Place aux négociations après une percée historique des Pirates

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La coalition entre les Pirates, le Mouvement Gauche-Vert, les centristes d'Avenir radieux et l'Alliance sociale-démocrate obtient 45,3 % des voix.

AFP, Halldor Kolbeins

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Haukur Holm
Agence France-Presse
Reykjavik

L'Islande est entrée dimanche dans une phase d'intenses marchandages politiques au lendemain de législatives anticipées qui n'ont pas dessiné de majorité, malgré la percée des Pirates face à la droite gouvernementale.

L'Islande apparaît divisée entre une frange de la population aspirant à tourner la page de la crise financière de 2008 et des «affaires», et une autre avant tout soucieuse de stabilité et d'indépendance.

Le scrutin assure 29 sièges sur 63 à la coalition de centre-droite sortante, contre 27 sièges aux Pirates et leurs alliés de centre-gauche, selon des résultats définitifs proclamés dimanche matin.

Avec sept mandats, le parti centriste Résurrection, créé au printemps par des députés pro-européens dissidents du Parti de l'indépendance, pourrait s'imposer comme l'arbitre surprise de cette élection.

«Il se montre ouvert à travailler avec la droite ou la gauche» mais dans l'hypothèse d'une négociation avec le Parti de l'indépendance, «il posera ses conditions», pronostique Gretar Eytorsson, professeur de sciences politiques à l'Université d'Akureyri.

Le président de Résurrection (ou parti de la réforme), Benedikt Johannesson, devrait de fait chèrement monnayer son soutien. Il s'est bien gardé samedi soir de faire connaître sa préférence.

«Nous n'avons pas critiqué les autres partis (pendant la campagne des législatives) et ne nous sommes pas exprimés sur la couleur du futur gouvernement», a-t-il prudemment déclaré.

L'élection à un tour convoquée avant la fin de la mandature du fait de la démission du Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson (Parti du progrès), seul chef de gouvernement au monde victime des Panama Papers, est un succès en demi-teinte pour le Parti pirate qui avait juré «d'écrire l'Histoire».

Avec neuf élus à l'Althingi, il triple son score de 2013 et devient la deuxième formation politique du pays, à parité avec le mouvement Gauche-Verts. Mais il n'atteint pas les 12 députés prévus par les sondeurs et échoue à sécuriser la majorité absolue avec ses alliés.

«Ce qu'on pouvait supposer s'est produit: les jeunes électeurs ne se sont pas déplacés» alors qu'ils constituent la cible des Pirates, analyse Gretar Eytorsson.

Birgitta Jonsdottir, la capitaine des Pirates, devait donner une conférence de presse à Reykjavik en après-midi. «Nous sommes très satisfaits», a-t-elle réagi samedi soir, comparant ses partisans et militants à des «Robin des Bois» déterminés à «prendre le pouvoir aux puissants pour le donner au peuple».

Démission du Premier ministre ?

Attelage hétéroclite de hackers, militants écolos et libertaires créé en 2012, les Pirates semblaient pourtant avoir fait le plus dur en scellant un accord de coalition avant l'élection avec trois partis de l'opposition de gauche et du centre.

Si le mouvement Gauche-Verts obtient 10 sièges, trois de plus qu'en 2013, les sociaux-démocrates en perdent six pour descendre à trois mandats tandis que les centristes d'Avenir radieux n'en conservent que quatre sur six.

Côté majorité sortante, le Parti de l'indépendance, soutenu par les investisseurs, les gros patrons-pêcheurs, les seniors et les eurosceptiques, sort en tête avec 21 sièges (+2). Un score inattendu et cependant insuffisant pour contrebalancer la déroute de son partenaire, le Parti du progrès qui ne compte plus que 8 députés (-11).

Son président, le Premier ministre Sigurdur Johannsson, pourrait remettre dès dimanche sa démission au président de la République Gudni Johannesson.

Comme le veut la tradition, ce dernier devrait d'abord se tourner vers le chef de file du parti arrivé en tête pour lui demander de trouver une majorité. Ce mandat reviendrait au président du Parti de l'indépendance, Bjarni Benediktsson, par ailleurs ministre des Finances.

Outre Résurrection, rien n'interdit M. Benediktsson de sonder d'autres partis de la gauche et du centre.

