Climat: les insectes envahissants affectent durement l'économie mondiale

En Inde, une femme se repose dans un... (AP, Manish Swarup)

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En Inde, une femme se repose dans un lit protégé par un filet antimoustique contre la dengue et le chikungunya. La dengue est la maladie la plus coûteuse mondialement.

AP, Manish Swarup

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Agence France-Presse
Paris

Les insectes envahissants, en pleine expansion sous l'effet des échanges mondiaux et du réchauffement planétaire, font chaque année au moins 69 milliards d'euros (102 milliards $CAN) de dégâts dans le monde, un chiffre largement sous-estimé, selon une étude parue mardi.

Dommages aux biens et services, coûts en matière de santé, pertes agricoles... les impacts des insectes envahissants (proliférant hors de leur milieu naturel) sont nombreux. Et le résultat chiffré de cette évaluation est a minima, soulignent les auteurs de cette synthèse inédite publiée dans Nature Communications.

Sur 102 milliards $CAN de dommages, le termite de Formose (Coptotermes formosanus) apparaît comme l'un des plus destructeurs, relève cette équipe pluridisciplinaire impliquant notamment le CNRS, l'Université Paris-Sud et l'Institut de recherche pour le développement (IRD).

Une fois établi, ce termite n'a d'ailleurs jamais pu être éradiqué, et son potentiel établissement en Europe est à craindre avec le changement climatique.

Également en haut du classement, la teigne des choux (Plutella xylostella) coûte 6 milliards $CAN par an, et le longicorne brun de l'épinette (Tetropium fuscum) 5,9 milliards $CAN, rien qu'au Canada.

Santé

Sur la santé, le coût attribuable aux insectes envahissants dépasse 9 milliards $CAN annuels (non inclus le paludisme - dont l'essentiel est lié à un moustique présent naturellement - ou le virus Zika). La dengue est la maladie la plus coûteuse (84 % des dépenses, rien que pour les zones où ces moustiques sont envahissants). Le virus du Nil occidental en représente 15 %.

Cette somme de 102 milliards $CAN est a été obtenue grâce à quelque 700 articles et rapports, mais de ce fait elle tient peu compte d'espèces et de régions sous-étudiées.

Le calcul n'intègre pas non plus le coût des perturbations générées aux «services» de la nature (par exemple la pollinisation des cultures).

Ainsi «l'extrapolation minimale que l'on peut faire (du coût de ces insectes) serait plutôt de 270 milliards de dollars», indique à l'AFP l'écologue Franck Courchamp, auteur principal et directeur de recherche au CNRS.

Or la situation devrait encore se dégrader avec le réchauffement planétaire : les aires favorables à leur expansion devraient croître de 18 % d'ici 2050, si rien n'était fait pour freiner le dérèglement climatique, pointe l'étude.

Depuis des milliers d'années, les insectes ont propagé des maladies et généré des dommages aux écosystèmes : ils forment «probablement le groupe le plus «coûteux» du règne vivant, rappellent les auteurs.

Aujourd'hui, environ 10 % des insectes introduits dans une nouvelle région s'y implantent, et 10 % d'entre eux finissent par y proliférer.

«Biosécurité»

Pour M. Courchamp, outre l'information du public et la lutte climatique, la solution réside dans la «biosécurité», des mesures en amont pour limiter ces invasions : surveillance des cargaisons sensibles en provenance de certaines régions, législations limitant certains exports non contrôlés (par exemple pulvériser d'insecticide certaines cargaisons à risque avant export) etc.

Ce genre de protocoles est en place et très efficace dans certains pays comme les États-Unis ou l'Australie, ajoute le chercheur.

Un climatologue plaide pour agir vite pour les prochaines générations

Les mécanismes actuels pour limiter et réduire les émissions de gaz à effet de serre sont insuffisants pour éviter les pires effets du réchauffement climatique risquant de mettre en péril le bien-être des futures générations, a mis en garde mardi l'ancien chef climatologue de la NASA, James Hansen.

«La science est absolument claire... nous devons réduire les émissions carboniques au cours des toutes prochaines décennies», a-t-il dit lors d'une téléconférence de presse pour présenter sa dernière recherche : «Le fardeau des jeunes : la nécessité de réduire les émissions de CO2».

