Carnage dans un pénitencier brésilien

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Des proches de prisonniers attendaient des nouvelles aux abords du complexe pénitentiaire Anisio Jobim, où une mutinerie a fait 56 morts.

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Louis Genot
Agence France-Presse
Manaus

Massacre en règle, détenus décapités et bilan extrêmement lourd : une mutinerie a fait 56 morts dans une prison de Manaus, dans le nord du Brésil, dans la nuit de dimanche à lundi, un bain de sang provoqué par la guerre entre factions criminelles.

«Pour le moment, nous avons décompté 60 morts», a déclaré le secrétaire à l'Administration pénitentiaire de l'État d'Amazonie Pedro Florencio, bilan qui a ensuite été révisé à 56.

La mutinerie, pendant laquelle 12 surveillants ont été pris en otage, a duré 17 heures entre dimanche après-midi et lundi matin dans le complexe pénitentiaire Anisio Jobim, située en périphérie de Manaus.

«Il s'agit du plus grand massacre commis dans une prison en Amazonie», a souligné le secrétaire de l'État d'Amazonie à la Sécurité publique, Sergio Fontes, lors de cette conférence de presse, précisant qu'«un grand nombre de détenus ont été décapités».

«Les prisonniers ont été tués par d'autres détenus, lors d'affrontements d'une extrême violence qui ont duré plus de quinze heures», selon l'organe de sécurité publique.

En octobre, une autre mutinerie avait déjà fait 33 morts dans deux prisons de la région amazonienne, dans les États de Rondonia, frontalier avec la Bolivie, et de Roraima, limitrophe avec le Venezuela.

À Manaus, les règlements de compte entre narcotrafiquants incarcérés ont pris une ampleur sans précédent depuis le massacre de Carandiru, qui a fait 111 morts en 1992, à São Paulo.

«Nous sommes parvenus à mettre fin à la mutinerie et à préserver la vie des otages», a expliqué M. Florencio.

Avant d'intervenir, les autorités locales patrouillaient déjà sur les lieux, à la recherche de dizaines de détenus qui s'étaient échappés.

L'organe de sécurité publique a informé l'AFP que 40 fugitifs sur un total de 87 avaient été capturés.

Lutte à l'échelle nationale

De nombreux membres des familles des prisonniers se sont massés devant la prison dès les premières heures de lundi, mais les autorités n'ont toujours pas révélé l'identité des victimes.

Des photos circulant sur les réseaux sociaux et prises soit par des détenus soit par des policiers après le massacre montrent des scènes insoutenables de carnage.

On y voit des dizaines de corps empilés, la plupart sans tête, ce qui, selon les autorités, rend plus difficile l'identification des morts.

«Nous vivons une guerre silencieuse du trafic de drogue et l'État se doit d'intervenir. Les factions se battent entre elles pour gagner plus d'argent, c'est une lutte de territoire», a alerté M. Fontes.

Les mutineries sont fréquentes dans les prisons surpeuplées du Brésil, qui sont contrôlées en interne par ces factions criminelles.

«Cette guerre entre factions a lieu dans tout le pays, dans toutes les unités pénitentiaires», a confirmé M. Florencio, qui a évoqué une «vengeance» du groupe local Familia do Norte contre le Premier commando de la capitale, fondé à São Paulo.

«Le problème commence avec la surpopulation carcérale», a rappelé à l'AFP Marco Fuchs, avocat de l'association de défense des droits de l'homme Conectas, spécialisée dans la défense des détenus. «Quand on met dans la même unité pénitentiaire des détenus de factions rivales, l'État ne contrôle absolument pas ce qui se passe. Le crime organisé est aux commandes.»

Avec 622 000 détenus recensés par le ministère de la Justice fin 2014, le Brésil compte la quatrième population carcérale au monde, derrière les États-Unis, la Chine et la Russie.

