Ultime offensive des ténors de la droite

François Fillon et Alain Juppé se sont affrontés... (AP, Eric Feferberg)

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François Fillon et Alain Juppé se sont affrontés lors d'un débat télévisé en France, jeudi, avant le second tour de la primaire qui déterminera dimanche qui sera le chef du parti Les Républicains à l'élection présidentielle de 2017.

AP, Eric Feferberg

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Béatrice Le Boec
Agence France-Presse
Paris

Le favori de la primaire de la droite François Fillon, porteur d'un projet «radical» pour la France, et son rival Alain Juppé jetaient vendredi leurs dernières forces dans la bataille, avec l'espoir de se placer en pole position pour la présidentielle de 2017.

«Rien n'arrête un peuple qui se lève pour dire ce qu'il a sur le coeur», a lancé François Fillon, ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy, devant une marée de drapeaux tricolores et des milliers de partisans galvanisés à Paris.

«Ce soir, j'ai confiance dans la victoire», répliquait en écho de Nancy l'ex-premier ministre Alain Juppé, avec l'espoir de faire mentir les sondages qui promettent plus de 60 % des suffrages à son adversaire.

Face à une gauche impopulaire et divisée, le vainqueur de ce scrutin, qui sera désigné dimanche, a toutes les chances, selon les sondages, d'être élu président en mai face à la chef de file de l'extrême droite Marine Le Pen.

«La primaire de dimanche, en vérité, tout le monde le sent bien, c'est le premier tour de l'élection présidentielle», a résumé Alain Juppé. «Je pense que pour battre Marine Le Pen, je suis mieux placé avec mon programme», a-t-il martelé, en se présentant comme un «libéral-social» face à un rival «hyperlibéral».

Lors de l'ultime duel télévisé de cette primaire, procédure inédite pour la droite française, l'ampleur des réformes préconisées par les deux hommes a constitué leur principal terrain d'affrontement. Fillon, 62 ans, porteur d'un projet aux accents thatchériens, a dessiné une France «à bout de souffle» qu'il était temps de «débureaucratiser».

Son rival, 71 ans, premier ministre du président Jacques Chirac dans les années 90, s'est posé en rassembleur d'un pays «riche de sa diversité» et a jugé «impossible» d'imposer aux Français de «travailler plus pour gagner moins». Taxé de «mollesse» pendant la campagne, il a été accusé par François Fillon de ne «pas vouloir vraiment changer les choses».

Selon un sondage après l'émission, François Fillon a été jugé plus convaincant par 57 % des téléspectateurs, contre 41 % pour Alain Juppé.

«Je vais me battre jusqu'au bout avec la volonté de gagner», a assuré Alain Juppé, jugeant «prématurée» une question sur son éventuel retrait de la vie politique en cas de défaite. Il a néanmoins affirmé qu'il soutiendrait son rival s'il ne parvenait pas à se qualifier.

Immense intérêt

Signe de l'immense intérêt pour ce scrutin, plus de 8,5 millions de Français ont suivi le débat diffusé sur deux chaînes de télévision, soit trois millions de téléspectateurs supplémentaires par rapport au précédent débat.

Longtemps considéré comme un outsider, François Fillon a créé la surprise au premier tour de la primaire dimanche dernier en arrivant en tête avec plus de 44 % des suffrages. Juppé est arrivé loin derrière (28 %) alors qu'il avait fait la course en tête pendant des mois. Autre coup de théâtre : l'ancien président Nicolas Sarkozy, 61 ans, a été sèchement éliminé.

Pour tenter d'«inverser la vapeur», Alain Juppé a sorti les gants dans l'entre-deux-tours.

François Fillon est un «ultralibéral» dont le programme est «brutal», a-t-il lancé en référence à la promesse de son rival de supprimer un demi-million de postes de fonctionnaires en cinq ans. Il l'a aussi taxé de «traditionaliste», rappelant qu'il avait émis des réserves à titre personnel sur l'avortement compte tenu de sa foi catholique, et qu'il bénéficiait de soutiens d'opposants au mariage gai et même d'une partie de l'extrême droite.

«Je ne m'excuse pas d'avoir des valeurs», a rétorqué François Fillon, qui refuse d'être «caricaturé en conservateur moyenâgeux».

Quelle que soit l'issue du scrutin, il sera suivi d'une accélération dans le camp socialiste, qui prévoit d'organiser à son tour une primaire en janvier et demande aux prétendants de se déclarer avant le 15 décembre. L'impopulaire président François Hollande, dont l'annonce sur une éventuelle nouvelle candidature est imminente, semble voir d'un bon oeil la victoire annoncée de François Fillon. Son programme fait figure de «chiffon rouge» pour les électeurs de gauche, selon ses proches.

