Clinton cherche à consolider son avance

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Hillary Clinton s'est exprimée dimanche dans une église de la communauté noire à Durham, en Caroline du Nord.

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Jerome Cartillier
Agence France-Presse
Charlotte

À deux semaines de l'élection présidentielle américaine, Hillary Clinton, qui a encore accru son avance dans les sondages face à Donald Trump, multiplie les déplacements dans les États clés où elle espère consolider son avance.

Selon une enquête ABC News publiée dimanche, la candidate démocrate, qui espère devenir la première présidente de l'histoire des États-Unis, obtient 50 % des intentions de vote, son score le plus élevé depuis le début de la campagne, contre 38 % pour l'homme d'affaires de New York.

«Nous sommes derrière», a reconnu sur NBC, dans un aveu peu commun de la part du camp Trump, Kellyanne Conway, directrice de campagne du magnat de l'immobilier, tout en martelant que l'élection n'était pas encore jouée.

En rassemblement à Naples, en Floride, Donald Trump a appelé ses partisans à se rendre aux urnes en nombre «pour se débarrasser d'Hillary-la-crapule une fois pour toutes».

«Les chiffres sont fantastiques en Floride. Ne croyez pas les médias», a-t-il lancé dans cet État du sud crucial pour le résultat final dans lequel la majorité des sondages le placent 3 ou 4 points derrière sa rivale démocrate.

Consciente qu'une victoire le 8 novembre passe par une large mobilisation des minorités, l'ancienne secrétaire d'État s'est exprimée dimanche dans une église de la communauté noire à Durham, en Caroline du Nord.

Barack Obama l'avait emporté de justesse dans cet État en 2008, et l'avait perdu quatre ans plus tard.

En présence notamment de Sybrina Fulton, la mère de Trayvon Martin, adolescent noir dont la mort avait choqué l'Amérique en 2012, elle a appelé à la lucidité face au «racisme systémique» qui demeure selon elle dans le pays.

Mais elle a aussi accusé son adversaire républicain de dresser «un tableau lugubre des centres-ville et de la communauté afro-américaine» et d'ignorer les «succès» de nombre de figures dans la communauté noire dans tous les domaines.

Hillary et Michelle ensemble

Hillary Clinton reviendra dans cet État âprement disputé jeudi, en compagnie de la première dame Michelle Obama, dont le charisme et la prestance en font un des atouts maîtres du camp démocrate. Ce sera leur premier rassemblement commun depuis le début de la campagne.

«Je vous demande de voter sur les valeurs que nous voulons transmettre à nos enfants», a lancé la candidate lors d'un rassemblement sur un campus universitaire dans le ville de Charlotte, évoquant, dans une allusion à son rival, le «nécessaire respect pour les femmes».

Selon la dernière enquête ABC News, 69 % des Américains désapprouvent la réponse du candidat républicain aux femmes qui l'accusent d'agression sexuelle ou de harcèlement.

«Toutes ces menteuses seront poursuivies en justice après l'élection», a-t-il affirmé samedi lors d'un discours à la tonalité particulièrement agressive à l'attention de la dizaine de femmes qui l'ont accusé d'agression ou de harcèlement sexuel.

Selon le site RealClearPolitics, la moyenne des sondages nationaux montre une avance de près de six points pour Hillary Clinton (47,7 % contre 41,9 %), qui est en tête dans la plupart des États clés comme la Pennsylvanie, la Virginie ou la Floride.

Même dans certains États avec une tradition solidement républicaine, M. Trump n'a qu'une faible avance, comme au Texas où il mène de seulement trois points.

Profitant de ce contexte très favorable, Hillary Clinton a clairement indiqué en fin de semaine qu'elle entendait aussi s'impliquer directement dans la bataille pour le Congrès en soutenant les candidats de son parti.

Son parti espère reprendre la majorité aux républicains au Sénat et l'affaiblir à la Chambre des représentants où ils ont 59 sièges de plus (247 contre 188).

