José Bové reste au Canada, in extremis

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En entrevue mercredi, José Bové a dit que dès son arrivée à l'aéroport de Montréal, on l'a fait attendre pendant deux heures avant que des agents lui disent qu'il était persona non grata au Canada pour avoir participé au démantèlement d'un restaurant en construction, en France, il y a 17 ans.

La Presse Canadienne, Graham Hughes

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Julien Arsenault
La Presse Canadienne
Montréal

Le député européen et militant altermondialiste José Bové pourra finalement poursuivre son séjour au pays afin de dénoncer l'accord de libre-échange conclu entre le Canada et l'Union européenne (UE).

Celui-ci a appris la nouvelle mercredi, quelques heures avant le moment où il aurait eu à monter dans un avion pour retourner vers le Vieux Continent après avoir vu des douaniers de l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) lui confisquer son passeport la veille.

«Je viens d'avoir le responsable du service des douanes», a expliqué M. Bové aux journalistes, souriant et visiblement soulagé, après avoir appris la nouvelle au téléphone au terme d'une conférence de presse visant à dénoncer son expulsion. «Il m'a dit : "Dans votre affaire, il y a eu un revirement de situation."»

Celui qui a été élu à deux reprises au Parlement européen a obtenu une autorisation de séjour d'une durée d'une semaine, ce qui lui coûtera 200 $. Il a récupéré ce document ainsi que son passeport à l'aéroport international Montréal-Trudeau.

Bien que ce permis de séjour soit valide pour sept jours, M. Bové quittera le pays ce samedi depuis St. John's, à Terre-Neuve, après son passage dans la métropole.

Il n'a pas été possible de savoir ce qui a motivé la décision de l'ASFC, qui, dans un courriel laconique, s'est limitée à dire que ce n'était pas dans ses pratiques de «confirmer ou d'infirmer l'entrée d'une personne au Canada».

Venu dénoncer l'accord de libre-échange qui sera prochainement soumis au vote du Parlement européen, l'élu voulait dénoncer en conférence de presse, en compagnie du Réseau québécois sur l'intégration continentale et le Conseil des Canadiens, l'attitude «inacceptable et scandaleuse» d'Ottawa à son endroit.

Il avait alors menacé le gouvernement Trudeau d'intenter un recours en vertu des lois canadiennes contre cette décision, en plus de saisir le Parlement européen du dossier.

«Peut-être que je remercierai aussi le premier ministre [Justin Trudeau], qui semble être arrivé à comprendre que cela n'était pas une bonne idée de m'interdire d'entrer sur le territoire», a-t-il lancé à la blague, après avoir appris qu'il pourrait demeurer au Canada.

Intervention discrétionnaire

Ce permis de séjour temporaire lui a été délivré après une intervention discrétionnaire du ministre de l'Immigration John McCallum, a indiqué sa conseillère principale, Camielle Edwards, dans un courriel à l'AFP.

Elle a justifié cette volte-face en expliquant que «la nécessité» de laisser entrer José Bové au Canada «l'emporte sur les risques liés à la santé ou à la sécurité pour la société canadienne».

«C'est dans l'intérêt du Canada, a-t-elle ajouté, de permettre à un membre français du Parlement européen d'entrer librement au Canada afin qu'il puisse donner son opinion concernant une question importante pour les Canadiens, comme l'Accord économique et commercial global», nom officiel de ce traité de libre-échange.

Elle a enfin insisté sur l'importance pour les représentants et députés de parlements étrangers d'obtenir «une autorisation préalable avant de tenter d'entrer au Canada, s'ils savent qu'ils seront confrontés à des difficultés» à leur arrivée dans ce pays.

Démolition d'un McDonald's

M. Bové s'est surtout fait connaître alors qu'il était leader syndical pour avoir contribué à la démolition d'un restaurant McDonald's en construction il y a 17 ans en France pour protester contre le libre marché en agriculture. On lui aurait dit que les gestes qu'il avait alors posés, qui lui ont valu de l'emprisonnement, constituaient un crime au Canada et qu'il ne pouvait donc être admis au pays.

M. Bové s'est montré très critique vis-à-vis de l'ASFC, dévoilant un document dans lequel il est indiqué que des recherches ont été effectuées par l'entremise des sites Google et Wikipédia afin de documenter son passé militant.

Alors que le premier ministre français Manuel Valls - un partisan du traité de libre-­échange - entame une courte visite au pays, le militant altermondialiste a attribué le traitement dont il a fait l'objet à son opposition à l'accord conclu avec l'UE, qui, à son avis, ne profite qu'aux multinationales et n'est qu'une menace pour les populations concernées.

«Est-ce qu'on va laisser le premier ministre canadien entrer en Europe la semaine prochaine?» s'est demandé M. Bové quant à la visite que doit effectuer M. Trudeau à Bruxelles pour assister au vote du Parlement européen.

En agissant de la sorte, le gouvernement fédéral «refuse le débat» ont dénoncé le député européen, le Réseau québécois sur l'intégration continentale et le Conseil des Canadiens, faisant référence aux nombreux militants altermondialistes n'ayant pas été en mesure d'entrer au Canada cet été dans le cadre du Forum social mondial qui se déroulait à Montréal.

Jeudi, MM. Trudeau, Valls et le premier ministre québécois Philippe Couillard discuteront justement de l'accord de libre-échange dans le cadre d'un événement organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain dans un hôtel du centre-ville de la métropole.  Avec AFP

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