Un petit village bédouin tiraillé entre Israël et les Palestiniens

Un homme et ses chèvres boivent à une... (AFP, Ahmad Gharabli)

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Un homme et ses chèvres boivent à une fontaine dans le village Wadi Abou Hindi situé entre les montagnes arides de Cisjordanie à quelques kilomètres de Jérusalem.

AFP, Ahmad Gharabli

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Joseph Dyke
Agence France-Presse
Wadi Abou Hindi

Abou Youssef est fatigué. Il a vu sa maison détruite par les Israéliens autrefois et ce malheur menace de lui arriver à nouveau.

Sauf que, cette fois, les Israéliens lui proposent une habitation, avec l'eau courante et l'électricité, si lui et sa petite communauté de Bédouins acceptent d'emménager à moins de deux kilomètres de là où il a passé toute sa vie.

L'offre est tentante, mais il y a un hic : les dirigeants palestiniens et tous ceux qui s'opposent à la colonisation par Israël des Territoires palestiniens sont contre.

Pour eux, le déménagement de ces 50 familles installées à Wadi Abou Hindi, entre les montagnes arides de Cisjordanie à quelques kilomètres de Jérusalem, irait à l'encontre du droit international. Et il aurait un effet désastreux pour la cause palestinienne, craignent-ils.

«Nous sommes pris entre deux feux», dit Abou Youssef.

Cette situation est représentative de celle d'autres communautés de Bédouins de Cisjordanie, occupée par Israël depuis près d'un demi-siècle.

Les dirigeants palestiniens disent que le départ des Bédouins de Wadi Abou Hindi continuerait la pratique israélienne de transfert forcé de population, contraire aux Conventions de Genève.

Une ceinture de colonies?

Ils redoutent un appel d'air favorisant d'autres transferts qui dégageraient la voie à de nouveaux logements de colonisation, ces implantations civiles israéliennes en territoire occupé, illégales au regard du droit international.

Leur crainte est d'autant plus vive que Wadi Abou Hindi jouxte une zone diplomatiquement sensible, dite E1. La colonisation y est gelée sous la pression internationale. La construction de colonies en zone E1 menacerait d'achever une ceinture de colonies autour de Jérusalem-Est occupée et annexée par Israël, dont les Palestiniens veulent faire leur capitale. Jérusalem-Est pourrait se retrouver coupée de la Cisjordanie qui, elle-même, serait quasiment coupée en deux, ce qui compliquerait encore davantage la création d'un État palestinien.

Difficile, à voir Wadi Abou Hindi, de discerner l'importance de l'enjeu. Le village est un agglomérat de cabanes en tôle ondulée dans une vallée déserte, brûlante en été et glaciale en hiver.

Abou Youssef, 56 ans, a toujours vécu là, d'abord sous la domination jordanienne, puis sous celle d'Israël à partir de 1967. Depuis, 500 000 colons israéliens se sont installés dans les Territoires palestiniens, selon l'ONU, y compris sur des terrains utilisés autrefois par les bédouins semi-nomades pour leurs bêtes.

Israël détruit fréquemment les bâtisses temporaires des Bédouins, construites sans permis israélien. Ces permis sont pratiquement impossibles à obtenir pour les Palestiniens, y compris les Bédouins.

Nouvelle donne 

Israël a proposé de regrouper les habitants de plus de 40 villages bédouins non reconnus sur des sites qui, eux, le seraient. Aucune de ces communautés n'a accepté l'offre pour le moment.

Israël a rasé Wadi Abou Hindi à la fin des années 90. Les Bédouins ont reconstruit, mais sont confrontés depuis 2011 à un nouvel ordre de destruction.

La donne a changé l'an dernier quand Me Shlomo Lecker, l'avocat israélien de la communauté, a reçu une offre israélienne. Il ne pouvait pas ne pas la présenter à ses clients, dit-il. À la différence de propositions antérieures, celle-ci les déplacerait d'environ 1,5 km, à un endroit où vivent des membres de leurs familles élargies.

Rien n'est décidé, dit Abou Youssef. Mais il respecte l'avocat pour ses services passés. Et, personnellement, il se sent «fatigué» et tenté. «Nous avons besoin d'eau, d'électricité, nous voulons vivre», explique-t-il à l'AFP.

Des responsables israéliens se contentent de souligner qu'aucun accord n'avait été conclu. Mais du côté des responsables palestiniens et de l'ONU, l'heure est à l'inquiétude. Les raisons de leur préoccupation sont visibles à l'oeil nu, en surplomb de Wadi Abou Hindi, où se dresse la colonie de Kedar, ou un peu plus loin, là où s'élève la colonie de Maale Adoumim, avec ses 35 000 Israéliens.

Les dirigeants palestiniens ont protesté quand ils ont eu vent de ce qui se tramait à Wadi Abou Hindi. Une importante ONG européenne a retiré sa contribution au paiement des honoraires de Me Lecker.

L'ONU a envisagé de prendre le relais, mais des responsables palestiniens, comme Saëb Erakat, numéro deux de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), ont objecté que cela reviendrait à cautionner un transfert forcé de population.

Le coordinateur humanitaire des Nations unies pour les Territoires palestiniens, Robert Piper, dit à l'AFP s'inquiéter à la fois d'un éventuel transfert de population et du fait que les Bédouins pourraient être privés d'aide juridique.

Me Lecker accuse l'Autorité palestinienne d'instrumentaliser les Bédouins : «Ils sont devenus les soldats de l'Autorité palestinienne sans que personne ne leur ait demandé leur avis».

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