Le Nobel de la paix au Colombien Santos

Le président colombien Juan Manuel Santos en août,... (AFP, Ivan Valencia)

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Le président colombien Juan Manuel Santos en août, tenant un exemplaire de la version finale de l'accord de paix avec les FARC.

AFP, Ivan Valencia

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Pierre-Henry Deshayes
Agence France-Presse
Oslo

Le président colombien, Juan Manuel Santos, a remporté vendredi le Nobel de la paix pour avoir enterré la hache de guerre avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en signant un accord historique qui devrait maintenant être modifié pour vaincre les réticences de la population.

Le choix du comité Nobel a déjoué les pronostics des experts en semblant passer outre la volonté populaire, mais aussi en ne récompensant qu'un seul des protagonistes du processus de paix, contrairement à de nombreux prix antérieurs.

Le président Santos et le chef de la guérilla marxiste des FARC, Timoleon Jiménez, alias Timochenko, ont signé le 26 septembre un accord pour clore le conflit le plus vieux d'Amérique latine qui a fait plus de 260 000 morts en 52 ans.

Mais à la surprise générale, le peuple colombien a rejeté l'accord par référendum à une très courte majorité (50,2 %) dimanche, obligeant les deux parties à reprendre les pourparlers.

En apportant tout le poids symbolique du Nobel, le comité dit vouloir contribuer à relancer aux efforts de paix. «Il y a un vrai danger pour que le processus de paix s'interrompe et que la guerre civile reprenne», a mis en garde la présidente du comité norvégien, Kaci Kullmann Five. «Nous espérons que cela encouragera toutes les bonnes initiatives et tous les acteurs qui pourraient jouer un rôle décisif dans le processus de paix et apporter enfin la paix à la Colombie après des décennies de guerre.»

Aux Colombiens

Juan Manuel Santos a risqué tout son capital politique pour mettre fin à un demi-siècle de guerre fratricide, un rêve qu'il s'est engagé à ne jamais abandonner.

Après l'attribution du Nobel, il a dédié ce prix «à tous les Colombiens, et en particulier aux millions de victimes» du conflit armé qui déchire son pays depuis plus d'un demi-siècle.

Dimanche encore, ce chef d'État élu en 2010 puis réélu en 2014 déclarait encore qu'il continuerait «à rechercher la paix jusqu'à la dernière minute de [son] mandat parce que c'est le chemin à suivre pour laisser un pays meilleur à nos enfants».

Les FARC ont «félicité» vendredi le lauréat. «Le seul prix auquel nous aspirons est celui de la Paix avec la justice sociale pour une Colombie sans paramilitaires, sans représailles ni mensonges», a tweeté Timoleon Jiménez.

L'accord historique qu'il a obtenu est le résultat de près de quatre années de pourparlers délocalisés à Cuba avec la plus ancienne et plus importante guérilla du pays.

Le pari risqué de la paix

Le président Juan Manuel Santos a risqué tout son capital politique pour mettre fin à un demi-siècle de guerre fratricide, malgré les revers.

Vendredi, c'est son fils aîné Martin qui l'a réveillé pour lui annoncer la nouvelle du Nobel de la paix, tombée à 4h du matin en Colombie. 

Fin politique au regard malicieux et à la chevelure grisonnante, qui arbore à sa boutonnière une éternelle petite colombe blanche, Santos a immédiatement interprété ce prix comme un encouragement à «nous unir pour terminer ce processus et commencer à construire une paix stable et durable».

Mais Juan Manuel Santos, 65 ans, issu d'une famille de la haute société de Bogota, passé par Havard et la London School of Economics, n'a pas toujours été un champion de la paix.

Avant de débuter en politique en 1991, il a d'abord été journaliste. Ses chroniques sur la révolution sandiniste au Nicaragua lui valent le prix du roi d'Espagne. Ce travail «nous a profondément marqués», a-t-il dit un jour à propos de cette investigation menée avec son frère Enrique, autre acteur clé du processus de paix entamé officiellement avec les Farc en 2012, mais secrètement dès l'accession au pouvoir de M. Santos en 2010.

Faire la guerre pour la paix

Lorsqu'il a fait son entrée au palais présidentiel Casa de Nariño, ce politique qui se définit comme d'«extrême centre» avait pourtant poursuivi la guérilla, lors d'une implacable croisade menée alors qu'il était ministre de la Défense de son prédécesseur de droite Alvaro Uribe.

Le but : affaiblir les FARC pour les contraindre à négocier.

Il a ainsi fait la guerre pour parvenir à la paix, notent des analystes.

Depuis, cet homme décrit comme très rationnel et parfois critiqué pour sa froideur apparente a fait de la paix son cheval de bataille.

Le président a toujours affirmé qu'il ne cherchait pas une récompense pour son combat pour la réconciliation de la Colombie, déchirée par des décennies d'une confrontation entre guérillas d'extrême gauche, paramilitaires d'extrême droite et forces armées, qui a fait plus de 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

«Je ne cherche pas les applaudissements. Je veux faire ce qui est correct», déclarait lors d'un entretien à l'AFP.

L'attribution du Nobel vendredi lui apporte toutefois un soutien personnel de premier plan pour la suite de ses efforts et lui permet de reprendre la main en Colombie face à son opposant le plus farouche, l'ex-président Alvaro Uribe, ragaillardi par le référendum. Ce tenant du «non» l'avait qualifié de «traître» pour avoir négocié avec la guérilla.

Admirateur de Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Nelson Mandela, lecteur vorace et cinéphile, M. Santos a toujours dit que sa force venait de sa famille, fondée en 1988 avec Maria Clemencia Rodriguez, surnommée «Tutina» et mère de leurs trois enfants.

Betancourt: le Nobel aurait dû être partagé avec les FARC

L'ancienne otage des FARC en Colombie Ingrid Betancourt a estimé vendredi que le prix Nobel de la Paix décerné au président Juan Manuel Santos aurait dû être partagé avec le mouvement de guérilla.

«Les gens qui vous ont enlevée méritaient-ils aussi le Nobel de la Paix?» lui a demandé le journaliste. «Écoutez... Oui. C'est très dur pour moi de dire oui, mais je crois que oui», a répondu très émue Ingrid Betancourt, qui a été séquestrée par les FARC de 2002 à 2008.

«Je suis très très très heureuse» de l'attribution du prix à Juan Manuel Santos, a poursuivi Ingrid Betancourt. «Je crois que c'est non seulement mérité, mais c'est aussi un moment de réflexion pour la Colombie, d'espoir de paix, de joie de se dire effectivement que la paix n'a pas de retour en arrière», a-t-elle ajouté.

Juan Manuel Santos «mérite» le prix. «Il a lutté tout seul pratiquement pour obtenir ce résultat, il change l'histoire du pays, il donne à la nouvelle génération colombienne la possibilité de connaître un pays différent. C'est un immense moment pour la Colombie», a encore déclaré Ingrid Betancourt. AFP

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