L'EI recule face à la double offensive sur Raqa et Mossoul

Les troupes irakiennes ont conquis la ville de Hamam... (AFP, Ahmad Al-Rubaye)

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Les troupes irakiennes ont conquis la ville de Hamam al-Alil, au grand plaisir de ces enfants.

AFP, Ahmad Al-Rubaye

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Delil Souleiman, Ahmad Mousa
Agence France-Presse
Ain Issa, Irak

Le groupe État islamique (EI) cédait du terrain lundi autour de ses deux derniers fiefs, avec l'avancée des forces arabo-kurdes vers Raqa en Syrie et la prise par les forces irakiennes d'une ville au sud de Mossoul (nord).

Les 3000 à 5000 jihadistes présents dans la deuxième ville d'Irak sont désormais quasiment pris en tenaille trois semaines après le début de l'offensive soutenue par les États-Unis et leurs alliés.

Après être entrées dans Mossoul par l'est, les troupes irakiennes se rapprochent nettement au sud, où elles ont conquis la ville de Hamam al-Alil, à une quinzaine de km de la périphérie. Au nord-est, les combattants kurdes ont lancé l'assaut sur Bachiqa, un autre verrou de l'EI.

En Syrie, l'opération «Colère de l'Euphrate» destinée à isoler la ville septentrionale de Raqa ne fait que commencer.

Lancée samedi, elle a permis aux Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, mais qui comprennent aussi des Arabes et des Turkmènes, d'avancer depuis le nord dans la région désertique et plate qui entoure Raqa.

«Nous avons pu nous emparer d'armes» de l'EI «et nous avons tué un grand nombre de ses combattants», a indiqué à l'AFP la porte-parole de l'offensive, Jihan Cheikh Ahmad.

Prévenir les explosions de voitures piégées

La principale préoccupation des FDS est de prévenir les explosions de voitures piégées conduites par des kamikazes, l'une des armes de choix des jihadistes.

Ainsi, dans le village d'Abou Ilaj, qui vient d'être conquis à seulement 30 km de Raqa, les combattants creusent des tranchées et empilent des sacs des sable. Il s'agit «d'empêcher les jihadistes de s'infiltrer et de laisser passer les voitures piégées», explique l'un d'eux.

Les FDS bénéficient d'un soutien actif de la coalition internationale antijihadistes dirigée par les États-Unis, qui a déployé plusieurs dizaines de conseillers sur le terrain. Et ses avions poursuivent la campagne de frappes aériennes engagée depuis plus d'un an pour détruire les infrastructures de l'EI.

Prudence de Washington 

En saluant dimanche le début de l'offensive sur Raqa, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a averti que, «comme à Mossoul», «la bataille ne sera pas facile et le travail qui se présente sera rude».

«La première phase sera d'isoler Raqa» en coupant les principaux axes de communication avec l'extérieur, a expliqué le Centcom, le commandement des forces américaines au Moyen-Orient.

Washington fait preuve de prudence sur les suites de l'opération en raison de son contexte géopolitique particulièrement sensible dans un pays plongé dans une guerre civile où interviennent de nombreuses puissances étrangères, dont la Russie et la Turquie.

La Turquie veut s'impliquer 

Si Moscou reste en retrait, ce n'est pas le cas d'Ankara, qui veut s'impliquer dans la reprise de Raqa, située à une centaine de kilomètres de la frontière turque.

Un porte-parole des FDS, Talal Sello, a affirmé dimanche que son groupe s'était mis d'accord avec les États-Unis sur le fait «qu'il n'y aurait aucun rôle turc ou des rebelles qui leur sont alliés dans l'offensive» de Raqa.

Quelques heures plus tard, Washington affirmait cependant être en «contact étroit» avec Ankara.

La Turquie, qui craint que les milices kurdes ne prennent pied à Raqa, a mis en garde lundi contre tout changement démographique dans cette ville à majorité arabe sunnite.

Avancée au sud de Mossoul 

À Mossoul, les forces irakiennes poursuivent leur progression dans les quartiers de l'est, où l'EI oppose une forte résistance.

