Trêve olympique de courte durée dans les favelas «pacifiées» de Rio

Des délinquants ont attaqué une unité de police... (AFP, Yasuyoshi Chiba)

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Des délinquants ont attaqué une unité de police pacificatrice dans la favela Pavao-Pavazinho, causant trois décès et cinq blessés.

AFP, Yasuyoshi Chiba

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Carola Solé
Agence France-Presse
Rio de Janeiro

La pause aura été brève. Après des Jeux olympiques sans incidents majeurs, la violence a refait son apparition dans les favelas «pacifiées» de Rio, à l'instar des échanges de tirs lundi entre policiers et trafiquants en pleine zone touristique.

Dans l'une des favelas qui surplombent les quartiers de Copacabana et d'Ipanema, ces affrontements armés ont semé la panique dans une zone où en août les athlètes olympiques se promenaient tranquillement.

Les violences, qui ont commencé quand des délinquants ont attaqué une Unité de police pacificatrice (UPP) dans la favela Pavao-Pavazinho, se sont soldées par trois morts, tous des délinquants, et cinq blessés, dont trois policiers.

«Ce n'est pas la première fois qu'il y a une explosion de violence à Rio, mais ce qui s'est passé (lundi) est symbolique et attire l'attention, car cela se passe dans la zone touristique», a déclaré à l'AFP Ignacio Cano, expert en violence à l'Université de Rio (Uerj).

Criminalité très élevée

Mégapole de 6,5 millions d'habitants aux très fortes disparités sociales, Rio de Janeiro est confrontée à une criminalité très élevée, alimentée par des gangs de narcotrafiquants lourdement armés. Agressions et vols, souvent accompagnés de violence, y sont monnaie courante, mais la crise financière que traverse l'État a aggravé la situation, estiment les experts.

«Les trafiquants voulaient que tout soit tranquille pendant les JO parce qu'ils vendaient plus de drogue, mais maintenant la dispute pour les points de vente a repris», estime quant à elle l'anthropologue Alba Zaluar de la Uerj.

En vue du Mondial 2014 et des JO 2016, le gouvernement local a investi depuis 2008 plusieurs favelas qui étaient aux mains des trafiquants de drogue depuis 30 ans : une quarantaine d'UPP ont été installées dans 264 favelas, où vivent plus d'un million et demi de personnes. Près de 10 000 policiers ont été déployés dans ces territoires où les taux d'homicides ont nettement baissé.

Mais les narcotrafiquants cherchent à reprendre le contrôle de certaines de ces favelas.

«Le pouvoir des narcotrafiquants à Rio est très grand. Dans les favelas pacifiées, il y a encore des trafiquants», a reconnu lundi le sous-commandant de la police militaire (PM), Vinicius Carvalho, lors d'une conférence de presse.

L'artisan de la pacification démissionne

Au lendemain des violences qui ont fait la Une de la presse brésilienne, le secrétaire à la sécurité publique de l'État de Rio, José Mariano Beltrame, a annoncé sa démission.

À la tête de la sécurité depuis près de dix ans, ce créateur des UPPs avait dit pendant les Jeux olympiques que cette police de proximité devait être maintenue après l'évènement sportif, car sans elle, «la violence n'a pas de solution à Rio».

«La lutte contre le crime organisé est interminable et c'est comme une course de relais. J'ai fait ma part», a déclaré mardi soir M. Beltrame à la chaîne de télévision Globo News.

«Nous avons sauvé 21 060 vies en 9 ans et 9 mois» avec les UPPs, a-t-il souligné, en référence à la chute des homicides au cours de cette période.

Nombreux policiers corrompus et violents

Malgré ce bilan positif, de nombreux membres des forces de l'ordre sont toujours corrompus et très violents, comme sous la dictature (1964-85). Amnesty International dénonce régulièrement la brutalité de la police brésilienne.

De plus, depuis 2008, le secrétaire Beltrame n'a eu de cesse de réclamer, en vain, le deuxième volet du programme des UPPs, qui prévoyait l'entrée des services sociaux (crèches, écoles et dispensaires) dans les favelas «pacifiées», soulignant que la seule répression n'était pas suffisante à long terme.

Avec la démission de Beltrame, la sécurité publique à Rio, qui a pâti d'une coupe budgétaire de l'ordre de 30 % cette année, pourrait se dégrader encore plus.

«Beltrame avait une vision sensée de la situation et sa démission risque de nous faire revenir à la case départ», avant les UPPs, a déploré l'anthropologue Alba Zaluar.

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