Daniel et Rosario, le couple «royal» du Nicaragua

Daniel Ortega et sa femme Rosario Murillo à... (AP, Rodrigo Arangua)

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Daniel Ortega et sa femme Rosario Murillo à la sortie du bureau de vote, dimanche

AP, Rodrigo Arangua

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Marc Burleigh, Blanca Morel
Agence France-Presse
Managua

L'ex-guérillero Daniel Ortega, assuré d'un quatrième mandat au terme d'une élection présidentielle controversée dimanche au Nicaragua, gouvernera en tandem avec sa femme Rosario Murillo : un pouvoir sans partage qui illustre, selon l'opposition, une dérive autoritaire.

Comparé à Frank et Claire Underwood, le couple impitoyable de la série House of Cards, ou surnommé «Lord et Lady Macbeth», le duo présidentiel veille jalousement sur son image, tenant à l'écart les médias étrangers. Leurs enfants occupent des postes importants dans la politique, l'économie et les médias.

L'annonce de la candidature à la vice-présidence de la très polémique femme du président sortant, Rosario Murillo, 65 ans, surnommée «la sorcière» par ses détracteurs, avait réveillé les vieux démons dans ce pays habitué des dynasties familiales.

De 1936 à 1979, le Nicaragua a vécu sous la dictature de la famille Somoza, dont le dernier représentant, Anastasio, a été renversé en 1979 par la révolution sandiniste, dirigée par les frères Ortega : Daniel, qui sera élu président dans la foulée, et Humberto, qui deviendra chef des armées.

La première dame, mère de dix enfants, est régulièrement accusée d'être l'âme damnée du chef de l'État, qui fêtera ses 71 ans le 11 novembre. Poétesse excentrique aux tenues bariolées, elle dirige déjà d'une main de fer la communication et l'ordre du jour de la présidence et du gouvernement.

«Nous vivons des temps bénis de prospérité et de réussite. Daniel vous salue, vous embrasse», peut-on l'entendre dire d'un ton maternel à la télévision. Chaque jour, elle y réprimande aussi les fonctionnaires ou lit des poèmes.

Omniprésente, Rosario Murillo, qui maîtrise le français et l'anglais, coordonne aussi les secours en cas de catastrophes naturelles et impose ses choix pour orner la capitale de dizaines d'«arbres de vie», géants métalliques illuminés la nuit au coût sujet à polémique.

«C'est une femme très intelligente et très active», mais «elle est très ambitieuse et a peu d'éthique», juge Michel Najlis, une poétesse nicaraguayenne.

«Désignés par Dieu»

Tous deux «sont machiavéliques dans le sens où (pour eux), la fin justifie les moyens», affirme à l'AFP Gioconda Belli, ancienne camarade de lutte devenue écrivaine et actuelle opposante au gouvernement.

«C'est presque une monarchie. Ils se sentent désignés par Dieu pour être les monarques de cette terre», ajoute Mme Belli.

Ancienne militante sandiniste dans les années 70, Rosario Murillo rencontre Daniel Ortega en 1977, à une époque où  tous deux vivent dans la clandestinité. Elle ne le quittera plus, mais ils ne se marieront que très tardivement, il y a onze ans.

Déjà président de 1985 à 1990, l'ancien guérillero Ortega, surnommé «El Comandante» par ses partisans, est revenu au pouvoir en 2006, avant d'être réélu en 2011.

En 2014, il a fait modifier la Constitution pour autoriser la réélection illimitée du chef de l'État, lui permettant de postuler à un troisième mandat consécutif.

Cet habile homme politique, décrit comme froid, pragmatique et méfiant, gouverne reclus dans une résidence de Managua très surveillée.

Détestant autant les voyages que les entretiens ou les conférences de presse, il se déplace dans une luxueuse voiture allemande et n'a fait que deux apparitions pendant la campagne électorale.

Né le 11 novembre 1945 dans le village minier de La Libertad, au sein d'une famille de six enfants, il a abandonné ses études de droit pour rejoindre le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) avant de passer sept années en prison, où il a été torturé.

Quand Zoilamérica Narvaez, fille de Mme Murillo née d'un précédent mariage, a accusé en 1998 Daniel Ortega d'avoir abusé d'elle lorsqu'elle était enfant, Rosario a soutenu son mari, avant qu'un juge proche des sandinistes ne classe l'affaire. Zoilamérica Narvaez vit depuis en exil au Costa Rica.

Malgré ce passé et les accusations d'enrichissement illicite portées par l'opposition, la majorité des Nicaraguayens soutient le couple Ortega, particulièrement populaire au sein des classes les moins aisées qui ont bénéficié de ses nombreux programmes sociaux.

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