L'EI revendique l'attentat d'Istanbul

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Des proches de l'agent de sécurité Fatih Cakmak, décédé lors de l'attentat au club Reina à Istanbul, assistent à ses funérailles lundi.

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Gokan Gunes
Agence France-Presse
Istanbul

Le groupe État islamique (EI) a revendiqué lundi l'attentat contre une discothèque d'Istanbul qui a fait 39 morts dans la nuit du Nouvel An et dont l'auteur est toujours traqué par les autorités turques, qui ont annoncé huit arrestations.

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, l'EI indique qu'«un des soldats du califat» a mené l'attaque au Reina, une boîte de nuit huppée de la métropole turque, qui a fait de nombreuses victimes étrangères, pour la plupart originaires de pays arabes.

C'est la première fois que l'EI revendique directement un attentat en Turquie, mais plusieurs attaques contre des cibles touristiques, notamment à Istanbul, lui ont déjà été attribuées par les autorités.

L'auteur de l'attaque, qui a semé la mort au Reina en tirant au hasard sur les centaines de personnes qui y célébraient la nouvelle année, est toujours en fuite et activement recherché.

Des «données relatives aux empreintes digitales et à l'apparence» du tueur ont été obtenues, a déclaré le porte-parole du gouvernement Numan Kurtulmus, évoquant une «enquête difficile». «Nous allons rapidement entrer dans le processus d'identification», a-t-il ajouté.

Des équipes de la police antiterroriste d'Istanbul ont arrêté et placé en garde à vue lundi huit personnes dans le cadre de l'enquête sur cette attaque.

L'attentat du Nouvel An survient alors que l'armée turque tente, au prix de lourdes pertes, de reprendre la ville d'Al-Bab, un bastion de l'EI dans le nord de la Syrie où Ankara mène une offensive contre les djihadistes, mais aussi les milices kurdes.

Dans son communiqué, l'EI accuse la Turquie, un pays peuplé majoritairement de musulmans, de s'être alliée aux chrétiens, vraisemblablement en référence à la coalition internationale antidjihadiste menée par Washington et dont fait partie Ankara.

«Nous continuerons à mener nos opérations extérieures avec détermination», a déclaré lundi M. Kurtulmus à l'issue d'un Conseil des ministres présidé par le chef de l'État Recep Tayyip Erdogan, lequel ne s'est pas publiquement exprimé depuis l'attentat.

«Paniqués»

L'attentat au Reina marque un début 2017 sanglant pour la Turquie, déjà secouée en 2016 par une tentative de coup d'État et une vague d'attentats meurtriers liée aux djihadistes ou à la rébellion kurde.

À 1h15 dimanche (17h15 samedi, heure du Québec), un homme armé d'un fusil d'assaut a surgi devant la discothèque située au bord du Bosphore, sur la rive européenne d'Istanbul, abattant deux personnes à l'entrée avant de pénétrer à l'intérieur et d'y semer la mort.

Selon les médias turcs, l'assaillant a tiré entre 120 et 180 balles au cours de l'attaque, avant de changer de tenue et de s'enfuir.

Plusieurs des victimes ont été tuées d'une balle dans la tête à bout portant, selon les médias turcs, citant des rapports d'autopsie.

«Je repense à ces moments, je n'arrive pas à les effacer de ma mémoire. Les gens paniqués, le sang, les bruits de coups de feu», a raconté un rescapé franco-turc, Yusuf Kodat.

«Le danger persiste», a écrit lundi le chroniqueur Abdulkadir Selvi dans le quotidien Hürriyet. «Tant que ce terroriste ne sera pas arrêté, nous ne saurons pas où et quand un massacre pourrait avoir lieu.»

Cette attaque s'est produite malgré un déploiement massif de forces de police à Istanbul, ville tentaculaire frappée par de nombreux attentats au cours de l'année écoulée.

Selon Hürriyet, les enquêteurs estiment que l'assaillant pourrait être lié à une cellule qui a commis un triple attentat-suicide à l'aéroport Atatürk d'Istanbul qui a fait 47 morts en juin, imputé à l'EI par les autorités.

Une Canadienne parmi les victimes

Une citoyenne Canadienne, Alaa al-Muhandis, figure parmi les 39 victimes de l'attaque survenue dans une boîte de nuit d'Istanbul. L'information, d'abord publiée par l'agence turque Dogan, a été confirmée par le gouvernement du Canada dimanche soir.