«Je suis gaulliste de droite, voilà tout»

Francois Fillon... (AFP, Philippe Lopez) - image 3.0

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Francois Fillon

AFP, Philippe Lopez

Assumant un programme économique «radical» et «ses valeurs» sur les questions sociales, l'ancien premier ministre François Fillon s'est imposé comme le favori des électeurs de la droite française, après avoir été longtemps cantonné aux seconds rôles.

Cet homme austère, peu friand des caméras, a concédé jeudi soir avoir un seul «regret» dans la campagne de cette primaire : «Ne pas avoir convaincu plus tôt». Un aveu mâtiné d'arrogance qui, juste avant le verdict des électeurs, résume le chemin parcouru par ce conservateur discret, à la mise classique, qui a dirigé le gouvernement de 2007 à 2012 dans l'ombre de son «hyper-président» Nicolas Sarkozy.

À 62 ans, Fillon a créé la surprise en s'imposant largement en tête dans une primaire qui s'annonçait comme un duel entre son ancien «patron» et l'ancien premier ministre Alain Juppé, 71 ans.

La riposte n'a pas tardé. Dans un entre-deux-tours tendu, il a été attaqué sur tous les fronts par son rival.

Cet homme qui se dit «inénervable» a gardé «le cap» et la «tête froide». «Je ne m'excuse pas d'avoir des valeurs», a-t-il lancé. «Je suis gaulliste, de droite, voilà tout. Il n'y a aucune raison de marcher à l'ombre.»

Lui qui, en 2007, se disait déjà à la tête d'un «État en situation de faillite» propose une cure de choc pour le pays : suppression d'un demi-million de postes de fonctionnaires, retour aux 39 heures de travail par semaine, etc. Il s'amuse du qualificatif de thatchérien qu'on lui colle «comme on peignait, au Moyen-Âge, des croix sur les portes des lépreux».

Marié à une Franco-Galloise et père de cinq enfants, ce conservateur qui revendique sa foi catholique a également promis d'amender la loi ouvrant le mariage aux homosexuels sur la question de l'adoption. Il veut aussi remettre la famille «au coeur de toutes les politiques publiques».

Refusant d'être «caricaturé en conservateur moyenâgeux», François Fillon a dû préciser que, même s'il n'est pas favorable à l'avortement à titre personnel, il n'entend pas remettre en cause le droit des Françaises à y avoir recours. «Ma conscience, elle me regarde», a-t-il dit.

Après son élimination, Nicolas Sarkozy lui a apporté son soutien. Car s'ils divergent sur le style - l'un cultive une image de rigueur et d'honnêteté, l'autre joue sur l'énergie, parfois  jusqu'à l'outrance -,  tous deux se situent sur le créneau de la droite autoritaire.

L'enfant de choeur qui voulait être pape

Alain Juppé... (AP) - image 5.0

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Alain Juppé

AP

Longtemps favori devenu outsider dans la primaire de la droite, l'ex-premier ministre Alain Juppé est un miraculé sur la scène politique française, qui a déjà vécu plusieurs coups durs avant de se réinventer en vieux sage rassembleur.

Hué par la rue en 1995, condamné en 2004 à un an d'inéligibilité pour une affaire de financement de parti politique, parti en exil volontaire en 2005, Alain Juppé avait réussi à 71 ans un retour spectaculaire au premier plan.

Endossant le costume du vieux sage, serein, expérimenté, pondéré, il avait presque réussi à gommer l'image de machine intellectuelle, raide et orgueilleuse qui lui colle à la peau depuis son passage à la tête du gouvernement (1995-1997).

«Vous me faites chier avec votre armure, ça fait longtemps qu'elle est fendue!», s'est-il exclamé lors d'un récent talk-show. Car l'homme au crâne dégarni et à la longue silhouette est ombrageux, connu pour son impatience et son ton parfois «cassant» envers les journalistes.

Dans l'espoir de conquérir la présidence en 2017, il a affiché un visage souriant de rassembleur, refusant de «dresser les élites contre le peuple» et prônant un concept d'»identité heureuse», alors que ses adversaires endossaient des thèmes chers à l'extrême droite: immigration, islam, identité.

Style rétro

Pince-sans-rire, il a assumé un style rétro, avec une affiche de campagne vintage et un vocabulaire désuet - il dit avoir «la super pêche», parle de «combiné téléphonique» et s'amuse de «billevesée»-  quitte à susciter les moqueries en citant «Prisunic», une enseigne disparue en 2002.

Sa «campagne plan-plan, un peu provinciale», au fort goût de «tisane» selon ses détracteurs, l'a finalement fait décrocher dans l'opinion. Après avoir été donné comme favori pendant de longs mois, il a été largement distancé au premier tour de la campagne dimanche dernier par l'austère François Fillon.

Sa pugnacité de la dernière semaine ne s'est pas concrétisée par une remontée dans les sondages, qui le donnent battu sans appel dimanche.

Une nouvelle déconvenue pour un homme qui a toujours visé haut : «Enfant de choeur, je voulais être pape.»

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