Regain de la production d'opium en Afghanistan

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Selon les estimations annuelles de l'ONU présentées dimanche, les terres consacrées au pavot, matière première de l'opium extrait par incision de la plante, ont augmenté de 10 % pendant l'année, en Afghanistan.

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Anne Chaon
Agence France-Presse
Kaboul

La production d'opium, source de financement des talibans, repart à la hausse en Afghanistan, le premier fournisseur mondial, avec des rendements qui explosent et des mesures d'éradication en panne.

Selon les estimations annuelles de l'ONU présentées dimanche, les surfaces consacrées au pavot, matière première de l'opium extrait par incision de la plante, ont augmenté de 10 % pendant l'année.

Cette extension des cultures qui atteignent désormais 201 000 ha laisse présager une hausse de la production d'opium de 43 %, entre «4800 et même 6000 tonnes», contre 3300 tonnes en 2015, première année de recul après six ans de hausse continue.

Surtout, elles s'étendent désormais vers le nord du pays, n'épargnant plus que 13 des 34 provinces afghanes, un constat jugé «très perturbant» par le responsable de l'agence antidrogue des Nations Unies (ONUDC) à Kaboul, Andrey Avetisyan.

Dans la province septentrionale de Balkh, frontalière de l'Ouzbékistan, le pavot est passé de 204 à plus de 2000 ha (+ 921 %) en un an et sur les sept provinces du nord, la hausse atteint une moyenne de 324 %.

Le phénomène nouveau est l'explosion des rendements à l'hectare attribuée à de «meilleures conditions climatiques», de plus 30 % en moyenne : dans les provinces du sud et de l'ouest qui assurent 93 % du pavot afghan, ils sont passés de 16 à 22 kilos/ha.

Et encore, prévient l'ONU, les conditions de sécurité ne permettant pas d'aller partout, les évaluations «sont sans doute sous-estimées».

Si M. Avetisyan refuse de parler d'échec, en rapportant les performances de 2016 à la moyenne des dernières années (6600 tonnes en 2014, année exceptionnelle, et 5500 tonnes en 2013, année moyenne), les responsables afghans de la lutte antidrogue n'ont pas caché leur amertume à l'énoncé de ces données qui promettent davantage de violence et d'insécurité, les talibans finançant largement leur insurrection par le prélèvement de taxes sur les cultivateurs de pavot.

Plus d'insécurité, moins d'éradication 

Le général Baz Mohammad Ahmadi, vice-ministre de l'Intérieur chargé de la lutte antidrogue, rappelle que le pavot «finance la plupart des guerres en Afghanistan : partout où vous voyez du pavot, vous avez des combats».

Mais, ajoute-t-il, «la détérioration des conditions de sécurité dans les différentes régions du pays a également balayé les possibilités de détruire les cultures».

Ainsi, le Helmand, frontalier du Pakistan, compte parmi les provinces les plus troublées avec l'Uruzgan voisin et échappe largement au contrôle du gouvernement.

De fait, l'éradication a été réduite pratiquement à néant en 2016, avec des campagnes menées dans 7 provinces au lieu de 12, pour un bilan de 355 hectares arrachés, vérifiés par l'ONU, contre 10 fois plus en 2015 (3760 ha).

«Avec les moyens dont nous disposons, nous ne pouvons pas lutter contre la culture du pavot dans les régions en proie à l'insécurité», a prévenu dimanche le général Ahmadi.

Depuis le printemps, les Américains déployés dans le cadre de l'opération Resolute Support d'appui aux forces afghanes n'ont d'ailleurs cessé d'alerter sur «la très bonne récolte» qui finance les talibans, leur permettant de multiplier les offensives meurtrières contre les grandes capitales provinciales et les poches d'insécurité sur la plupart des grands axes.

Un expert occidental indique que les seules «taxes sur le pavot rapportent de 800 millions à 1,2 milliard de dollars par an aux talibans».

Devant ce cercle vicieux, dans lequel le pavot entretient la violence, la ministre chargée du volet préventif de la lutte antidrogue, Salamat Azimi, a dénoncé avec le responsable de l'ONU «le manque de fonds réservés» : «Le défi de la drogue est un problème régional et international, qui nécessite des contributions régionales et internationales», insiste-t-elle.

Mais l'autre défi pour l'Afghanistan, reprend l'expert, est que «le pavot fait vivre trois à quatre millions d'Afghans», environ 10 % de la population. «Les provinces du pavot sont d'ailleurs les seules qui pourraient se passer de l'aide internationale», souligne-t-il.

Dans son rapport, l'ONUDC signale d'ailleurs que «la résistance des cultivateurs aux opérations d'éradication s'est parfois exprimée de façon violente».

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