«C'est avec une profonde tristesse que j'ai appris la nouvelle de l'attentat terroriste meurtrier [à Istanbul], qui a provoqué la mort d'une citoyenne canadienne», a indiqué Justin Trudeau dans un communiqué. Parmi les victimes, «nous pleurons la perte insensée d'une citoyenne canadienne, et nous sommes déterminés à continuer de travailler avec tous nos alliés et partenaires pour contribuer à combattre le terrorisme et à faire en sorte que les auteurs d'actes terroristes soient traduits en justice», a poursuivi le chef du gouvernement.  

Des centaines de personnes ont assisté lundi aux funérailles de Yunus Görmek, un Turc âgé de 23 ans qui travaillait comme serveur au Reina pour financer ses études, selon un photographe de l'AFP.

Cette attaque a suscité une vague de réactions indignées dans le monde. Washington, Moscou, Paris et Berlin, ainsi que le pape François l'ont condamnée.

L'état-major turc a indiqué que des avions turcs et russes avaient bombardé des cibles de l'EI dans le secteur d'Al-Bab dans la nuit de dimanche à lundi.

Les djihadistes ont menacé à plusieurs reprises de frapper la Turquie en représailles à ses opérations en Syrie.  Avec La Presse canadienne

L'année 2017 a bien mal commencé en Turquie,... (AFP, Ozan Kose) - image 2.0

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L'année 2017 a bien mal commencé en Turquie, alors qu'un assaillant a ouvert le feu dans une discothèque située aux abord du Bosphore, à Istanbul, faisant 39 morts, dont une Canadienne.

AFP, Ozan Kose

Ce qu'on sait de l'attentat

L'attaque

À 1h15 dimanche (17h15 samedi, heure du Québec), un assaillant armé d'un fusil d'assaut surgit devant la boîte de nuit Reina, au coeur d'Istanbul, et ouvre le feu sur les personnes qui se trouvent à l'entrée, selon le gouverneur d'Istanbul Vasip Sahin. Un policier et un civil sont tués.

Après avoir pénétré dans la discothèque, l'assaillant tire au hasard sur la foule, semant la panique et la mort. Selon la chaîne d'information NTV, plusieurs personnes ont plongé dans le Bosphore pour échapper aux coups de feu.

D'après les derniers chiffres des médias turcs, 39 personnes, dont 26 étrangers, ont été tuées et des dizaines blessées. L'agence de presse progouvernementale Anadolu a annoncé lundi que 46 personnes étaient encore prises en charge dans les hôpitaux d'Istanbul.

«D'une façon sauvage et impitoyable, il a mitraillé des personnes qui étaient simplement venues célébrer le Nouvel An», a déclaré M. Sahin.

Une citoyenne canadienne est au nombre des victimes, a indiqué dimanche le premier ministre canadien Justin Trudeau.

L'assaillant

Dans un communiqué publié lundi sur les réseaux sociaux, le groupe État islamique (EI) a indiqué que l'assaillant était «un des soldats du califat».

Les autorités turques ont lancé une chasse à l'homme pour retrouver l'assaillant qui s'est enfui en profitant de la confusion semée dans la discothèque, selon le premier ministre Binali Yildirim.

Ce dernier a qualifié d'«infondées» les informations de presse selon lesquelles l'assaillant était déguisé en père Noël, ajoutant que l'agresseur avait laissé son arme sur les lieux.

Des témoins cités par l'agence de presse Dogan ont déclaré l'avoir entendu s'exprimer en arabe, mais cela n'a pas été confirmé par les autorités.

Le quotidien Hürriyet a de son côté rapporté que les autorités estiment que l'assaillant pourrait être originaire d'un pays d'Asie centrale.

Le lieu

Le Reina est une emblématique discothèque d'Istanbul, située à Ortaköy, un quartier du district de Besiktas, sur la rive européenne de la ville.

Selon Dogan, elle accueillait au moins 700 personnes venues célébrer le passage à la nouvelle année.

Cette discothèque huppée où les entrées sont filtrées, est située à quelques centaines de mètres de l'endroit où avaient eu lieu les célébrations officielles du Nouvel An, au bord du Bosphore.

Le contexte

La Turquie a été la cible de nombreux attentats attribués à l'EI ou liés à la rébellion séparatiste du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui ont notamment frappé Istanbul et Ankara.

