Le blues du missilier américain au coeur du Dakota du Nord

La base de missiles intercontinentaux de Minot, dans... (AFP, Thomas Watkins)

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La base de missiles intercontinentaux de Minot, dans le Dakota du Nord, a été conçue dans les années 60. L'environnement de travail des missiliers n'a pas beaucoup changé depuis et donne l'impression au visiteur de faire un voyage dans le temps.

AFP, Thomas Watkins

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Thomas Watkins
Agence France-Presse
Minot, Dakota du Nord

Enfermés de longues heures dans un poste de commandement souterrain, se tenant prêt à déclencher une hypothétique apocalypse nucléaire : les militaires américains responsables de lancer les missiles intercontinentaux ont une mission bien ingrate.

Le ministre américain de la Défense Ashton Carter est venu lundi sur la base de missiles intercontinentaux de Minot, dans le Dakota du Nord, prendre le pouls de ces spécialistes de l'US Air Force, secoués ces dernières années par une série de scandales.

Pour ces aviateurs d'un genre particulier, le ciel est loin, le plafond est en béton et le temps s'écoule lentement, au fil de permanences de 24 heures qu'il faut assurer dans des salles de contrôle souterraines, par équipe de deux.

Ces militaires espèrent ne jamais avoir à accomplir la mission pour laquelle ils s'entraînent quotidiennement : lancer l'un des 400 missiles nucléaires intercontinentaux américains.

Voyage dans le temps

Conçu dans les années 60, leur environnement de travail n'a pas beaucoup changé depuis et donne l'impression au visiteur de faire un voyage dans le temps, entre vieilles machines analogiques et esthétique surannée.

Pour tenir le coup pendant la longue vacation, des frites, des hamburgers et autres spécialités peu diététiques. Pas de douches, pas d'endroit pour faire de l'exercice.

Et parfois, dans ces grandes plaines américaines que le blizzard peut recouvrir en quelques heures d'une épaisse couche de neige, la perspective d'une permanence qui peut se prolonger de 24 heures, voire 48 heures...

Il n'est donc guère étonnant que le moral des troupes ait eu tendance à flancher ces dernières années, après la fin de la Guerre froide dont les missiles intercontinentaux étaient un symbole.

Après une série de scandales - triche aux examens internes, consommation de drogue chez les militaires, mémorable cuite en Russie d'un officier supérieur -, l'US Air Force a pris des mesures pour redresser la barre et tenter de redonner un peu de prestige à ces militaires de l'ombre.

À Minot, des salles de sport sont désormais accessibles 24 heures sur 24, pour tenir compte des rythmes de vie spéciaux des missiliers.

«On se sent tout petit»

Les conditions financières ont été améliorées, comme les facilités de garde d'enfants. Les perspectives de carrière ont aussi été rendues plus attractives et le rythme des tests théoriques allégé.

Interrogée lundi, en marge d'une visite du ministre Ashton Carter, la jeune lieutenante Erin Powell a expliqué que le métier de missilier n'était pas son premier choix.

«Quand j'ai eu ma première affectation, des gens m'ont tapé sur l'épaule en me disant qu'ils étaient désolés pour moi», raconte-t-elle.

Mais elle affirme avoir fini par apprécier sa mission.

«On se sent tout petit», a-t-elle dit en racontant sa première permanence de 24 heures, lorsqu'elle a réalisé l'énormité de ce qu'elle aurait éventuellement à faire.

«Je sais que vous avez l'impression que la plupart des gens ne pensent jamais à votre mission. Je sais que cela peut être frustrant, même si c'est peut-être une bonne chose aussi, car cela veut dire que vous faites bien votre job», a déclaré de son côté le chef du Pentagone.

Le lieutenant-colonel Jared Nelson, qui lui aussi reconnaît être devenu missilier plus par contrainte que par choix, affirme avoir finalement trouvé son équilibre.

«Je travaille dans un environnement sain», a-t-il estimé. «Je n'ai pas choisi cette carrière, mais j'ai une meilleure vie de famille que mes collègues (aviateurs) qui ont eu ce qu'ils voulaient», explique-t-il.

Le métier a en tout cas de l'avenir : malgré les espoirs des avocats du désarmement nucléaire, les États-Unis sont bien décidés à conserver leurs missiles intercontinentaux dans les années à venir, et ont commencé à préparer le missile de la prochaine génération.

«Nous commençons maintenant à corriger des décennies de sous-investissement dans la dissuasion nucléaire», a déclaré Ashton Carter sur la base de Minot.

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