«Jusqu'à sept quartiers sont désormais contrôlés par les forces du contre-terrorisme», a précisé à l'AFP Sabah al-Noman, le porte-parole de ces forces.

Sur le front sud, les forces irakiennes ont repris Hamam al-Alil, à 15 km de Mossoul. Elles ont indiqué y avoir découvert une fosse commune et «100 corps de civils la tête coupée».

En reprenant Hamam al-Alil, les forces irakiennes se rapprochent de la périphérie sud de Mossoul où sont situés l'aéroport international et une vaste base militaire que l'armée avait désertée en juin 2014 face à l'avancée de l'EI.

Réouverture des magasins

Une fois les combats terminés à Hamam al-Alil, la vie a rapidement repris son cours avec la réouverture des magasins. «Si je dis que je suis heureux, cela n'est pas suffisant. C'est plus que du bonheur, plus que de la joie», se félicitait Hussein Khalaf al-Joubouri, un habitant de 73 ans.

La situation évolue aussi sur le front nord-est de Mossoul où les forces kurdes irakiennes, les peshmergas, sont entrées dans Bachiqa et ont annoncé avoir commencé à vider la ville des jihadistes «maison par maison».

Cette ville est située à proximité d'une base controversée où sont déployées des troupes turques, qui entendent jouer un rôle dans l'offensive sur Mossoul et ont mené des attaques à l'artillerie contre l'EI.

Le nombre de civils déplacés depuis le début de l'offensive sur Mossoul dépasse désormais 34 000, selon un nouveau bilan établi lundi par l'Office international des Migrations (OIM). Les États-Unis ont estimé que ce chiffre était «plus faible qu'attendu» tout en soulignant que les forces irakiennes «n'ont pas encore atteint les zones les plus peuplées de Mossoul.

Les hélicoptères américains Apache dans la bataille de Mossoul

Les États-Unis font intervenir leurs hélicoptères d'attaque Apache dans la bataille de Mossoul, lancée par les forces irakiennes pour reprendre au groupe État islamique la deuxième ville du pays, a indiqué le Pentagone.

Les hélicoptères américains ont notamment été utilisés à Mossoul pour détruire les véhicules bourrés d'explosifs que des kamikazes jihadistes lancent contre les forces irakiennes, a indiqué lundi le porte-parole du Pentagone, Peter Cook.

Les hélicoptères Apache sont cependant relativement peu nombreux en Irak (aux alentours d'une dizaine), selon les indications que laisse filtrer le Pentagone.

Avant Mossoul, ils avaient déjà été utilisés très occasionnellement dans des opérations de combat face aux jihadistes, notamment en juin dans la vallée du Tigre.

Niveau de risque croissant 

Leur emploi témoigne du niveau de risque croissant que l'administration Obama a dû accepter en Irak pour venir à bout du groupe État islamique.

Ces hélicoptères volent à plus basse altitude et plus lentement que les avions de chasse ou les bombardiers et sont par conséquent beaucoup plus vulnérables au feu ennemi, augmentant le risque de pertes humaines.

À Mossoul, les Apache ont été utilisés «avec des résultats notables», a précisé Peter Cook.

«Nous prévoyons que cet outil flexible et précis continuera d'appuyer la progression des forces irakiennes, dans ce qui s'annonce être une dure bataille», a-t-il ajouté.

Des soldats plus près des combats

Le président Barack Obama, qui s'était opposé en 2003 à la guerre d'Irak lancée par son prédécesseur George W. Bush, a exclu que des soldats américains se battent au sol contre le groupe État islamique en Irak et en Syrie.

Mais face aux difficultés que rencontre l'armée irakienne face aux jihadistes, il a accepté des aménagements à ce principe, amenant des forces terrestres américaines à s'approcher des combats.

Des forces spéciales américaines sont ainsi habilitées à mener des raids pour capturer ou tuer des responsables de l'EI.

Les conseillers militaires américains peuvent aussi désormais s'approcher plus près de la ligne de front.

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