Dévastation à Haïti après le passage de Matthew

Un habitant de la ville côtière des Cayes... (AFP, Hector Retamal)

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Un habitant de la ville côtière des Cayes a vu sa maison complètement détruite par un arbre qui s'est écrasé.

AFP, Hector Retamal

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Agence France-Presse

Les autorités haïtiennes ont considérablement augmenté le bilan des victimes de l'ouragan Matthew, jeudi, après avoir enfin réussi à atteindre les régions du pays coupées du reste du monde depuis le passage de la tempête.

Plus de 300 personnes ont perdu la vie en Haïti à cause de l'ouragan, selon le plus récent bilan. Les autorités s'attendent à ce que le nombre de victimes augmente encore, des maires et d'autres responsables dans les régions touchées rapportant des bilans plus élevés.

Les responsables s'inquiètent particulièrement du département de Grand'Anse, dans le sud-ouest du pays, où se trouve notamment la ville de Jérémie. La région a été particulièrement touchée par l'ouragan de catégorie 4, qui a détruit des routes et rompu les liens de communication.

«La dévastation est partout, a déclaré Pilus Enor, maire de la ville de Camp-Perrin. Toutes les maisons ont perdu leur toit. Toutes les plantations ont été détruites. [...] C'est la première fois que nous voyons quelque chose comme ça.»

La population de Jérémie, la plus grande ville du département, fait face à une crise alimentaire immédiate, a déclaré Maarten Boute, président de l'entreprise Digicel Haïti, qui a fui la ville en hélicoptère.

«Rien ne va plus»

L'ouragan Matthew a écrasé des murs en ciment, fait tomber des arbres et arraché des toits, forçant des milliers d'Haïtiens à chercher refuge en lieu sûr. Dans la ville des Cayes, en bord de mer, de nombreuses personnes cherchaient de l'eau potable tout en tentant de sauver leurs maigres biens.

«Rien ne va plus, a lancé Jardine Laguerre, une enseignante. L'eau [de l'ouragan] a pris le peu que nous possédions. Nous avons faim.»

Les autorités et les agences humanitaires commencent à peine à avoir une vue d'ensemble de la situation, qui pourrait représenter le pire désastre à avoir frappé Haïti depuis plusieurs années.

Nassau, aux Bahamas, a été frappé par l'ouragan... (AP, Tim Aylen) - image 2.0

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Nassau, aux Bahamas, a été frappé par l'ouragan jeudi.

AP, Tim Aylen

Le ministre de l'Intérieur a affirmé que de la nourriture et de l'eau étaient requises de toute urgence, soulignant que les récoltes avaient été détruites, que les puits étaient inondés par l'eau de mer et que certaines installations de traitement des eaux avaient été endommagées.

Le gouvernement haïtien estime qu'au moins 350 000 personnes ont besoin d'aide après le désastre.

Avant de frapper Haïti, l'ouragan avait fait quatre morts en République dominicaine, un en Colombie et un à Saint-Vincent-et-les-Grenadines.

On ne rapporte pas de victime jusqu'à maintenant à Cuba et aux Bahamas, qui ont été frappés par la tempête jeudi.

La mort en face

«J'ai pensé que j'allais mourir. J'ai vu la mort en face», raconte Yolette Cazenor, habitant Les Cayes, troisième ville du pays, qui a été, pendant de longues heures, balayée par les vents et les averses torrentielles de l'ouragan Matthew. «On était dans la maison et on s'est mis à courir parce que, comme vous voyez, le cocotier est tombé sur la maison et l'a complètement détruite», explique la femme de 36 ans devant son habitation coupée en deux par le tronc d'arbre.

Au-delà de toutes ces maisons détruites, se relever de la catastrophe représente un immense défi pour Les Cayes. Pas un champ de sa plaine agricole n'a résisté aux rafales qui ont soufflé pendant plus de dix heures en début de semaine.

«J'avais des champs de maïs et de piment, près de 100 manguiers et aussi une ferme où les gens pouvaient venir acheter des plantules. J'ai tout perdu», se lamente Junior Jétro Chérubin.

À l'exemple de la solidarité qui prévaut dans le quartier de Sous Roche, Junior appelle à l'entraide nationale.

«Il est l'heure de nous mettre ensemble pour commencer à reboiser le pays, à former la population pour qu'elle sache comment construire, pour qu'on puisse vivre une autre vie, sinon, à chaque désastre naturel, il y aura encore des victimes et des dégâts», affirme-t-il.

Si devant l'adversité, les Haïtiens conjuguent leur efforts, l'aide étrangère commence à parvenir aux victimes de l'ouragan.

Depuis le camion où elle est juchée avec les autres membre de la mission religieuse Arise Haïti , Rachel Courter, une Américaine, distribue des cartons de nourriture aux habitants de Sous-Roche.

«Nous donnons la même portion de riz que nous donnons aux enfants que l'on aidait déjà à travers notre programme», explique-t-elle. «C'est impossible d'aider toutes les victimes, nous donnons seulement ce que l'on avait déjà.»

Mais cette générosité étrangère n'est pas du goût de tous dans la ville.

«Je n'ai jamais cru en l'aide étrangère: s'il vous plaît, ne venez pas encore nous promettre des milliards si après nous n'allons rien recevoir», peste Gédéon Dorfeuille. «Surtout, on n'a pas besoin de l'armée comme après le 12 janvier 2010», le jour du séisme qui a tué plus de 200 000 personnes, lance t-il.

Jusqu'à la fin de la journée, marteau en main, Gédéon Dorfeuille explique qu'il va continuer à aider ses voisins à replacer les tôles sur les toits. «C'est à nous de commencer le travail, la première aide, c'est nous.» AFP

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