Libre-échange Canada-UE: future crise belge?

Policiers et journalistes attendaient mardi devant le ministère... (AFP, Nicolas Maeterlinck)

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Policiers et journalistes attendaient mardi devant le ministère des Affaires étrangères de la Belgique, où des négociations étaient menées sur l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada.

AFP, Nicolas Maeterlinck

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Philippe Siuberski
Agence France-Presse
Bruxelles

La Belgique va-t-elle plonger dans une nouvelle crise existentielle après le refus de la Wallonie francophone d'entériner le traité commercial UE-Canada (CETA)? La Flandre néerlandophone reste jusqu'ici plutôt modérée dans ses critiques. Mais elle a pris acte du cavalier seul wallon - pour l'avenir.

«D'un point de vue de politique intérieure, cela aura des conséquences énormes. Les Wallons ont brisé le principe de la +"loyauté fédérale", c'est du jamais-vu», a confié mardi à l'AFP une source proche du gouvernement fédéral dirigé par le libéral francophone Charles Michel.

Le «spectacle donné par les différents niveaux de pouvoir du pays n'est en rien celui de l'unité, de la cohérence et de la recherche de solution», abondait mardi le quotidien francophone Le Soir.

Et d'ajouter : «Oui, la crise du CETA, c'est aussi une crise belgo-belge».

Dans le très complexe système fédéral belge, sans équivalent dans le monde, il n'existe pas de «hiérarchie des normes» entre les entités fédérées (trois régions et trois communautés linguistiques) et le gouvernement fédéral.

En d'autres termes, le niveau fédéral n'a pas le pouvoir d'imposer ses vues aux régions dans les larges domaines de compétences (économie, agriculture, etc.) qui sont de leur ressort.

Atteindre un minimum d'harmonie entre les pièces du puzzle institutionnel belge requiert donc une dose de collaboration des différents niveaux de pouvoir pour définir la position de la Belgique, en particulier sur le plan international.

Profond fossé 

Ce qui n'a visiblement pas fonctionné dans le dossier du traité de libre-échange négocié depuis sept ans par l'UE et le Canada et dont la signature, prévue jeudi à Bruxelles en présence du Premier ministre canadien Justin Trudeau, paraît à présent presque impossible.

Le gouvernement fédéral, soutenu par une coalition de centre-droit, et la prospère région flamande (6,5 millions d'habitants), qui monopolise 90 % des échanges entre la Belgique et le Canada, sont de fervents partisans du CETA.

À l'inverse, la Wallonie (3,6 millions), lourdement touchée par la mondialisation, comme l'a encore récemment démontré la fermeture de l'usine Caterpillar de Charleroi, a redit lundi son opposition au CETA, malgré d'intenses pressions de l'Union européenne.

Les Wallons, dirigés par le socialiste Paul Magnette, ont entraîné dans leur sillage la région de Bruxelles-Capitale et la communauté linguistique dite «française», creusant un peu plus le fossé avec la Flandre.

Dans un sondage iVox réalisé pour le groupe RTL et publié mardi, 72,6 % des francophones belges interrogés ont affirmé soutenir M. Magnette dans sa démarche, contre moins de 30 % des néerlandophones.

Tant que l'issue des discussions n'est pas connue -les contacts continuaient mardi pour tenter de sauver le sommet UE-Canada-, les propos restent modérés.

Le ministre-président de la Flandre, le nationaliste Geert Bourgeois, s'est contenté de trouver «dommage» l'échec des pourparlers avec la Wallonie, parlant de «honte pour tout le monde» sans pour autant aller jusqu'à adopter la rhétorique agressive qui a parfois caractérisé les relations entre Wallons et Flamands.

Perdre le Nord 

Mais son parti, la Nouvelle Alliance flamande (N-VA), première formation de Flandre, et donc de Belgique, qui qualifiait récemment la Wallonie de «dernière république soviétique d'Europe», «va engranger» les fruits de ces dissensions, estime la source proche du gouvernement fédéral.

«Le PS a totalement perdu le Nord», a d'ailleurs tweeté la N-VA dans un message à double sens : incompréhension à l'égard des socialistes wallons, mais aussi menace voilée pour l'unité de la Belgique.

«Il ne faut pas dramatiser, ce n'est pas la fin de la Belgique, ni de l'Europe d'ailleurs», nuance le politologue flamand Dave Sinardet, interrogé mardi par l'AFP.

Mais cela va permettre à la N-VA «d'appuyer sa thèse, qui dit qu'il n'est pas possible de travailler avec le PS et que ce parti vit sur une planète complètement différente de la Flandre», argue M. Sinardet.

Ce qui, pour certains analystes, risque de renforcer encore les tendances séparatistes côté flamand.

Pourtant, même les plus chauds partisans de l'indépendance flamande hésitent à fustiger la Wallonie, car c'est eux qui n'ont eu de cesse de réclamer - et d'obtenir - davantage d'autonomie pour les régions.

«L'affaire du CETA montre aussi les limites du modèle belge. Était-ce vraiment une bonne idée de donner autant de pouvoirs aux régions ?» s'interroge Dave Sinardet.

Et «on pourrait aussi tirer la conclusion qu'il vaut peut-être mieux 'refédéraliser' certaines compétences», c'est-à-dire renforcer l'État central, conclut-il.

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