Dirigeants prokurdes arrêtés après un attentat à Diyarbakir

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Les policiers arrêtent une députée du du Parti démocratique des peuples.

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Mahmut Bozarslan, Gokan Gunes
Agence France-Presse
Diyarbakir

Les chefs du principal parti prokurde de Turquie ont été placés vendredi en détention préventive, quelques heures après leur arrestation par les autorités. Peu après leur arrestation, dans la nuit de jeudi à vendredi, un attentat à la voiture piégée a frappé dans la matinée un bâtiment de la police à Diyarbakir, « capitale » du Sud-est turc à majorité kurde, faisant neuf morts, dont deux policiers et plus de cent blessés, selon un bilan de source officielle.

Il a été attribué par le premier ministre Binali Yildirim au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation classée comme terroriste par la Turquie, les États-Unis et l'Union européenne.

L'attentat a ensuite été revendiqué par l'organisation État islamique (EI), par l'intermédiaire de l'agence Amaq, organe de propagande du groupe djihadiste.

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Un attentat à la voiture piégée a frappé dans la matinée un bâtiment de la police à Diyarbakir, « capitale » du Sud-est turc à majorité kurde.

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« Selon une source interne pour l'Agence Amaq: des combattants de l'État islamique ont fait exploser un véhicule bourré d'explosifs garé devant un poste de la police turque à Diyarbakir, dans le sud-est de la Turquie », a rapporté le centre de surveillance des mouvements djihadistes SITE.

La décision de placer les deux chefs du parti en détention préventive a été prise dans l'après-midi par un tribunal de Diyarbakir, dans le cadre d'une enquête « antiterroriste » liée au PKK, selon l'agence progouvernementale turque Anadolu.

Cinq autres députés de cette formation ont également été placés en détention préventive à Diyarbakir et dans d'autres villes, selon la même source. Trois autres ont été relâchés sous contrôle judiciaire.

L'arrestation des coprésidents du Parti démocratique des peuples (HDP), Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, et d'une dizaine d'autres députés de cette formation, a suscité des réactions indignées en Occident, dont les relations avec la Turquie sont déjà tendues en raison des atteintes aux libertés reprochées au pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan.

Le HDP, deuxième parti d'opposition en Turquie, a estimé dans un communiqué que les arrestations marquaient « la fin de la démocratie » dans le pays.

Les États-Unis sont « profondément troublés » par la détention des élus prokurdes, a écrit sur Twitter Tom Malinowski, chargé des droits de l'Homme au département d'État.

La chef de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini, s'est dite « extrêmement inquiète ».

Berlin a annoncé avoir convoqué le chargé d'affaires turc, et le porte-parole de la chancelière Angela Merkel a jugé ces arrestations « hautement alarmantes ».

À Paris, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Romain Nadal a déclaré que l'arrestation des élus HDP « soulève une vive préoccupation ».

Dans un texte rédigé à la main lu par l'un de ses avocats, M. Demirtas s'est dit victime d'un « coup civil par le gouvernement et le palais ».

Les mots « Nous allons à coup sûr gagner » qu'il a lancés en turc au moment de son arrestation ont été très partagés sur Twitter sous le hasthtag MutlakaKazanacagiz.

« C'est un coup d'État contre le HDP, c'est un coup d'État contre le pluralisme, contre la diversité, contre l'égalité », a déclaré Garo Paylan, un député du HDP, lors d'une conférence de presse au quartier général du parti.

Réseaux sociaux au ralenti

À Ankara, des dizaines de manifestants solidaires du HDP ont été dispersés par les forces de l'ordre à l'aide de gaz lacrymogènes, a constaté un photographe de l'AFP.

L'accès aux réseaux sociaux et à des applications de messagerie était fortement perturbé vendredi, quelques heures après l'arrestation des élus kurdes.

La plate-forme de surveillance TurkeyBlocks a indiqué avoir « détecté des restrictions d'accès à plusieurs réseaux sociaux, dont Facebook, Twitter et YouTube ».

Par ailleurs, selon le site spécialisé T24, l'autorité turque des télécommunications BTK est intervenue pour restreindre l'accès aux principaux services VPN comme Tor Project et Tunnel Bear. Aucune confirmation officielle n'était disponible dans l'immédiat.

Le week-end dernier, les deux maires de Diyarbakir ont été placés en détention et une douzaine de médias prokurdes ont été fermés par décret.

Ces mesures ont aggravé les tensions dans le sud-est du pays, ensanglanté par des combats quotidiens entre le PKK et les forces de sécurité depuis la rupture, à l'été 2015, d'un fragile cessez-le-feu, qui a sonné le glas du processus de paix pour mettre un terme à un conflit ayant fait plus de 40 000 morts depuis 1984.

Le président Erdogan considère que le HDP est étroitement lié au PKK et a fait savoir qu'il ne considérait plus cette formation comme un interlocuteur légitime.

En mai, le Parlement turc a voté la levée de l'immunité des députés menacés de poursuites judiciaires, une mesure contestée visant notamment les élus du HDP.

Sous l'impulsion de M. Demirtas, le HDP a élargi sa base électorale au-delà de la seule communauté kurde de Turquie (15 millions de personnes) et s'est transformé en un parti moderne, à la fibre sociale, ouvert aux femmes et à toutes les minorités.

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