Une ville dédiée à Noël au milieu de la violence

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Avec des journées de neuf heures, les employés travaillent au milieu des odeurs de laque, de peinture, d'acide pour donner du brillant aux boules, dont ils fabriquent jusqu'à 2 000 exemplaires quotidiennement.

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Yemeli Ortega
Agence France-Presse

Dans l'État mexicain du Michoacán, miné par la violence du narcotrafic, une ville fait exception : Tlalpujahua, dont l'activité principale consiste à fabriquer des boules de Noël qui orneront les sapins de milliers de foyers américains et canadiens.

Tandis qu'un chalumeau crache des flammes oranges et bleues, Adan Marin, avec des gouttes de sueur sur son visage ridé, souffle dans du verre fondu pour former une boule, qui peut être soit ronde, allongée comme une goutte d'eau, tordue en spirale voire aplatie.

Comme lui, une grande partie des 28 000 habitants de la ville de style colonial se consacrent depuis un demi-siècle à cette activité qui contraste avec la violence de l'État du Michoacán, dans l'ouest du Mexique.

Avec ses rues tranquilles, Tlalpujahua est une ville «qui sort de l'ordinaire» dans cette région, note Luis Antonio Zimbron, professeur de 43 ans venu d'un État voisin pour acheter des boules rouges de Noël et qui s'émerveille devant «la décoration, la musique, la magie» ambiantes.

Région-clé dans la production et le trafic de drogues vers les États-Unis, le Michoacán est en effet plus connu pour être le théâtre d'affrontements sanglants entre cartels se disputant les territoires.

Pendant des années, l'État a vécu dans la terreur du cartel des Chevaliers templiers - aujourd'hui démantelé - qui rackettait la population et laissait de nombreux cadavres dans des fosses clandestines.

Mais «Tlalpujahua est une ville magique, sûre», affirme à l'AFP Rafael Berrios, porte-parole de la mairie, assurant qu'elle a été préservée du narcotrafic et de sa violence grâce à « un dispositif de sécurité très hermétique».

« Il n'y a pas du tout eu de situations d'extorsions ou d'enlèvements (...), ici les gens en majorité travaillent dans leurs ateliers », ajoute-t-il.

Car les habitants de Tlalpujahua n'ont qu'une obsession : «Toute l'année, c'est Noël chez nous», raconte Veronica Pompa, 56 ans dont 40 passés à travailler là.

«Continuer à souffler»

«On n'aime presque plus Noël», sourit Veronica, responsable de la production de l'usine Fimave, qui travaille à plein régime de mars à septembre pour fournir son marché exclusif : les États-Unis.

«On réfléchit aux modèles toute l'année (...), on rêve même des boules de Noël!» renchérit Gaspar Velarde, son collègue depuis 25 ans.

Avec des journées de neuf heures, les employés travaillent au milieu des odeurs de laque, de peinture, d'acide pour donner du brillant aux boules, dont ils fabriquent jusqu'à 2 000 exemplaires quotidiennement.

La tradition remonte aux années 1960, quand une entreprise de décoration de Noël a décidé de s'installer à Tlalpujahua. Même si elle a ensuite fait faillite, beaucoup d'habitants ont alors appris à souffler le verre et créé leurs propres ateliers familiaux, dont il existe plus de 200 aujourd'hui.

L'an dernier, l'activité a généré 1000 emplois dans la ville, pour un chiffre d'affaires de près de 3,4 millions de dollars grâce à la production de 20 millions de boules de Noël, exportées principalement aux États-Unis et au Canada.

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L'an dernier, l'activité a généré 1000 emplois dans la ville, pour un chiffre d'affaires de près de 3,4 millions de dollars grâce à la production de 20 millions de boules de Noël, exportées principalement aux États-Unis et au Canada.

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L'arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump est toutefois synonyme d'«inquiétude très grande» pour les producteurs, explique à l'AFP Rafael Berrios, de la municipalité, car il a promis d'ajouter des taxes allant jusqu'à 35% pour les marchandises venant du Mexique.

S'il mettait sa menace à exécution, l'effet serait «dévastateur» pour les artisans de Tlalpujahua, déjà confrontés à la concurrence chinoise, assure-t-il.

Adan Marin a commencé ce travail à 15 ans. Il en a désormais 70 et continue d'oeuvrer dans son atelier, dont hériteront ses enfants et petits-enfants.

À côté des boules classiques, on trouve des figures plus modernes comme les Pokemon, les personnages de Disney ou encore de véritables équipes de football.

«Je ne sais rien faire d'autre», dit humblement Adan alors qu'il fait naître, avec son souffle, une fleur à partir d'un bout de verre fondu.

«C'est un travail qui demande beaucoup de patience», ajoute cet homme qui a formé plus de 300 personnes au long de sa carrière et qui n'a qu'un seul projet : « continuer à souffler » le plus longtemps possible.

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