Une bombe souffle une église copte au Caire

L'explosion dans l'église copte de Saint-Pierre et Saint-Paul,... (AP, Nariman El-Mofty)

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L'explosion dans l'église copte de Saint-Pierre et Saint-Paul, au Caire, a fait 23 morts et 49 blessés. Il s'agit de l'attaque la plus sanglante contre la minorité religieuse depuis 2011.

AP, Nariman El-Mofty

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Mostafa Abulezz
Agence France-Presse
Le Caire

Un attentat à la bombe a tué 23 personnes dimanche en pleine célébration dans une église copte au Caire, la pire attaque contre cette minorité religieuse depuis des années.

L'attentat a également fait 49 blessés, selon un nouveau bilan du ministère de la Santé qui avait auparavant fait état de 25 morts et 31 blessés.

«Je quittais l'église lorsque j'ai entendu une énorme explosion. Il y avait beaucoup de fumée et des gens ont commencé à courir et à crier. Les ambulances ont commencé à arriver. Ils ont sorti des morceaux de corps. Le sol était couvert de sang, il y avait des morceaux de vitre cassée partout», a raconté à l'AFP Jackline Abdel Shahid, sur place.

L'attaque n'a pas été revendiquée dans l'immédiat.

La communauté copte égyptienne n'avait pas connu d'attentat aussi meurtrier depuis l'attaque suicide qui avait fait plus d'une vingtaine de morts le 1er janvier 2011 à la sortie d'une église à Alexandrie.

Dimanche, l'explosion, entendue dans tout le quartier, a eu lieu vers 10h, heure locale, à l'intérieur de l'église Saint-Pierre et Saint-Paul, contiguë à la cathédrale copte Saint-Marc, siège du pape de l'Église copte orthodoxe Tawadros II. La plupart des victimes étaient des femmes, selon le gouvernement.

À l'intérieur de l'église, des chaussures et d'autres effets personnels étaient éparpillés au sol, tandis que l'odeur du sang était toujours prégnante quelques heures après l'attentat, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les vitraux étaient presque tous brisés et les bancs de bois renversés pour la plupart, en particulier sur le côté droit de l'église.

La bombe a explosé près d'un pilier, noirci et parsemé d'éclats. Des impacts étaient aussi visibles sur le sol de marbre.

À l'extérieur, un périmètre de sécurité a été installé par la police tandis qu'une vingtaine de personnes scandaient des slogans contre le terrorisme.

Gebrail Ebeid, qui se rendait à l'église lorsque la bombe a explosé, s'interrogeait, visiblement en colère : «Comment est-ce que ça peut arriver? Qu'est-ce que j'ai fait pour que ça arrive au moment où je me rends à l'église? Où étaient les forces de sécurité? Elles occupent la rue maintenant, mais c'est trop tard.»

Sur place, les autorités ont saisi les caméras de sécurité de l'église, selon des responsables policiers s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.

L'évêque général de l'Église copte orthodoxe en Grande-Bretagne, Angaelos, a expliqué à l'AFP que le service religieux était célébré dans la petite église pendant que la cathédrale était en rénovation.

«C'est une cible facile, car son entrée est à l'extérieur du périmètre [de la cathédrale]», a-t-il précisé.

Attaque «lâche»

Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a condamné l'attentat, le qualifiant de «lâche». Il a aussi déclaré trois jours de deuil national. Cet attentat «vise la nation avec ses chrétiens et ses musulmans», a-t-il réagi. «L'Égypte n'en sortira que [...] plus unie.»

L'imam de la plus haute institution de l'islam sunnite en Égypte, Al-Azhar, a également condamné une attaque «infâme».

Dans un communiqué, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a exprimé les condoléances de l'Union européenne en notant que «tristement, ce n'est pas la première attaque terroriste ces derniers jours».

D'autres attentats

Vendredi, un attentat à la bombe a tué six policiers au Caire. Le même jour, un autre attentat à la bombe au nord de la capitale égyptienne a tué un passant et blessé deux policiers.

Le président français François Hollande a lui aussi exprimé dans un communiqué ses «condoléances» aux familles et à l'Égypte.

Les coptes d'Égypte constituent la communauté chrétienne la plus nombreuse du Moyen-Orient et l'une des plus anciennes.

Cette importante minorité, qui a fait l'objet de diverses attaques en Égypte, est faiblement représentée au gouvernement et s'estime tenue à l'écart de nombreux postes de la justice, des universités ou encore de la police.

Survivants en état de choc

Les fidèles chrétiens d'une église copte au Caire étaient en pleine prière dimanche lorsqu'une bombe a explosé, soufflant les vitraux et même les tuiles de l'édifice.

Une fois la fumée dispersée, les survivants ont découvert un enchevêtrement de corps et de débris.

«C'était une explosion terrifiante. Des choses nous tombaient dessus. Je ne pouvais pas sortir de derrière l'autel à cause de la fumée», a raconté à l'AFP Tadros Zaki, 63 ans, bénévole de l'église.

«Il y avait trop de gens. En morceaux. Des gens sur d'autres gens», a dit Romany, un autre bénévole qui s'est précipité vers l'église après l'explosion.

Selon un dernier bilan du ministère de la Santé, 23 personnes ont été tuées et 49 blessées.

L'explosion semble avoir eu lieu juste à l'entrée de l'église Saint-Pierre et Saint-Paul, sur le côté droit où étaient assises les femmes. Une écharpe imbibée de sang s'y trouvait au milieu des débris.

L'alcôve de la porte d'entrée a pris l'explosion de plein fouet. Le sol de marbre était également couvert d'impacts. Et un banc resté debout était ensanglanté. Tout près, deux boîtes, l'une remplie de prières écrites sur des bouts de papier, et une autre contenant les reliques d'un saint, étaient également détruites.

Des prêtres abasourdis déambulaient entre les arcades, marchant sur des morceaux de verre brisés, tandis que des gardes tentaient d'empêcher les journalistes et d'autres fidèles d'entrer. «Dieu aura son mot à dire dans tout cela», a dit une soeur, l'air hébété devant la scène de chaos.

Les coptes ont été la cible d'attaques en Égypte par le passé, comme en 2011 lorsqu'un attentat suicide a tué plus d'une vingtaine de personnes à la sortie d'une église à Alexandrie, la deuxième ville du pays.

Mais l'attentat de dimanche a visé le coeur de la communauté copte d'Égypte dans cette église jouxtant la cathédrale Saint-Marc, siège du pape Tawadros II.

Contestation

Dehors, une petite foule de coptes a commencé à scander des slogans contre le gouvernement, se frottant brièvement à la police antiémeute qui avait mis en place un cordon de sécurité.

«Les gens veulent la chute du régime, ont-ils scandé. Toi, le ministère de l'Intérieur, où étais-tu quand ils ont attaqué la cathédrale à la bombe?» a ajouté la foule.

Les coptes représentent environ 10 % des quelque 90 millions d'Égyptiens, une minorité qui se sent exclue des affaires de l'État.

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