Les Pirates, qui n'ont de cesse de dénoncer la corruption et le népotisme des partis de centre-droit qui gouvernent quasiment sans interruption depuis 1944, ont fermé la porte à ce scénario.

M. Benediktsson compte en effet parmi les 600 Islandais dont le nom apparaît sur les listes des Panama Papers, ces documents dévoilés en avril qui recensent des milliers de détenteurs de comptes offshore dans le monde.

Pour Gretar Eytorsson, un ticket Gauche-Verts n'est en revanche pas impossible, les deux formations se retrouvant dans leur opposition à l'Union européenne. Il leur manquerait un seul député pour obtenir la majorité absolue.

Le livre de bord des Pirates islandais

Fervents défenseurs des libertés et de la démocratie directe, les Pirates islandais promettent référendums d'initiative populaire et transparence de la vie politique. Voici leur programme en cinq points.

Constitution

Une réforme de l'actuelle loi fondamentale datant de 1944, après l'indépendance de l'Islande du Danemark, est une «condition préalable à l'amélioration de la société islandaise», estiment-ils. Ce projet de réforme se fonde sur le référendum consultatif d'octobre 2012. Laissé lettre morte par le gouvernement de centre droit sortant malgré son approbation aux deux tiers, il prévoit:

  • que les ressources naturelles n'appartenant pas à des intérêts privés soient considérées comme un bien public et perpétuel;
  • la sanctuarisation de droits fondamentaux comme l'accès au système de santé et un mécanisme de mise en responsabilité des élus;
  • une égale valeur des suffrages sur l'ensemble du territoire - alors qu'aujourd'hui prévaut un calcul complexe en fonction des circonscriptions;
  • la création du référendum d'initiative populaire.
Ressources naturelles

Les Pirates veulent que «les ressources naturelles qui n'appartiennent pas à des intérêts privés soient considérées comme la propriété commune et perpétuelle de la nation».

Ils veulent assurer «une juste distribution des revenus tirés des ressources nationales». À cette fin, ils prônent une réforme du complexe système des quotas de pêche en supprimant la possibilité à leurs propriétaires de les transmettre à leur gré et en créant à la place un système d'enchères fixées par les prix du marché.

Enfin, les Pirates veulent que «les entreprises de l'industrie lourde (extraction de l'aluminium, par exemple) versent une «juste contribution à la société en échange de leur droit à exploiter les ressources énergétiques du pays». Pour ce faire, ils entendent «supprimer les niches légales que ces entreprises utilisent pour expatrier leurs bénéfices sans payer d'impôt».

Santé publique et gratuite

Grâce aux taxes sur l'exploitation des ressources naturelles et à une réforme de l'impôt sur le revenu, les Pirates veulent «protéger ce droit humain fondamental en rendant les soins médicaux et les médicaments vitaux gratuits et accessibles à tous», en particulier les soins dentaires et mentaux libéralisés. Ils promettent d'augmenter le salaire et d'améliorer les conditions de travail des personnels de santé et de mettre fin à la réduction des dépenses dans ce secteur.

Référendum d'initiative populaire, UE

Les Pirates veulent «assurer le droit de la population à proposer et bloquer de nouvelles lois», en particulier par l'intermédiaire des «technologies de l'information». Bien qu'opposés à une adhésion à l'Union européenne, ils entendent, au nom de leur idéal démocratique, faire voter les Islandais sur la reprise des négociations avec l'UE, abandonnées par la droite et le centre droit en mars 2015.

Lutte contre la corruption

Pour les Pirates, «la transparence est la base d'une administration responsable». Nous voulons «drastiquement augmenter l'accès du public à l'information sur le processus de décision du gouvernement». «[Nous] pouvons restaurer la confiance dans les institutions publiques en faisant en sorte de faciliter la supervision de l'autorité par la population et de mieux identifier la corruption.»

Ils promettent de renforcer les pouvoirs de l'Autorité de la concurrence et ceux du médiateur parlementaire. Proches de WikiLeaks, ils veulent «garantir le respect par le gouvernement des droits des citoyens à la vie privée, sur Internet comme en dehors». Pour ce faire, ils préconisent notamment «l'abolition des lois permettant au gouvernement de rassembler des informations privées sur des citoyens et aux entreprises de les recueillir pour les revendre».  Avec AFP

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