Selon l'éminent climatologue, qui dirige le programme de recherche climatique à l'université Columbia à New York, les mesures prises jusqu'à présent par le gouvernement américain sont «très inadéquates».

Sans changement, les futures générations n'auront pas d'autres choix, le siècle prochain, que de pomper le CO2 de l'atmosphère à des coûts exorbitants.

Il s'agit de technologies largement expérimentales consistant à capturer et à stocker le CO2 dans le sol, dont l'estimation des coûts varie actuellement de 104 à 570 000 milliards de dollars.

Action en justice

Face à ce scénario sombre, James Hansen, agissant comme protecteur des intérêts des futures générations, a engagé une action en justice en 2015 contre le gouvernement fédéral avec 21 jeunes Américains de 8 à 19 ans, dont sa petite fille âgée de 18 ans.

Les plaignants accusent les dirigeants tant du pouvoir législatif que de l'exécutif de ne pas agir suffisamment pour lutter contre le réchauffement, échouant de ce fait à protéger le patrimoine des ressources publiques comme la propreté de l'air et de l'eau.

Ce manque d'action prive les générations futures de leurs droits constitutionnels à la vie, à la liberté et à la propriété.

«C'est injuste, aujourd'hui les adultes profitent des énergies fossiles et laissent les déchets à nettoyer aux plus jeunes», déclare la petite fille de James Hansen, Sophie Kivlehan, dans un message vidéo publié avec la recherche qui paraît dans «Earth Systems Dynamics Discussion» et à lequel ont participé onze autres climatologues.

Le 8 avril dernier, un juge fédéral d'une cour dans l'État d'Oregon leur a donné raison en rejetant la demande du gouvernement fédéral et de l'industrie des énergies fossiles de débouter leur action.

L'affaire est désormais entre les mains d'un autre juge de l'Oregon qui doit rendre sa décision d'ici la mi-novembre après quoi il y aura un procès ou une procédure d'appel.

Taxer le carbone 

«Cette recherche vise à montrer clairement où nous en sommes sur le climat et vers quoi nous nous acheminons», a dit James Hansen, jugeant «essentiel» que le système judiciaire soit impliqué, car selon lui, «les juges sont moins influencés par les lobbies du pétrole et du charbon».

«Il ne nous reste plus beaucoup de temps pour agir...», a encore insisté le scientifique.

La température moyenne du globe se situe désormais 1,3 degré Celsius au-dessus du niveau des années 1880-1920. Au cours des 45 dernières années, le thermomètre a grimpé de 0,18 degré par décennie.

À ce rythme, on atteindra une hausse de 1,5 degré par rapport à l'ère préindustrielle vers 2040 et de deux degrés à la fin des années 2060.

Dans l'accord de la COP21 conclu à Paris en décembre 2015 et qui doit entrer en vigueur en novembre, les pays se sont accordés à agir pour maintenir la progression des températures sous les deux degrés pour éviter les pires effets du réchauffement.

«Malgré la reconnaissance quasi universelle des risques posés par le changement climatique les émissions de CO2 continuent à un niveau élevé -surtout dans les économies émergentes- ce qui rend de plus en plus improbable de tenir cet objectif», souligne la recherche.

Les concentrations carboniques dans l'atmosphère dépassent désormais le seuil historique des 400 ppm contre 280 ppm à l'ère préindustrielle. La température moyenne atteint des sommets sans précédent depuis plus de 115 000 ans quand les niveaux des océans étaient de six à neuf mètres plus élevés qu'aujourd'hui, précise l'étude.

La conséquence de ce réchauffement, c'est la fonte accélérée des glaces arctiques et la montée des océans qui menace les grandes agglomérations du littoral.

Mais il est encore «techniquement possible» d'éviter le pire et de stabiliser le climat d'ici la fin du siècle en réduisant rapidement les émissions de C02, estime James Hansen.

Pour ce faire, il faut progressivement augmenter le coût du carbone et supprimer les subventions au charbon, aux hydrocarbures et au gaz naturel pour doper le développement des énergies propres, insiste-t-il.

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