Pause humanitaire confuse à Alep

Des rebelles blessés sont pris en charge à... (AFP, George Ourfalan)

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Des rebelles blessés sont pris en charge à Alep. Malgré la mise en place de couloirs humanitaires, les civils semblent hésiter à les emprunter.

AFP, George Ourfalan

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Agence France-Presse
ALEP

La trêve «humanitaire» décrétée par Moscou dans la ville syrienne d'Alep est entrée en vigueur jeudi, mais presque aucun habitant des quartiers rebelles n'avait emprunté les couloirs établis pour évacuer les civils et les rebelles.

La durée de cette «pause humanitaire» de 11 heures par jour reste confuse, Moscou annonçant une prolongation de 24 heures, soit jusqu'à vendredi soir, tandis que l'ONU a affirmé que la Russie la maintiendrait jusqu'à samedi soir.

«Une décision a été prise pour étendre la pause humanitaire de 24 heures», a annoncé dans un communiqué le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou.

Malgré ce répit, le chef de l'OTAN Jens Stoltenberg a exprimé sa préoccupation qu'un porte-avions russe, actuellement au large des côtes britanniques, puisse se joindre à des attaques sur Alep.

Dénonçant les bombardements meurtriers du régime syrien et de son allié russe sur les quartiers rebelles d'Alep depuis le 22 septembre, les pays de l'Union européenne, qui étaient réunis à Bruxelles jeudi soir, ont indiqué envisager «toutes les options y compris des sanctions» contre Damas et ses soutiens, dont Moscou.

Pas de civils

À Alep, deuxième ville de Syrie devenue un des enjeux majeurs de la guerre qui a fait 300 000 morts depuis 2011, huit couloirs humanitaires, dont six pour l'évacuation de civils, de malades et de blessés, et deux pour le retrait de rebelles armés, mais qui peuvent également être utilisés pour les civils, ont été mis en place.

Un photographe de l'AFP ayant visité quatre couloirs, n'a vu aucun civil les emprunter, précisant qu'une mère, sa fille, et un homme âgé qui s'étaient engagés dans l'un d'entre eux près du quartier rebelle de Boustane al-Qasr avaient finalement fait demi-tour après avoir entendu des tirs d'artillerie et d'armes automatiques.

Hormis ces combats dans la matinée, la situation était relativement calme dans cette ville divisée depuis 2012 entre zones tenues par les rebelles à l'Est et quartiers sous contrôle du régime à l'ouest.

Des roquettes ont toutefois été tirées sur des quartiers tenus par le gouvernement, blessant une petite fille, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

Les Nations Unies espèrent évacuer les premiers blessés d'Alep dès vendredi, a annoncé Jan Egeland, qui dirige le groupe de travail sur l'aide humanitaire en Syrie. Environ 200 blessées et malades ont besoin d'être évacués de toute urgence de l'est d'Alep, selon l'ONU.

Des habitants des zones rebelles restent sceptiques face aux promesses de trêve de la Russie et du régime syrien, pourtant relayées à coups de tracts et de messages dans des hauts-parleurs.

«Même si j'ai besoin de sortir d'ici, à cause de la détérioration des conditions de vie avec le siège et le manque de nourriture et de travail, je ne vais pas risquer ma vie et celle de ma famille et être le premier à emprunter ces passages», a indiqué à l'AFP Mohamed Shayah, au chômage et père de quatre enfants.

La Russie a toutefois souligné que si ceux qu'elles qualifient de «terroristes», utilisent «la pause humanitaire pour mener des frappes, pour se réarmer, pour renforcer leur arsenal, alors il n'y aura naturellement plus de pause».

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a accusé jeudi les rebelles syriens d'empêcher les civils de quitter les quartiers d'Alep-est.

Et dans la soirée, la Russie a fait savoir que son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait, lors d'une conversation téléphonique avec son homologue américain John Kerry, «noté que les rebelles violent le cessez-le-feu et empêchent l'évacuation de la population».

La famine guette

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a fustigé jeudi les résultats «horribles» des bombardements russes et syriens sur Alep-est qui ont fait, selon lui, près de 500 morts et 2000 blessés depuis le 23 septembre.

Un quart des personnes tuées sont des enfants et la nourriture se raréfie dans la partie assiégée de la ville syrienne, a-t-il souligné lors d'une session informelle de l'assemblée générale de l'ONU.

Aucun convoi de l'ONU n'est entré dans cette partie de la ville depuis le 7 juillet «et, dans ces conditions dignes du Moyen-Âge, les plus vulnérables sont ceux qui souffrent le plus», a-t-il rappelé.

«La faim a été utilisée comme arme» dans cette offensive, a estimé M. Ban. «Les rations alimentaires seront épuisées à la fin du mois.»

Tout en «accueillant favorablement» la pause décidée par la Russie dans les bombardements - ce qui devrait permettre des évacuations médicales dès vendredi -, il a ajouté: «C'est le strict minimum.»

«N'avons-nous rien appris de Srebrenica et du Rwanda?» a-t-il lancé aux ambassadeurs réunis. «Quand la communauté internationale va-t-elle s'unir pour mettre fin à ce carnage?» AFP

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