Le tombeur de Rousseff en prison

L'ex-président du Congrès brésilien des députés Eduardo Cunha... (AP, Michael Melo)

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L'ex-président du Congrès brésilien des députés Eduardo Cunha escorté par des policiers fédéraux

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Damian Wroclavsky
Agence France-Presse
Brasilia

L'ex-président du Congrès brésilien des députés Eduardo Cunha, acteur central de la crise politique ayant débouché sur la destitution de la présidente de gauche Dilma Rousseff, a été placé mercredi en détention dans le cadre du scandale de corruption Petrobras.

La police a interpellé à Brasilia l'ancien troisième personnage de l'État, en exécution d'une ordonnance de placement en détention préventive du juge Sergio Moro, chargé de l'enquête tentaculaire sur les détournements de fonds au sein du géant étatique pétrolier Petrobras.

Cet ancien député ultraconservateur évangélique a été transféré par avion à Curitiba (sud) où il sera incarcéré et où est centralisée l'enquête Petrobras.

M. Cunha, 58 ans, est accusé d'avoir dissimulé sur des comptes secrets en Suisse 1,5 million de dollars provenant, selon l'accusation, de pots-de-vin perçus en marge de l'acquisition par Petrobras d'un champ de pétrole au Bénin en 2011.

Il doit répondre des chefs d'accusation de «corruption passive, blanchiment d'argent et fraude fiscale».

Cette opération suspecte ne représente qu'une partie des soupçons de malversations pesant sur ce politicien sulfureux.

Détention «absurde»

Connu comme le «Machiavel brésilien», M. Cunha a qualifié son arrestation de «sans fondement» et d'«absurde», sur son compte Facebook.

Le ministère public a gelé également mercredi des avoirs de M. Cunha pour une valeur totale de 220 millions de réais (69,5 millions de dollars) et lui a confisqué huit voitures, dont deux Porsche Cayenne.

Le juge fédéral Moro a estimé que son maintien en liberté faisait courir un risque pour «l'instruction, l'ordre public, ainsi qu'une possibilité concrète de fuite en raison de la disponibilité de ressources occultes à l'étranger et de sa double nationalité» (brésilienne et italienne).

Tout puissant il y a encore quelques mois, M. Cunha avait été suspendu le 5 mai de ses fonctions de président de l'Assemblée par le Tribunal suprême fédéral (STF).

Mais il n'a quitté le devant de la scène que le 13 septembre, quand une écrasante majorité de députés a révoqué son mandat de député, le privant de son immunité.

Personnage extrêmement influent ayant fédéré les secteurs les plus conservateurs du Parlement, M. Cunha a incarné l'aile dure du PMDB de l'ancien vice-président Michel Temer, qui a succédé fin août à Mme Rousseff.

Lula le prochain? 

Mme Rousseff a été destituée par le Sénat pour maquillage de comptes publics, une accusation sans rapport avec l'affaire Petrobras.

Dès sa réélection fin 2014, Eduardo Cunha avait pris la tête d'une fronde parlementaire contre le gouvernement du Parti des travailleurs (PT-gauche), poussant son parti à la rupture.

En décembre 2015, il avait déclenché la procédure controversée de destitution de Mme Rousseff présentée par la droite, en représailles au vote des députés du PT en faveur de son propre renvoi devant la Commission d'éthique du Parlement.

Les conséquences politiques de son incarcération «vont dépendre du temps qu'il va passer en prison», a déclaré à l'AFP Alberto Almeida, directeur de l'Institut Analise, à Sao Paulo.

«Il a un très grand potentiel de destruction du système, beaucoup d'informations sur le gouvernement Dilma, sur la Chambre des députés, sur divers partis», a souligné cet analyste.

Comme de nombreux accusés, Eduardo Cunha pourrait être tenté de se livrer à un grand déballage explosif dans le cadre d'un accord de collaboration avec la justice contre de futures remises de peine.

Certains médias brésiliens interprétaient son incarcération comme une réponse du juge Moro à la gauche qui l'accuse de partialité en focalisant son enquête sur le PT de l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), lui-même inculpé.

«Maintenant, ça va être le tour de Lula. Eduardo est un symbole du PMDB et Lula le symbole maximum du PT», a estimé Alberto Almeida.

L'opération «Lavage Express», simple enquête lancée en mars 2014 sur des stations-service, a dévoilé un vaste réseau de corruption autour de Petrobras, la compagnie phare du Brésil dont le préjudice s'élève à au moins deux milliards de dollars.

Ce système bien rodé de marchés surfacturés contre commissions occultes a bénéficié à des dizaines de responsables politiques de divers partis, à des entrepreneurs du BTP et à des directeurs du géant pétrolier.

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