Le 8 novembre, les Américains éliront leur président, mais aussi les élus de la Chambre pour deux ans et le tiers du Sénat pour six ans.

Alors que nombre de quotidiens républicains se sont prononcés contre lui, Donald Trump a reçu en fin de semaine l'appui d'un premier journal de taille: le Las Vegas Review-Journal, dans l'État clé du Nevada.

L'éditorial juge que le milliardaire populiste ne représente «ni le danger mis en avant par ses détracteurs ni l'élixir magique dont rêvent ses partisans». Mais, estime-t-il, il offrirait une forme de rupture salutaire pour le pays.

Silicon Valley unie contre Trump

Le patron d'Amazon, Jeff Bezos a suggéré de se... (Archives AP) - image 3.0

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Le patron d'Amazon, Jeff Bezos a suggéré de se débarrasser de Donald Trump en l'envoyant dans l'espace, promettant de lui réserver une place dans la fusée d'une autre de ses sociétés, Blue Origin.

Archives AP

Silicon Valley, épicentre de l'industrie technologique américaine, a clairement choisi son camp dans la campagne présidentielle et ne fait pas mystère de son aversion pour Donald Trump.

Les titans de la high-tech font ainsi pleuvoir leurs dollars sur la démocrate Hillary Clinton, et beaucoup font ouvertement campagne contre son adversaire républicain.

Steve Wozniak, Ev Williams, Jimmy Wales et Pierre Omidyar, respectivement cofondateurs d'Apple, Twitter, Wikipédia et eBay, figuraient ainsi cet été parmi la centaine de signataires d'une lettre ouverte du secteur avertissant que Donald Trump à la Maison-Blanche serait «un désastre pour l'innovation».

Le milliardaire républicain fulmine contre les immigrés et a proposé de «fermer» une partie d'Internet pour des raisons de sécurité. Il a critiqué Apple parce que la firme fait fabriquer ses appareils à l'étranger, et Amazon sur ses impôts.

«Trump représente l'exact opposé de tout ce en quoi ils croient [à Silicon Valley]; accueillir les immigrés, un ordre mondial cosmopolite», souligne Geoffrey Skelley du Center for Politics de l'Université de Virginie.

D'après lui, le secteur craint que Donald Trump ne déclenche une guerre commerciale qui nuirait à ses entreprises aux ambitions mondiales.

Melinda Jackson, professeure de sciences politiques à l'université de San Jose, compare Trump à «un anathème» pour le secteur. «Il a l'air de regarder en arrière - pour faire redevenir les choses comme avant. Et à Silicon Valley, tout tourne autour de l'innovation et du prochain truc révolutionnaire.»

Moins d'incertitudes avec Clinton

Quand Google affirme que sa mission est de rendre toute l'information du monde librement disponible et Facebook qu'il veut connecter toute la planète, Donald Trump a promis de construire un mur à la frontière mexicaine pour stopper l'immigration clandestine.

Sans citer directement le candidat républicain, le patron-fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a appelé en avril les créateurs d'applications pour le réseau à «choisir l'espoir plutôt que la peur» et à aider à construire des ponts plutôt que des murs.

Un autre fondateur de Facebook, Dustin Moskovitz, et sa femme ont promis la somme considérable de 20 millions $ à Hillary Clinton et au Parti démocrate, en assurant que le pays «reculerait» si Donald Trump l'emportait.

Apple a renoncé à fournir des financements ou du soutien logistique au congrès républicain cette année, invoquant les commentaires de Donald Trump sur les immigrés, les minorités et les femmes.

Son patron Tim Cook (qui aurait figuré sur une liste de noms potentiels pour la vice-présidence démocrate) et la veuve de son emblématique prédécesseur Steve Jobs ont organisé des collectes de fonds pour Hillary Clinton.

«Les racines des Clinton, et de Hillary en particulier, sont profondes ici», relève Melinda Jackson. «Ils lui font en grande partie confiance et ont le sentiment qu'ils sauraient au moins à quoi s'attendre avec elle.»

