La fragile routine de l'accueil en Italie

L'Italie a vu débarquer déjà sur ses côtes... (AFP, Yara Nardi)

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L'Italie a vu débarquer déjà sur ses côtes près de 150 000 migrants cette année et plus de 500 000 depuis l'été 2013.

AFP, Yara Nardi

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Fanny Carrier, Ella Ide
Agence France-Presse
Rome

Après une semaine qui a vu quelque 8500 migrants secourus au large de la Libye et au moins une cinquantaine de morts ou disparus, l'Italie se prépare à accueillir ces nouveaux arrivants, avec une inquiétude particulière pour les nombreux mineurs non accompagnés.

Alors que les gardes-côtes italiens ont annoncé avoir coordonné le sauvetage d'environ 400 migrants dimanche au large de la Libye, deux navires ont débarqué dans la journée plus de 460 personnes secourues les jours précédents à Naples et 625 autres à Catane (Sicile).

Le pétrolier Okyroe, réquisitionné par les gardes-côtes italiens, était attendu dans la soirée à Augusta (Sicile) avec 800 passagers.

La route sera plus longue pour les 840 migrants de la Werra, un navire allemand de l'opération européenne anti-passeurs Sophia, attendu lundi à Messine (Sicile), et plus encore pour les 520 à bord du navire humanitaire Aquarius, qui arriveront mardi à Tarante, sur le talon de la botte italienne.

Quant aux 1093 migrants recueillis par le Siem Pilot, un navire norvégien engagé dans le dispositif de l'agence européenne de contrôle des frontières Frontex, ils ont dû faire un détour dimanche matin par l'île de Lampedusa pour y déposer deux nouveau-nés et leurs familles.

Le plus jeune est né dans la nuit, dans un conteneur aménagé en infirmerie sur le pont. Prématuré, il ne pèse que 1,250 kg. «Il y a toujours un risque avec toutes les grossesses mais cela s'est bien passé», a déclaré le médecin Hans Christian Vik, 31 ans, à une équipe de l'AFP embarquée sur le navire.

En apercevant l'île, les migrants ont commencé à se préparer pour débarquer. Mais ils ont dû se rassoir : ils sont attendus lundi matin à Palerme (Sicile).

Texte lundi au Parlement 

Pour l'Italie, qui a vu débarquer déjà sur ses côtes près de 150 000 migrants cette année et plus de 500 000 depuis l'été 2013, ces arrivées massives sont de l'ordre de la routine. À chaque fois, des autobus attendent les migrants pour les répartir à travers toute la péninsule.

«Police, Caritas, protection civile, tout le monde est mobilisé. La machine est en route et le premier accueil fonctionne bien», a assuré Raffaele Del Giudice, maire adjoint de Naples, interrogé par la télévision pendant les arrivées de la matinée.

Mais contrairement aux années précédentes, la généralisation de l'identification à l'arrivée et la fermeture de facto des frontières au nord bloque en Italie des migrants qui pensaient poursuivre leur périple vers l'Europe du Nord.

Résultat, les centres d'accueil hébergeaient en début de cette semaine près de 165 000 personnes, soit 60 % de plus qu'il y a un an et près du triple d'il y a deux ans. Et ce dans des conditions difficiles puisqu'en raison des lenteurs de l'administration italienne, nombre de gestionnaires de ces centres - souvent d'anciens hôtels ou centres de loisirs réaménagés - n'ont pas touché un centime depuis le printemps.

Selon le projet de budget envoyé le 15 octobre par le gouvernement italien à Bruxelles, l'Italie a dépensé 3,3 milliards d'euros en 2015 pour faire face à l'urgence migratoire, et prévoit entre 3,3 et 3,8 milliards cette année.

Un effort particulier devra être fait en faveur des mineurs non accompagnés, le plus souvent des adolescents de 15 à 17 ans : l'Italie en a vu arriver près de 20 000 cette année, soit déjà au moins 50 % de plus qu'en 2014 et 2015.

La Chambre des députés doit examiner à partir de lundi une proposition de loi pour mieux les accueillir et s'assurer qu'ils ne fuguent plus par milliers des centres d'hébergement. Le plus souvent, ils partent volontairement pour rejoindre des proches dans d'autres pays, mais se retrouvent alors à la merci de réseaux criminels.

Le texte, soutenu par un large spectre de la classe politique, prévoit de les intégrer dans le réseau d'aide aux demandeurs d'asile même s'ils ne sont pas demandeurs et d'assigner à chacun un tuteur personnel. Pour l'instant, cette fonction est dévolue au maire de la commune où ils sont arrivés, qui n'a pas toujours les moyens de l'assurer.

