Le Bataclan renaît

Sting sur scène au Bataclan... (AFP)

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Sting sur scène au Bataclan

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Nicolas Pratviel, Aurélie Mayembo
Agence France-Presse
Paris

Un an après les attentats du 13 novembre 2015, la musique a de nouveau résonné dans la salle de spectacle parisienne du Bataclan visée par les jihadistes avec un concert de Sting en hommage aux victimes, à la veille de commémorations officielles.

Des sourires et des larmes sur les visages pendant près d'1h30. Et après les dernières notes de The Empty Chair, dernier titre joué par Sting, nombre des 1500 spectateurs sont tombés dans les bras les uns des autres et ont longuement applaudi, célébrant autant la prestation toute en élégance de la star britannique que la renaissance du Bataclan.

Une soirée à laquelle n'a pas assisté Jesse Hugues le chanteur des Eagles of Death Metal, le groupe américain qui était sur scène le 13 novembre 2015. Le leader des EODM a été refoulé par la direction à l'entrée, avec un autre membre du groupe dont le nom n'a pas été précisé, en raison de ses déclarations polémiques en mars.

«Il y a des choses qu'on ne pardonne pas», a tranché le codirecteur du Bataclan, Jules Frutos, en référence notamment à des soupçons exprimés par Jesse Hughes à l'encontre des vigiles du Bataclan.

Dans un communiqué au magazine américain Billboard, le manager des Eagles of Death Metal, Marc Pollack, a fermement nié que les deux membres du groupe aient été refoulés samedi: «Jesse n'a même pas essayé d'entrer dans la salle pour le concert de Sting», a-t-il affirmé.

L'information est «fausse», «pas de commentaire», a-t-il déclaré à l'AFP dans un mail de deux lignes.

C'est par une minute de silence, émouvante, que Sting a lancé son concert si particulier: «Ce soir nous avons deux tâches à concilier: d'abord se souvenir de ceux qui ont perdu la vie dans l'attaque, ensuite célébrer la vie, la musique dans ce lieu historique», a déclaré en français le chanteur britannique.

Parfois accompagné du trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf, Sting a revisité ses tubes pour un public où se côtoyaient des fans du chanteur, des survivants et des proches des victimes de l'attaque du 13 novembre.

«Il a eu le ton juste, c'était un magnifique moment», a confié après le concert l'un des spectateurs, Stephane Pocidalo, 35 ans, au sujet de Sting, qui a évoqué la situation des migrants avant sa chanson Inchallah et rendu hommage à James Foley, le reporter américain exécuté en Syrie en 2014 par le groupe État islamique (EI).

De nombreuses personnalités françaises étaient présentes: la maire de Paris, Anne Hidalgo, la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, ainsi que les chanteuses Patricia Kaas, Jeanne Cherhal et Lou Doillon.

L'ancien leader du groupe Police était le premier artiste à revenir sur cette scène mythique parisienne, où 90 spectateurs ont été tués en plein concert.

Lors des attaques à la kalachnikov et aux ceintures d'explosifs ayant visé le Stade de France près de Paris, le Bataclan, des terrasses de bars et restaurants proches, 130 personnes avaient au total perdu la vie dans les pires attentats commis en France.

«Le terrorisme nous frappera encore»

Le carnage, revendiqué par l'organisation EI, a traumatisé le pays. Etat d'urgence, mesures sécuritaires inédites, crispations à l'égard de la communauté musulmane: la France, ciblée depuis par d'autres attaques jihadistes, s'est durcie.

Et le gouvernement rappelle que la menace perdure.

«Oui, le terrorisme nous frappera encore. Mais, oui, nous avons en nous toutes les ressources pour résister et toute la force pour vaincre. Nous, Européens, vaincrons le terrorisme islamiste», a écrit le Premier ministre Manuel Valls dans une tribune publiée samedi par plusieurs journaux européens.

Le Bataclan, emblématique d'une jeunesse festive, a été longtemps après l'attentat un lieu de recueillement pour des foules d'anonymes. Et de nombreux dirigeants, dont l'Américain Barack Obama, sont venus y rendre hommage aux victimes.

Samedi, une autre soirée spéciale en mémoire des attentats devait se dérouler à l'Institut du monde arabe à Paris pour une «nuit de la poésie» en présence de poètes, musiciens et comédiens.

Dimanche, le président François Hollande et la maire de Paris se rendront sur les six lieux touchés par les attentats: Stade de France, restaurant Carillon/Petit Cambodge, bars-restaurants Bonne bière, Comptoir Voltaire, Belle équipe, et Bataclan.

Ils y dévoileront à chaque fois une plaque en hommage «aux vies fauchées en ces lieux», avec les prénoms et noms des victimes dont les familles ont donné leur accord. Ils ne devraient pas prononcer de discours.

Au Stade de France, les jihadistes avaient tué une première victime en déclenchant une ceinture explosive. Dans les cafés et restaurants ou sur leurs terrasses, 39 personnes avaient été tuées par des tirs. Les attentats ont aussi fait quelque 400 blessés.

Le parcours des autorités s'achèvera devant le Bataclan, où des survivants de l'attaque, dont des membres d'Eagles of Death Metal, devraient assister à la cérémonie.

Samedi, François Hollande a rencontré des victimes, des associations et des magistrats du parquet antiterroriste.

Des membres des Eagles of Death Metal refoulés à l'entrée

Deux membres des Eagles of Death Metal, le groupe américain qui jouait au Bataclan lors de l'attentat du 13 novembre 2015, n'ont pas été autorisés à assister au concert de Sting pour la réouverture de la salle parisienne samedi en raison de propos polémiques, a indiqué à l'AFP le codirecteur.

«Ils sont venus, je les ai virés, il y a des choses qu'on ne pardonne pas», a déclaré Jules Frutos après le concert de Sting en hommage aux 90 personnes tuées.

Le chanteur du groupe américain, Jesse Hughes, l'un des deux membres refoulés, avait estimé en mars dans une interview à une chaîne de télévision américaine que l'attaque du 13 novembre avait été préparée de l'intérieur de la salle et exprimé des soupçons à l'encontre des vigiles.

Les deux musiciens et leur manager sont venus à Paris pour assister dimanche aux commémorations du premier anniversaire de l'attentat à l'invitation des associations de victimes.

«(Jesse Hughes) s'est permis des déclarations tous les deux mois incroyablement fausses. Un délire total, accusant la sécurité d'avoir été complice des terroristes... Enough. Zéro. Point», avait déjà déclaré en début de semaine M. Frutos. Il avait écarté l'idée de programmer au Bataclan le groupe californien, qui après l'attentat avait émis le souhait d'être le premier à rejouer dans la salle.

Au printemps dernier, Jesse Hughes avait accordé une autre interview à Taki's Magazine, une publication américaine aux prises de positions extrémistes. Il affirmait avoir «vu des musulmans faire la fête dans la rue pendant l'attaque, en temps réel», ajoutant: «je me souviens d'eux en train de fixer mon pote. J'ai juste mis ça sur le compte de la jalousie des arabes» à l'égard des Américains.

Face aux réactions indignées, il s'était excusé mais deux festivals français avaient néanmoins annulé les concerts du groupe prévus cet été. Depuis l'attentat, EODM a rejoué deux fois en France, une fois très brièvement à la fin d'un concert de U2 en décembre et la deuxième fois en février pour un concert à Paris en présence de survivants de l'attaque. AVEC AFP

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