Parmi les opposants les plus vigoureux à Donald Trump figure le cofondateur de LinkedIn, Reid Hoffman, qui a promis 5 millions $ à des associations d'aide aux anciens combattants si le milliardaire acceptait enfin de dévoiler ses déclarations d'impôts.

Envoyer le républicain dans l'espace

Le candidat républicain est aussi engagé dans une violente querelle avec le patron d'Amazon, Jeff Bezos.

Ce dernier utilise le quotidien Washington Post, qu'il a racheté il y a trois ans, comme «un outil de pouvoir politique contre moi» et «pour que les politiciens à Washington ne taxent pas Amazon comme ils le devraient», a affirmé M. Trump.

Jeff Bezos a répliqué en suggérant de se débarrasser du milliardaire en l'envoyant dans l'espace, promettant de lui réserver une place dans la fusée d'une autre de ses sociétés, Blue Origin.

Dans la vallée californienne, l'un des rares soutiens en vue du candidat républicain est finalement l'investisseur de capital-risque Peter Thiel, cofondateur de PayPal et financier de la première heure pour Facebook.

Il a prononcé un discours au congrès républicain et donné 1,25 million $ pour la campagne de Donald Trump, au grand dam de beaucoup d'autres acteurs du secteur.

Un choix entre «le mal» et «le pire»

Le président iranien, Hassan Rohani, a affirmé dimanche qu'il n'avait aucune préférence entre les candidats à la présidentielle américaine, la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump, car c'est selon lui un choix entre «le mal et le pire». «À l'ONU, le président d'un pays m'a demandé lequel des deux candidats [Clinton et Trump] je préférais : j'ai répondu, est-ce que je préfère le mal au pire ou le pire au mal?» a déclaré M. Rohani lors d'un discours. Il s'est offusqué de la manière dont les deux candidats à la présidentielle américaine «s'accusent et s'insultent entre eux». «Est-ce que nous voulons une telle démocratie dans notre pays? Une telle élection?» s'est interrogé Hassan Rohani en répondant : «Notre fierté est notre islam [...] nous sommes fiers de notre Iran et de notre islam». Il a estimé qu'aux États-Unis, «qui prétendent avoir la démocratie depuis 200 ans [...] la morale n'existe pas».  

Les mots rares ou abondants de la campagne

Le Mur est un mot que Donald Trump... (AP, Evan Vucci) - image 6.0

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Le Mur est un mot que Donald Trump fait redire à ses partisans dans ses réunions publiques. Le candidat républicain a proposé d'ériger un mur à la frontière du Mexique pour empêcher les immigrés clandestins d'entrer aux États-Unis.

AP, Evan Vucci

«Un désastre» ou «comptez sur moi» : les mots de la campagne de Donald Trump surgissent à l'esprit plus facilement que ceux de sa rivale Hillary Clinton, les linguistes y décelant la marque d'une stratégie plus large chez la démocrate et d'un discours très étudié chez le républicain.

LES SLOGANS

- Celui de Donald Trump, «Rendre à l'Amérique sa grandeur» («Make America great again»), est un «impératif qui fait que le public est immédiatement impliqué» et «on peut presque marcher» sur son rythme, explique à l'AFP Linda Coleman, professeur associée de linguistique à l'université du Maryland.

- Avec celui de Hillary Clinton, «Plus forts ensemble» («Stronger together»), «on doit se poser la question "qu'est-ce que ça veut dire?" et on doit amener soi-même le "nous"» sous-entendu par cette expression, note Mme Coleman.

LES MOTS DE TRUMP

Les discours de Trump sont «tout sauf une salade de mots», c'est «très calculé» pour «transmettre à ses partisans ce qu'il veut leur dire», explique sur son site George Lakoff, professeur de linguistique à l'université de Berkeley (sud-ouest).

