Far West à Rio: les candidats aux municipales dans la mire des milices

De nombreuses personnes ont assisté jeudi aux funérailles... (AFP, Yasuyoshi Chiba)

Agrandir

De nombreuses personnes ont assisté jeudi aux funérailles de Falcon, président d'une prestigieuse école de samba et candidat aux élections municipales de dimanche au Brésil, abattu cette semaine.

AFP, Yasuyoshi Chiba

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Claire DE OLIVEIRA NETO
Agence France-Presse
Rio

L'exécution par balles du président d'une prestigieuse école de samba et candidat aux élections municipales de dimanche au Brésil, a fait éclater au grand jour le rôle des milices paramilitaires dans ce scrutin.

Marcos Vieira de Souza, alias Falcon, un policier militaire de 52 ans qui était candidat à un poste de conseiller municipal pour le Parti Progressiste (PP, droite), a été abattu lundi par deux hommes encagoulés d'une rafale d'arme automatique à Madureira, au nord de Rio.

Ce quartier populaire est le berceau de l'école de samba Portela, dont Falcon était le président.

Soupçonné d'appartenir à la milice de Madureira, il avait été arrêté en 2011, mais finalement innocenté par la justice.

«On assiste à une série de meurtres dans la banlieue nord de Rio et tout indique qu'il y a un lien entre les conflits d'intérêts politiques et les milices», déclare à l'AFP Michel Misse, expert en violence à l'Université fédérale de Rio (UFRJ).

Au cours des 10 derniers mois, 15 candidats ou personnes liées à la campagne des municipales du 2 octobre ont été tuées à Rio, la plupart dans la Baixada Fluminense, banlieue nord et violente.

Mercredi encore, José Gomes da Rocha, 58 ans,candidat de droite à la mairie de Itumbiara dans l'État de Goias, a été tué par balles alors qu'il était en campagne. Le vice-gouverneur de l'État a également été blessé. Dans le Minas Gerais, la voiture de Gilberto Gomes da Silva, 37 ans, candidat communiste à la mairie de Minas Novas, a été la cible de tirs, mais il n'a pas été blessé.

Face à cette violence, la sécurité sera renforcée dimanche par l'armée et la police d'élite dans 266 des plus de 5000 municipalités du pays dans 11 des 27 États.

«La situation est très complexe. Nous en savons très peu sur ces relations souterraines. Au Brésil, nous n'avons pas de politique sérieuse d'investigation dans la sécurité publique», juge Alba Zaluar, de l'université de l'État de Rio.

Cette anthropologue explique que le niveau d'insécurité est tel dans certains quartiers pauvres, comme la Baixada Fluminense, que les habitants finissent par rechercher un type de protection comme les milices ou les tueurs à gages, «qui ont toujours existé à Rio et au Brésil».

Protection en échange de taxes

Aujourd'hui, les miliciens (des policiers et ex-policiers) expulsent les trafiquants de drogue et, en échange de leur protection, font payer une taxe aux habitants.

«C'est un commerce très lucratif, comme le trafic de drogue et ils entrent dans la politique, car ils ont besoin du pouvoir constitutionnel pour se protéger et pour étendre leur territoire», souligne Mme Zaluar.

Mercredi, le quotidien O Globo consacrait une page entière au rôle des milices : ces groupes exigent jusqu'à 120000 réais (45000$ environ) aux candidats pour autoriser leurs affiches dans certains quartiers.

Le commissaire Giniton Lages de la Baixada Fluminense, qui mène l'enquête sur 13 des 15 meurtres, explique: «La milice soutient désormais le pouvoir, est imbriquée dans le pouvoir public, et diversifie son business.Pour cela, les miliciens ont besoin de s'imposer en tuant.»

Contrôler les trafics 

En soutenant des candidats, la milice qui, dans les quartiers pauvres délaissés des pouvoirs publics a mis en place différents services aux habitants, tente d'influencer les politiques publiques dans le but de consolider ses affaires.

«Avec des contacts dans les mairies, il est facile de bloquer les opérations de police contre les transports alternatifs, la sécurité privée, la vente de bombonnes de gaz et même le wi-fi» pirate, aux mains de miliciens, témoigne un dirigeant de parti sous couvert de l'anonymat.

Le candidat à la mairie de Seropédica (zone ouest) Miguel Angelo de Souza, a fait part de ses craintes d'être assassiné après avoir été menacé par un membre d'une milice locale.

Dans un éditorial intitulé «Narco États, présent ou futur?» le journaliste de Globo Chico Regueira prévient que «nos institutions ne voient pas, ou ne veulent pas voir, la professionnalisation du crime organisé et l'exportation du modèle de Rio et Sao Paulo aux autres États brésiliens.»

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer