Le chef du gouvernement italien démissionne

Le président du conseil de l'Italie, Matteo Renzi,... (AP, Gregorio Borgia)

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Le président du conseil de l'Italie, Matteo Renzi, a annoncé sa démission, reconnaissant sa défaite lors du référendum sur les réformes constitutionnelles qu'il défendait, dimanche.

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Olivier Baube
Agence France-Presse
Rome

Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi a annoncé tôt lundi matin sa démission après le rejet massif de «sa» réforme constitutionnelle par des citoyens qui ont préféré renvoyer chez lui l'homme qui avait promis de changer l'Italie au pas de charge.

«Mon expérience de chef de gouvernement s'arrête là», a sobrement résumé Matteo Renzi, 41 ans. «J'ai perdu, j'en prends toute la responsabilité», a-t-il ajouté en direct sur les chaînes de télévision italiennes.

Après un peu plus de 1 000 jours à la tête du pays, le plus jeune président du Conseil de l'histoire de la République remettra lundi sa démission au président italien Sergio Mattarella, à l'issue d'un conseil des ministres.

«C'est une leçon pour tous : on ne peut pas toujours mentir au peuple sans en subir les conséquences», a twitté dans la nuit Beppe Grillo, leader du Mouvement Cinq Étoiles (M5S, populiste et anti-système), et plus virulent adversaire de Matteo Renzi dans cette campagne référendaire.

Chef de l'État discret et effacé, Sergio Mattarella est appelé à jouer un rôle crucial dans les prochains jours. La Ligue du Nord, mouvement populiste et anti-euro, a déjà réclamé des élections anticipées, tout comme le mouvement Cinq Étoiles, autre grand vainqueur de cette consultation.

Au pouvoir à Rome et à Turin, le M5S ambitionne ouvertement de prendre le pouvoir. Selon des sondages, publiés avant le référendum, il est aujourd'hui le second mouvement politique en Italie derrière le Parti démocrate (PD, centre gauche) de Matteo Renzi.

D'éventuelles élections anticipées ne pourront toutefois pas avoir lieu avant une réforme de la loi électorale à la Chambre des députés, défendue par la majorité actuelle au Parlement. Le Mouvement Cinq Étoiles ne veut pas en entendre parler et réclame des élections anticipées avec la loi actuelle, qui le favorise.

Dès cette semaine, un gouvernement technique, comme l'Italie en a déjà connu plusieurs, devrait être rapidement nommé. Une de ses premières missions sera de s'assurer de l'adoption définitive du budget de l'État.

Plusieurs noms circulaient avant même le référendum pour prendre la tête de ce gouvernement, dont celui du ministre des Finances Pier Carlo Padoan, dans le souci de rassurer les marchés. Ces derniers, qui redoutent une nouvelle phase d'instabilité politique dans la troisième économie de la zone euro, pourraient se montrer nerveux lundi à l'ouverture en Europe.

L'euro fléchissait d'ailleurs déjà lundi face au dollar, tombant au plus bas depuis 20 mois dans les premiers échanges asiatiques après la victoire du non au référendum italien.

«Merci à tous»

«De toute façon, merci à tous. Vive l'Italie», avait réagi Matteo Renzi, peu après minuit sur Twitter, après la publication de sondages sortis des urnes, sans appel. Les premiers résultats partiels portant sur la quasi-totalité des bureaux donnaient peu avant 3h, heure locale, le non à 59,66 % des voix.

Matteo Renzi était arrivé au pouvoir en février 2014 sur un programme de réformes tous azimuts et de «rottamazione», mise à la casse de la vieille classe politique de son pays. Mais en dépit d'une énergie que nul ne lui conteste, ce Toscan d'origine n'a jamais vraiment réussi à convaincre et encore moins à rassembler les Italiens, qui ont finalement choisi de le renvoyer «a casa», chez lui.

Une large majorité de la classe politique, de la droite classique aux populistes du Mouvement 5 Étoiles (M5S) ou de la Ligue du Nord, en passant par tous les extrêmes et même des «frondeurs» de gauche du PD de M. Renzi, avait appelé à voter «non», dénonçant une trop forte concentration des pouvoirs dans les mains du chef du gouvernement.

Cette opposition était également unie dans son désir de chasser M. Renzi. En dépit d'une campagne acharnée dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans des dizaines de réunions à travers l'Italie, Matteo Renzi n'est pas parvenu à convaincre ses compatriotes du bien-fondé de «sa» réforme, censée simplifier la vie politique dans un pays qui a vu défiler 60 gouvernements depuis 1948.

«Renzi a eu le tort, dès le départ, de personnaliser ce scrutin, en disant qu'il démissionnerait en cas de victoire du non. Du coup, il concentre sur lui tout le mécontentement du pays, y compris celui des jeunes», expliquait il y a quelques jours Elena Piccolo, 21 ans, étudiante à Naples.

Il reste désormais à savoir si M. Renzi quittera également la direction de son parti, profondément divisé après la bataille référendaire qui avait vu plusieurs de ses dirigeants rejoindre le camp du non.

Un homme trop pressé

Matteo Renzi, l'homme pressé de la politique italienne, avait promis de réformer son pays de fond en comble et de le ramener au premier plan en Europe. Mais en dépit d'une énergie que nul ne lui conteste, ce Toscan d'origine n'a jamais vraiment réussi à convaincre et encore moins à rassembler ses concitoyens.

Souvent accusé de gouverner seul, sans souci du compromis, M. Renzi a aussi profondément divisé son Parti démocrate (PD), entre majorité et «frondeurs» plus à gauche.

Il y a trois ans, celui qui était alors maire de Florence avait pris la tête du PD en promettant de «mettre à la casse» les caciques de son parti, et quelques autres. Pour cela, il a écarté de sa route des poids lourds comme l'ex-premier ministre Massimo D'Alema ou l'ancien maire de Rome Walter Veltroni. Le premier ne l'a pas oublié qui a fait campagne dans tout le pays pour le non, tout en restant membre du PD.

Grand utilisateur des réseaux sociaux

Et le 13 février 2014, il a poussé sans ménagement Enrico Letta vers la sortie pour prendre lui-même la tête du gouvernement. EnLeader-Enricostaisereno, «Enrico, sois tranquille» : la petite phrase lancée alors sur Twitter par Matteo Renzi à l'adresse de son prédécesseur, moins d'un mois avant de le remplacer, avait fait le tour de l'Italie.

Grand utilisateur des réseaux sociaux, cet élu qui n'avait jamais siégé ni au Parlement ni au gouvernement jouissait à son arrivée au pouvoir d'une forte popularité inversement proportionnelle à la défiance des Italiens à l'égard de la classe politique.

Après avoir promis une réforme tous les mois et un changement profond dans les 100 jours, il est vite revenu sur ce calendrier et s'est donné à l'été 2014 1000 jours pour «rendre l'Italie plus simple, plus courageuse et plus compétitive».

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