Proche-Orient: Kerry prêche pour deux États

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Cette solution à deux États est «en grave danger», a prévenu John Kerry, qui doit quitter ses fonctions le 20 janvier, dans un grand discours exposant la vision de l'administration du président sortant Barack Obama sur le Proche-Orient.

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Agence France-Presse
Washington

Le secrétaire d'État américain John Kerry a réaffirmé mercredi que la solution à deux États était «la seule voie possible pour obtenir une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens».

Cette solution à deux États est «en grave danger», a prévenu M. Kerry, qui doit quitter ses fonctions le 20 janvier, dans un grand discours exposant la vision de l'administration du président sortant Barack Obama sur le Proche-Orient.

L'adoption d'une résolution à l'ONU vendredi condamnant les colonies israéliennes, sur laquelle les États-Unis n'ont pas opposé de veto et qui a provoqué la colère de l'État hébreu, «visait à préserver la solution à deux États», a expliqué M. Kerry.

«Aujourd'hui, le même nombre de Juifs et de Palestiniens vivent entre le Jourdain et la mer Méditerranée», a-t-il souligné. «Ils n'ont pas le choix. Ils peuvent choisir de vivre ensemble dans un État, ou ils peuvent se séparer en deux États».

«Mais il y a une réalité fondamentale : si le choix est celui d'un seul État, Israël peut être soit juif, soit démocratique - il ne peut pas être les deux - et il ne sera jamais vraiment en paix», a noté M. Kerry.

«Comment Israël peut-il concilier son occupation perpétuelle avec ses idéaux démocratiques?» a demandé le chef de la diplomatie américaine.

Selon le dirigeant américain, ces deux états devraient suivre le tracé des frontières de 1967 - avant la guerre des Six Jours -, en procédant à «des échanges de territoires équivalents» issus d'un consentement mutuel.

Israël serait alors reconnu comme un «État juif» et Jérusalem comme capitale des deux états, a indiqué M. Kerry.

John Kerry a accusé Israël de mener «un projet exhaustif pour s'approprier des terres en Cisjordanie qui empêche toute implantation des Palestiniens là-bas».

La politique des colons «est en train de décider de l'avenir d'Israël. Leur objectif déclaré est clair : ils croient en un seul État, le grand Israël», a dénoncé le chef de la diplomatie américaine.

«Quiconque réfléchissant sérieusement à la paix ne peut ignorer la réalité de la menace des colonies sur la paix», a-t-il ajouté.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou... (PHOTO JACK GUEZ, AFP) - image 2.0

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Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou

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Discours «biaisé», lance Nétanyahou

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a dénoncé le «discours biaisé» prononcé par le secrétaire d'État américain, l'accusant d'être «obsédé» par la question des colonies israéliennes.

«Pendant plus d'une heure, il a traité de manière obsessionnelle des colonies et a à peine évoqué la racine du conflit, à savoir l'opposition palestinienne à un État juif, et ce, quelles que soient ses frontières», a précisé le dirigeant.

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a salué un discours «courageux» de John Kerry.

«La France partage la conviction du secrétaire d'État américain de la nécessité et de l'urgence de mettre en oeuvre cette solution des deux États», a fait savoir M. Ayrault dans un communiqué.

«C'est parce qu'elle constate elle aussi l'érosion de cette solution que la France a pris l'initiative d'accueillir en juin une première conférence internationale et qu'elle recevra à nouveau ses partenaires à Paris, le 15 janvier prochain», a souligné M. Ayrault.

Cette conférence du 15 janvier doit rassembler quelque 70 pays, mais pas les Israéliens ni les Palestiniens, et a pour but de réitérer le soutien de la communauté internationale à une solution sur la base de deux États.

Les crises entre Israël et les États-Unis

La dernière crise entre les Etats-Unis et Israël a éclaté après le refus de Washington d'utiliser son droit de véto pour bloquer une résolution de l'ONU condamnant la colonisation des territoires palestiniens occupés par l'Etat hébreu.

Elle s'inscrit sur fond de ressentiment personnel profond entre le président américain Barack Obama et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ces dernières années.

Histoire des crises entre les deux pays.

1975: la crise du Sinaï

L'un des accès de tension les plus forts remonte à 1975, quand les Etats-Unis pressent Israël de se retirer de la péninsule du Sinaï, qu'il occupe depuis la guerre des Six jours en 1967.

Sans accord de paix global avec l'Egypte, Israël refuse. Le président américain Gerald Ford informe le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin que Washington va réévaluer les relations bilatérales. Les Etats-Unis stoppent leurs livraisons d'armes à Israël, qui acceptera finalement de se désengager progressivement du Sinaï en 1979, avec l'accord de paix avec l'Egypte.

1985: l'affaire Pollard

Les relations subissent un coup sévère en 1985 avec l'arrestation de Jonathan Pollard pour espionnage au profit d'Israël. Pollard, analyste de la marine américaine, est condamné en 1987 à la prison à perpétuité aux Etats-Unis pour avoir transmis à Israël des informations classifiées.

La crise ne se résorbe qu'avec la promesse d'Israël de mettre un terme à toutes ses activités d'espionnage sur le sol américain.

1990: "Quand vous voudrez vraiment la paix, appelez-nous"

La coopération entre l'administration du président George Bush et le Premier ministre Yitzhak Shamir commence de manière abrupte. Le secrétaire d'Etat de M. Bush, James Baker, rudoie le partenaire israélien au sujet des conditions qu'Israël pose pour faire la paix avec les Palestiniens.

"Tout le monde là-bas (en Israël) devrait savoir que le numéro de téléphone (de la Maison Blanche), c'est 1-202-456-1414 (...) Quand vous voudrez vraiment la paix, appelez-nous", dit-il.

2009-2016: une affaire personnelle entre Obama et Netanyahu

Rapidement, les relations sont délicates. Israël provoque un tollé en 2010 en donnant, en pleine visite du vice-président américain Joe Biden, son autorisation à 1.600 logements dans une colonie ultra-orthodoxe de Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville annexée et occupée par l'Etat hébreu. L'échec d'une nouvelle initiative de paix américaine en avril 2014 tend encore les rapports, compliqués par l'absence notoire de sympathie entre MM. Netanyahu et Obama.

En mars 2015, la dégradation se poursuit quand M. Netanyahu défie la réprobation américaine en allant prononcer un discours sur l'Iran devant le Congrès américain.

En décembre 2016, les relations dégénèrent en crise ouverte à la suite du refus des Etats-Unis --le premier depuis 1979-- d'imposer leur veto pour bloquer une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU condamnant la colonisation israélienne.

Benjamin Netanyahu et ses ministres dénoncent en termes virulents la responsabilité directe de Barack Obama et de John Kerry, le secrétaire d'Etat. Le Premier ministre israélien va jusqu'à convoquer l'ambassadeur des Etats-Unis à Tel-Aviv Daniel Shapiro pour dénoncer l'attitude des Etats-Unis qui n'ont pas bloqué l'adoption d'une "résolution biaisée et honteuse". Mercredi, John Kerry a de nouveau dénoncé "la menace des colonies" pour la paix, estimant qu'elles mettaient en "grave danger" la solution à deux Etat, un israélien, un palestinien et suscitant une nouvelle fois l'ire de M. Netanyahu.

AFP

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