Sauver le Mali, c'est sauver l'Afrique de l'Ouest

Ousmane Oumarou Sidibé, membre de la Commission malienne... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Ousmane Oumarou Sidibé, membre de la Commission malienne vérité, justice et réconciliation, participe en fin de semaine à un colloque organisé par Avocats sans frontières, à l'Université Laval.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Depuis janvier 2012, le Mali est durement frappé par une crise politique et des conflits entre diverses communautés qui ont entraîné une recrudescence de violations des droits de la personne. L'ombre de groupes djihadistes liés à Al-Qaida plane toujours dans le nord du pays. Des zones échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères, malgré la signature au printemps 2015 d'un accord de paix qui accumule les retards.

C'est dans ce contexte que la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR) a été mise sur pied afin de guérir les plaies et apporter une solution de paix durable dans cette ancienne colonie française, indépendante depuis 1960. Le Soleil a rencontré cette semaine son président, Ousmane Oumarou Sidibé, de passage dans la capitale à l'occasion du colloque Transition et réconciliation, organisé par Avocats sans frontières Canada.

Q Monsieur Sidibé, vous êtes président de la Commission vérité, justice et réconciliation dans votre pays. Parlez-nous des défis que comporte votre travail?

R Notre objectif ultime, c'est la reconstruction du tissu social malien, de la notion du vivre-ensemble. Réussir la stabilité du Mali passe par la Commission VJR. Nous avons à nous pencher sur un passé douloureux et enquêter sur des violations des droits de l'homme. Le Mali a vécu de grandes souffrances, notamment les femmes maliennes, victimes de viols et de mariages forcés. La reconstruction des victimes ne viendra qu'au bout de ce douloureux travail.

Q Concrètement, sur le terrain, comme se déroule le travail de la Commission?

R La Commission est basée à Bamako (la capitale du pays), mais nous avons des antennes régionales où se trouvent des preneurs de dépositions. Pour la première fois, nous avons rencontré les victimes dans les différentes communautés. Ç'a été des moments très difficiles pour nous. Les victimes attendent beaucoup de notre commission pour retrouver leur dignité et tourner la page.

Q Qu'attendez-vous du gouvernement canadien?

R Nous attendons beaucoup du Canada parce que c'est un partenaire important qui bénéficie d'une image extrêmement positive au Mali et dans toute l'Afrique. Le Mali est un pays qui bénéficie depuis longtemps de l'aide canadienne et nous souhaitons un renforcement de cet appui. Soutenir le processus de développement du Mali, c'est soutenir le processus de paix. Éradiquer la pauvreté, c'est faire reculer les risques de résurgence du djihadisme et du terrorisme, car le terrorisme se nourrit de la pauvreté, de la misère, de l'ignorance, de l'analphabétisme. Dans le nord du pays, les enfants ne peuvent plus aller à l'école depuis quatre ou cinq ans. Ce sont des cibles potentielles pour les djihadistes.

Q En quoi la situation politique au Mali est-elle si importante pour la communauté internationale?

R Le Mali est au coeur de l'Afrique de l'Ouest. Il possède sept frontières avec d'autres pays, dont une de 2000 kilomètres avec l'Algérie. Laisser le Mali se déstabiliser, c'est laisser se déstabiliser l'Afrique de l'Ouest. Si les djihadistes étaient parvenus à contrôler Bamako, ils auraient menacé toute cette partie du monde, et aussi les intérêts de pays occidentaux, incluant le Canada, qui y possèdent des compagnies d'exploitation aurifère.

Q Êtes-vous optimiste pour la suite des choses?

R Il reste beaucoup de travail à faire, il y a des risques aussi. Les djihadistes ne tiennent plus de villes dans le nord du pays, ils font seulement des attaques asymétriques. Si les uns et les autres se donnent la main, appuyés par la communauté internationale, je crois qu'on peut faire reculer le terrorisme, en s'attaquant à ses causes. Les Maliens possèdent une capacité de résilience inouïe. Toutes les communautés du Mali veulent la paix et nous avons une fenêtre d'opportunité qu'il faut saisir.

Un partage d'expertise

Le colloque d'Avocats sans frontières Canada, qui se déroule vendredi et samedi à l'Université Laval, représente cette année une occasion privilégiée pour les intervenants d'ici et d'ailleurs de partager leur expertise en matière de justice transitionnelle, estime le directeur général de l'organisme, Pascal Paradis. «Le modèle que tout le monde a en tête, c'est l'Afrique du Sud, avec une commission postapartheid qui représentait une forme de justice transitionnelle, explique-t-il, mais il y a eu aussi d'autres expériences dans le monde, que ce soit au Guatemala, au Honduras ou en Colombie, qui peuvent être des sources d'inspiration pour le Mali.» La présence au colloque de Michèle Audette, commissaire de la Commission d'enquête sur les femmes autochtones assassinées et disparues, rappelle que le Canada doit composer avec ses propres démons. «Nous aussi, on a nos problèmes, mentionne M. Paradis. On a parlé d'un génocide culturel contre les peuples autochtones. Le but est de partager nos expériences sur ces problèmes très graves et comprendre qu'il existe des solutions et de l'espoir.»

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