À la veille de l'évacuation, derniers préparatifs dans la «Jungle» de Calais

Quelques heurts sporadiques ont opposé dimanche en début... (AP, Emilio Morenatti) - image 3.0

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Quelques heurts sporadiques ont opposé dimanche en début de soirée migrants et policiers aux abords de la «Jungle» de Calais, à la veille du début de son démantèlement.

AP, Emilio Morenatti

Derniers préparatifs et tournée d'information pour convaincre les migrants de partir : la «Jungle» de Calais, immense campement de milliers de migrants dans le nord de la France, se préparait à son évacuation à partir de lundi.

Venus pour la plupart d'Afghanistan, du Soudan ou d'Érythrée, cantonnés dans ce vaste bidonville face aux côtes anglaises dans l'espoir de traverser la Manche, entre 6000 et 8000 migrants vont être dispersés dans des centres d'accueil répartis sur tout le territoire français.

Insécurité, exaspération des populations locales, le camp de Calais était devenu un abcès empoisonnant le débat autour de l'immigration, conduisant le gouvernement socialiste à annoncer fin septembre son démantèlement.

Dans la soirée, quelques heurts sporadiques ont opposé migrants en policiers aux abords de la «Jungle», comme cela arrive régulièrement depuis des mois.

Dans l'après-midi, des représentants des services de l'État avaient arpenté le camp pour expliquer le déroulement de l'évacuation et justifier son bien fondé. «On leur confirme qu'il faut se tenir prêts pour demain», explique ainsi Serge Szarzyncki.

Iacub, un Soudanais de 20 ans, assure qu'il est au courant : «j'y serai», dit-il.

Sur des dépliants rédigés en plusieurs langues figure un plan du site, précisant le lieu de départ des autobus lundi, un hangar situé à quelque 300 mètres du campement.

«La moindre des choses»

«Des personnes restent à convaincre», admet Didier Leschi, directeur général de l'Office français de l'immigration.

Comme Karhazi, un Afghan qui regrette ce départ contraint. «Il faudra nous forcer pour partir. Nous, on veut aller en Grande-Bretagne.»

Plusieurs migrants ont déjà quitté le camp ces derniers jours pour ne pas s'éloigner de la région et préserver leurs chances de traverser la Manche, selon des bénévoles.

Le gouvernement français, qui assure disposer de 7500 places d'hébergement, espère pouvoir vider la «Jungle» en «une semaine». De lundi à mercredi, 145 autocars se relaieront pour transporter les migrants en direction de près de 300 centres d'accueil temporaires dans toute la France.

Reste à savoir comment ils seront reçus, alors que certaines villes ont protesté contre le plan de répartition du gouvernement tandis que des membres de l'opposition de droite évoquaient le spectre de la multiplication de «mini-Calais».

Le ministre de la Ville Patrick Kanner a réclamé dimanche du «respect» et de l'«humanité» pour les migrants. «Accueillir dans des villes 30, 40 personnes (...) ça me paraît être la moindre des choses», a-t-il lancé.

«Opération à risque»

Dossier hautement sensible, le cas des quelque 1300 mineurs isolés recensés dans le camp est traité en collaboration étroite avec les autorités britanniques.

Paris et Londres se sont longtemps renvoyé la balle pour expliquer leur difficulté à trouver une solution. Mais le gouvernement britannique a finalement accéléré les procédures d'accueil pour ces enfants ou adolescents, dont 500 environ ont des liens familiaux au Royaume-Uni.

«Nous avons mené 600 entretiens au total et cette semaine 194 mineurs auront quitté Calais pour la Grande-Bretagne», dit Pierre Henry, mandaté par le gouvernement français.

À ce titre, 53 jeunes filles, Érythréennes pour la plupart, sont parties samedi, selon la presse d'outre-Manche où l'accueil des migrants ne fait pas non plus l'unanimité.

«J'ai eu drôlement de la chance d'être parmi les premiers à partir et d'avoir pu entrer légalement en Grande-Bretagne», raconte Aemal Khan, 14 ans, qui a retrouvé la semaine dernière son grand frère Asif en Angleterre après cinq mois à Calais. «Je suis soulagé que la Jungle soit appelée à disparaître. Beaucoup deviennent fous, on n'imagine pas à quel point c'est dur», a-t-il confié à l'agence Press Association.

À Calais, l'un des défis des prochains jours sera de maintenir la sécurité.

C'est «une opération à risque qui peut dégénérer» notamment si des personnes ou des «militants» refusent de partir, a-t-on souligné au ministère de l'Intérieur, qui s'inquiète notamment de la présence sur place de 150 à 200 membres du mouvement «No border», prônant l'abolition des frontières.

Quelque 1250 policiers et gendarmes ont été mobilisés.

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