Pour faire face à la pression carcérale, le pays devrait augmenter de 50 % la capacité de ses prisons, selon un rapport du ministère.

Au niveau national, le taux d'occupation est de 167 %, soit 1,67 détenu par place disponible, un chiffre qui s'élève à 2,59 en Amazonie, qui comptait 8868 détenus en 2014.

Lors de la mutinerie qui a fait 56... (AFP, Marcio Silva) - image 2.0

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Lors de la mutinerie qui a fait 56 morts dans une prison située dans le nord du Brésil, 87 détenus sont parvenus à prendre la poudre d'escampette. Les autorités ont toutefois indiqué que 40 d'entre eux avaient été capturés.

AFP, Marcio Silva

Les mutineries meurtrières dans le monde depuis 10 ans

La mutinerie qui a fait plus de 60 morts lundi dans une prison de Manaus (Brésil) s'inscrit dans une longue série de rébellions sanglantes dans les prisons souvent surpeuplées d'Amérique latine. Rappel des mutineries les plus meurtrières dans le monde depuis 10 ans:

2007

  • 6 janvier, Salvador: La révolte de membres d'un gang à la prison d'Apanteos, à 60 km à l'ouest de San Salvador, fait 21 morts parmi les détenus.
  • 5 novembre, Argentine: Des détenus déclenchent un incendie dans une prison des environs de Santiago del Estero (800 km au nord de Buenos Aires), faisant au moins 33 morts, asphyxiés ou brûlés vifs.
2008

  • 20 octobre, Mexique: 21 détenus tués et 20 blessés dans une prison de Reynosa, dans l'État de Tamaulipas (nord-est), lors d'une mutinerie suivie d'un incendie.
  • Un mois plus tôt, 19 prisonniers, dont deux Américains, avaient péri dans une mutinerie réprimée à coups de feu par la police au pénitencier de La Mesa à Tijuana (nord).
2009

  • 4 mars, Mexique: Au moins 20 détenus sont tués lors d'une bagarre entre bandes rivales dans la prison de Ciudad Juarez (nord). Les forces de sécurité interviennent pour rétablir l'ordre.
  • En août, un autre affrontement entre détenus fera 20 morts à Gomez Palacio, près de Durango (nord-ouest).
2010

  • 20 janvier, Mexique: Des affrontements à coups de couteau ou autres armes improvisées entre détenus de bandes rivales font au moins 23 morts et 20 blessés dans une prison de Durango (nord-ouest).
2011

  • 12 juin au 13 juillet, Venezuela: Un affrontement armé entre détenus, suivi d'une intervention militaire, dans la maison d'arrêt d'El Rodeo, fait une trentaine de morts. Plusieurs détenus réussissent à s'enfuir.
2012

  • 20 août, Venezuela: Au moins 25 personnes sont tuées et 43 blessées lors d'affrontements entres gangs dans la prison de Yare I, près de Caracas.
  • En juillet, 28 détenus avaient péri au cours d'une mutinerie au centre pénitentiaire de Merida (ouest).
  • 9 novembre, Sri Lanka: Des heurts éclatent entre le personnel de sécurité et des détenus dans une prison de haute sécurité de Colombo lors d'une perquisition: 27 morts, essentiellement des prisonniers.
2013

  • 26 au 28 janvier, Venezuela: Une mutinerie à la prison d'Uribana (nord-ouest), déclenchée à la suite d'une inspection pour rechercher des armes, cause la mort d'au moins 58 personnes, dont un gardien et un prêtre.
2016

  • 11 février, Mexique: Des affrontements entre clans rivaux d'un même cartel font 49 morts dans une prison surpeuplée de Monterrey (nord-est).
  • 3 mars, Guyana: Seize détenus sont tués dans une mutinerie, dans une prison de haute sécurité surpeuplée, à Georgetown.
  • 19 juillet, Guatemala: Une mutinerie fait 13 morts et 10 blessés dans une prison de Pavon, à 17 km de la capitale.

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