«Il utilise une terminologie spécifique associée à une stratégie» qui est «plus étroite» que celle de Clinton, et qu'il «répète encore et encore», affirme à l'AFP Martin Medhurst, expert en discours présidentiels à l'université Baylor au Texas (sud). «Les mots sont calculés pour activer un électorat qui se sent laissé pour compte».

Trump utilise des «expressions très courtes et des répétitions», car c'est «un homme de télévision» qui a «en quelque sorte les qualités d'un annonceur publicitaire», note Mme Coleman.

«Un désastre»

Clinton elle-même est «un désastre» tout comme sont des «désastres» l'accord nucléaire avec l'Iran, la Libye, l'Allemagne ou la France, fustige souvent Donald Trump.

«Le mur»

Quand Trump annonce le 16 juin 2015 qu'il est candidat à la présidence, il propose d'ériger «un mur» à la frontière du Mexique pour empêcher les immigrés clandestins d'entrer aux États-Unis. C'est un mot qu'il fait redire à ses partisans eux-mêmes dans ses réunions publiques.

«Croyez-moi»

«Nous allons passer cet accord, croyez-moi», lance devant des Hispaniques en Floride Donald Trump, à propos d'un compromis qu'il entend conclure avec Cuba s'il accède à la Maison-Blanche.

Trump «veut que son public le croie», même si cette expression est souvent suivie dans son discours «d'une affirmation qui n'est pas vraie», relève George Lakoff.

«L'Amérique d'abord»

Slogan favori de Donald Trump pour courtiser les ouvriers blancs de la «Rust Belt» («Ceinture de rouille»), vaste région frappée par la désindustrialisation.

Utilisé aussi en politique étrangère, Trump prônant d'éloigner les États-Unis de l'OTAN ou des conflits du Moyen-Orient.

«Truqué»

Le républicain répète que les élections sont «truquées» et que «la presse a créé un système truqué et empoisonné les esprits des électeurs».

«Bien sûr que de vastes fraudes électorales se produisent avant le scrutin et le jour de l'élection. Pourquoi les responsables républicains le nient-ils? Quelle naïveté!» a écrit Trump sur Twitter.

Il «répète constamment que les élections sont "truquées" ou "l'Amérique d'abord" pour rappeler aux gens combien ils ont perdu leur statut», selon Martin Medhurst.

«Hillary la crapule»

Qualificatif utilisé par Trump sur Twitter et dans ses réunions électorales à l'adresse de sa rivale, qu'il qualifie aussi de «corrompue».

Lors du premier débat le 26 septembre, il a préféré l'appeler «Madame la secrétaire d'État».

«Hillary-la-crapule a été dupée et utilisée par la pire de mes Miss Univers», a-t-il lancé sur Twitter, en s'attaquant à nouveau à une ancienne Miss Univers que Clinton lui reproche d'avoir insultée.

LES MOTS DE CLINTON

Ils sont plus rares «parce qu'elle a une stratégie plus large» et «un large éventail de thèmes qu'elle aime répéter, mais elle n'utilise pas forcément les même mots pour en parler», explique Martin Medhurst.

Elle «utilise des phrases plus longues» que Trump et «on ne remarque pas quand elle redit un mot qu'elle a déjà utilisé», selon Mme Coleman.

«Comptez sur moi»

«Si vous voulez jouer la carte de la femme, comptez sur moi», répète souvent Clinton à l'adresse d'un électorat qui lui est devenu de plus en plus favorable à fur et à mesure des attaques de son rival à leur égard.

Cette expression fait référence au jeu de cartes. Clinton prend au mot son rival qui l'accuse de «jouer la carte des femmes» pour gagner.

«L'amour l'emporte sur la haine»

Slogan emprunté aux campagnes pour l'égalité des droits, notamment des homosexuels quand ils demandaient de pouvoir se marier avec les expressions «Amour > Haine» ou «l'amour est plus fort que la haine».

En anglais, l'expression «love trumps hate» s'amuse avec le nom du candidat républicain, le verbe «to trump» voulant dire surpasser, l'emporter sur.

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