Membre de la coalition internationale qui combat l'EI en Syrie et en Irak, la Turquie a déclenché en août une offensive dans le nord de la Syrie pour repousser les djihadistes vers le Sud, mais aussi les milices kurdes syriennes. Des rebelles syriens soutenus par l'armée turque assiègent depuis plusieurs semaines la ville d'Al-Bab, un fief de l'EI dans le nord de la Syrie.

En réaction à ces opérations militaires, l'EI a à plusieurs reprises menacé d'attentats la Turquie, devenue une des principales cibles des djihadistes.

Pourtant, après une année 2016 sanglante, les autorités turques étaient sur leurs gardes en ce jour de réveillon et 17 000 policiers avaient été déployés en ville.

Deux rescapés racontent l'attentat au club Reina

L'attaque survenue dans la nuit de samedi à... (AFP) - image 4.0

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L'attaque survenue dans la nuit de samedi à dimanche a débuté à l'extérieur de la boîte de nuit Reina. Le tireur, que l'on voit sur cette image tirée des caméras de sécurité de la discothèque, court toujours.

AFP

Deux, trois coups de feu. «On a d'abord cru que c'était une bagarre», dit Yunus Turk. Mais quand un homme surgit dans la discothèque en tirant sur la foule, ils se sont dit «c'est un attentat», complète son cousin Yusuf Kodat.

Les deux jeunes Franco-Turcs faisaient partie des centaines de personnes qui célébraient le Nouvel An au Reina, une boîte de nuit huppée d'Istanbul où un assaillant a tué 39 personnes au cours d'une attaque revendiquée par l'État islamique.

«Je repense à ces moments, je n'arrive pas à les effacer de ma mémoire», raconte à l'AFP Yusuf Kodat. «Les gens paniqués, le sang, les bruits de coups de feu, les explosions», décrit-il.

Les deux cousins, qui vivent en Alsace, dans l'est de la France, étaient venus en Turquie pour les fêtes de fin d'année. Ils avaient décidé de célébrer le 31 décembre au Reina, au bord du Bosphore, sur la rive européenne d'Istanbul.

La fête a toutefois rapidement tourné au drame.

«On a entendu deux, trois coups de feu, on s'est dit qu'il y avait une bagarre qui avait éclaté devant», explique Yunus Turk. «Et au bout de dix, quinze secondes, il [le tireur] a commencé à rentrer à l'intérieur, il a commencé à [tirer en rafales] et, là, on s'est dit : "C'est un attentat, c'est une fusillade."»

«Je connaissais la discothèque», poursuit le jeune homme. «Je viens souvent ici. J'ai tiré mon cousin, je lui ai dit : "On sort, on va sur la terrasse."»

Ce club très select est doté de plusieurs restaurants et pistes de danse en plus d'un bar central. Il s'étend sur une terrasse avec vue spectaculaire sur le Bosphore et sur l'un des ponts qui l'enjambent.

«Là, on a commencé à se disperser, en fait on s'est cachés, il y en a qui ont sauté à l'eau», continue Yunus.

Les deux cousins racontent également la panique qui s'est emparée des plus de 700 personnes présentes dans la boîte de nuit.

«Il y a des gens qui étaient à côté de moi en train de courir, qui ont été touchés par les balles, qui sont peut-être morts ou blessés, je ne sais pas», se souvient Yunus. «En fait, sous [l'effet de] la panique, on courait partout. On ne regardait pas trop ce qui se passait autour.»

«On est restés dix, quinze minutes, on attendait que la police arrive», précise Yusuf Kodat. «À ce moment-là, mon cousin était à un autre endroit, je lui ai envoyé un message et, quand il m'a répondu, j'ai été plus tranquille.»

120 à 180 balles

À l'arrivée des forces de l'ordre, qui cherchent un ou des assaillants, l'évacuation se fait sous haute surveillance.

«Ils nous ont fait sortir un par un, les mains en l'air», raconte Yusuf. «Ils nous ont contrôlés.»

«Ils nous ont fait passer par le sous-sol, donc on n'a pas vu la salle principale», ajoute son cousin. «Mais sur la terrasse, il y avait quelques cadavres, il y avait du sang partout, des verres cassés, des vitres qui donnent de l'intérieur sur la terrasse étaient brisées aussi.»

Selon les médias turcs, l'assaillant a tiré entre 120 et 180 balles au cours de l'attaque qui a duré environ sept minutes, avant de changer de tenue et de s'enfuir.

L'auteur de l'attaque, qui a fait en majorité des victimes étrangères, est en fuite et traqué par les autorités.

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