ce pays en mars 2011.

Lui et sa famille ont fui le camp de Yarmouk, dans les environs de Damas, ravagé par de violents combats en 2013.

Aujourd'hui, cet ancien épicier du sud de Damas survit avec sa femme et leurs huit enfants dans un appartement d'une chambre et un salon dans le modeste camp de Chatila, dans le sud de Beyrouth, l'un des plus grands du Liban.

Leur quotidien y est très difficile, car l'aide de l'agence de l'ONU pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) et d'autres ONG s'avère insuffisante. «Je pense que si la situation ne change pas, cela risque de devenir explosif», s'inquiète Fouad, assis sur un fin matelas.

Les besoins sont immenses, car le Liban accueille au total plus d'un million de réfugiés syriens.

Parallèlement, l'UNRWA a lancé lundi un appel pour récolter d'urgence plus de 400 millions de dollars pour le demi-million de Palestiniens qui se trouvent toujours en Syrie et ont un «besoin critique» d'une aide humanitaire.

«Certains réfugiés palestiniens qui n'avaient jamais demandé d'aide de l'UNRWA auparavant se tournent vers nous aujourd'hui pour que nous les aidions à couvrir leurs besoins élémentaires», insiste le directeur par intérim de l'UNRWA au Liban, Hakam Shahwan.

Au pays du Cèdre, l'aide en faveur des nouveaux réfugiés «s'ajoute à celle que nous dispensons déjà aux Palestiniens» vivant au Liban, ajoute-t-il.

Leur nombre est évalué à quelque 450 000 personnes, pour la plupart des descendants des réfugiés ayant fui leurs domiciles à la création de l'État d'Israël en 1948 ou au cours des conflits qui ont suivi.

«Solidarité»

Du fait de cet afflux, les relations se sont tendues dans le camp de Chatila, comme le regrette Najah Awad qui y vit avec ses trois enfants après avoir fui Yarmouk en 2013.

Au début, «ils nous ont bien accueillis. Mais plus maintenant», témoigne-t-elle. Car certains «pensent qu'on leur prend leurs emplois et leurs ressources».

Le directeur de l'UNRWA pour la Syrie, Matthias Schmale, n'écarte pas les risques de tension si la situation se prolongeait. Mais il insiste sur la générosité dont ont jusqu'à présent bénéficié les réfugiés palestiniens à leur arrivée au Liban.

Or «cette solidarité est remarquable lorsque vous vivez vous-mêmes dans la pauvreté», précise-t-il à l'AFP.

Trouver un emploi 

Pour les réfugiés palestiniens, l'un des défis est de trouver un emploi en dépit des sévères restrictions existant au Liban. Abou Khaled s'est ainsi lancé dans l'élevage de canaris, en espérant pouvoir vendre les petits oiseaux bruyants pour un prix unitaire de 30 dollars maximum.

Quelque 90 % des réfugiés palestiniens de Syrie au Liban vivent sous le seuil de pauvreté, selon une étude de l'UNRWA et de l'université américaine de Beyrouth.

Une famille ayant fui «avec une bonne situation réussit à avoir deux repas par jour. Mais la moyenne n'en a qu'un et j'en connais qui n'en ont aucun», témoigne Abou Khaled.

Malgré toutes ces difficultés, Mohammed Abou Ali, membre du Fatah al-Intifada, l'un des groupes armés qui gèrent le camp de Chatila, affirme qu'il existe une forte entraide. «Nous partageons tout. Nous ne pouvons les laisser dans le noir si nous avons le courant ou sans eau si nous en avons», explique ce milicien en tenue militaire assis sous un drapeau palestinien qui trône dans son bureau.

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