François Fillon, la revanche de l'éternel second

Homme austère, François Fillon a concédé cette semaine... (AFP,  ÉRIC FEFERBERG)

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Homme austère, François Fillon a concédé cette semaine avoir un seul «regret»: «ne pas avoir convaincu plus tôt».

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Charlotte PLANTIVE
Agence France-Presse
Paris

Porteur d'un programme économique «radical» et fier de «ses valeurs» sur les questions de société, l'ancien premier ministre François Fillon s'est imposé avec force dimanche comme le nouveau champion de la droite française, après avoir été longtemps cantonné aux seconds rôles.

Cet homme austère a concédé cette semaine avoir un seul «regret»: «ne pas avoir convaincu plus tôt».

Un aveu teinté d'orgueil qui résume le chemin parcouru par ce conservateur discret, à la mise classique, qui a dirigé le gouvernement de 2007 à 2012 dans l'ombre de l'«hyper-président» Nicolas Sarkozy.

À 62 ans, François Fillon a créé la surprise en s'imposant largement en tête au premier tour dans une primaire que les sondeurs voyaient comme un duel entre son ancien «patron», Nicolas Sarkozy, et l'ancien premier ministre Alain Juppé, 71 ans.

La riposte n'a pas tardé. Dans un entre-deux-tours tendu, il a été attaqué sur tous les fronts par Alain Juppé - sur sa conception jugée «extrêmement traditionaliste» de la société ou sur la «brutalité» de son programme «ultra-libéral», sur sa «proximité» avec le président russe Vladimir Poutine.

Cet homme aux sourcils broussailleux qui se dit «inénervable» a gardé «le cap», la «tête froide». «Je ne m'excuse pas d'avoir des valeurs», a-t-il lancé. «Je suis gaulliste, de droite, voilà tout. Il n'y a aucune raison de marcher à l'ombre».

Cure de choc proposée

Lui qui, en 2007, décrivait déjà un «État en situation de faillite» propose une cure de choc: suppression d'un demi-million de postes de fonctionnaires, retour aux 39 heures de travail hebdomadaires, resserrement des aides sociales... Il s'amuse du qualificatif de thatchérien qu'on lui colle «comme on peignait, au Moyen-Âge, des croix sur les portes des lépreux».

Marié à une Franco-Galloise et père de cinq enfants, ce catholique assumé a promis d'amender la loi ouvrant le mariage aux homosexuels sur la question de l'adoption. Il veut remettre la famille «au coeur de toutes les politiques publiques».

Refusant d'être «caricaturé en conservateur moyenâgeux», il a dû préciser qu'il n'entendait pas remettre en cause le droit à l'avortement. Mais y est opposé à titre personnel: «ma conscience, elle me regarde», a-t-il dit.

Nicolas Sarkozy, après son élimination au premier tour de la primaire, lui a immédiatement apporté son soutien. Car s'ils divergent sur le style - l'un cultive une image de sérieux, de rigueur et d'honnêteté, l'autre joue sur l'énergie, parfois jusqu'à l'outrance - tous deux se situent sur le créneau de la droite autoritaire.

François Fillon refuse une vision multiculturaliste de la France dont il revendique les racines chrétiennes. Auteur du livre Vaincre le totalitarisme islamique, il propose de déchoir de leur nationalité les Français qui s'engagent dans les rangs djihadistes. «S'ils sont apatrides, cela ne m'empêchera pas de dormir», dit-il, indifférent au droit international.

Un «grand professionnel» selon Poutine

Sur le plan diplomatique, il souhaite discuter davantage avec Moscou, estimant que son isolement conduit le Kremlin à «se durcir, à s'isoler, à actionner les réflexes nationalistes». Il veut aussi associer l'Iran aux discussions en vue de trouver une issue à la guerre en Syrie. Mais il ne compte pas pour autant renoncer à l'«alliance» traditionnelle de la France avec les États-Unis.

Le président Vladimir Poutine qu'il a cotoyé pendant son mandat de premier ministre a loué ses qualités de «grand professionnel».

Passionné de courses automobiles, ce fils de notaire diplômé en droit public est entré en politique en 1976, comme assistant parlementaire d'un député. À la mort de celui-ci, quatre ans plus tard, il lui succède et devient, à 27 ans, le plus jeune élu de l'Assemblée nationale.

Plusieurs fois réélu dans son fief rural de la Sarthe, dans l'ouest, il prend peu à peu du galon dans son parti. De 1993 à 2005, il participe à tous les gouvernements de droite, à l'Enseignement supérieur, à l'Éducation et aux Affaires sociales.

Quand Nicolas Sarkozy échoue à se faire réélire en 2012, il tente de prendre les rênes du parti de droite UMP, mais son rival l'emporte sur fond d'accusations de tricherie. Il envisage un temps d'entrer en dissidence, reste finalement dans le rang et prépare méthodiquement sa revanche.

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