La Colombie et les FARC signent un accord de paix historique

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Le président Juan Manuel Santos et Rodrigo Londoño, leader des FARC, ont signé l'accord de 297 pages devant une foule de 2500 dignitaires étrangers et invités spéciaux, tout de blanc vêtus.

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La Presse Canadienne
Carthagène

La Colombie a vécu lundi un jour à marquer d'une colombe blanche dans les livres d'histoire, en signant avec la guérilla des FARC un accord de paix qui met fin à un conflit armé sanglant de plus d'un demi-siècle.

L'accord a été signé par d'anciens faucons qui ont fait de la paix leur fer de lance : le président Juan Manuel Santos et le commandant en chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Rodrigo Londoño, plus connu sous ses noms de guerre «Timoleon Jimenez» et «Timochenko».

Tous deux sont apparus vêtus de blanc, comme les 2500 invités, dont 250 victimes du conflit, qui ont pu accéder à l'enceinte tendue de blanc et hautement sécurisée où se tenait cette émouvante cérémonie, à Carthagène des Indes.

Convié à parler en premier, Timochenko a salué «une nouvelle ère de réconciliation et de construction de la paix» et a pour la première fois demandé «pardon» à «toutes les victimes du conflit».

Carthagène a ensuite été survolée par une escadrille d'avions, le chef des FARC plaisantant sur le fait qu'ils viennent «saluer la paix et pas avec des bombes», ce que M. Santos, souriant, a confirmé, avant de parler à son tour.

«Plus de guerre!»

«Plus de guerre! Plus de guerre!» a lancé le chef de l'État, repris en choeur par l'assistance. «Plus de morts [...] pour une guerre absurde», a-t-il affirmé, saluant la décision des FARC de «changer les balles pour les votes» par cet accord qui leur permet de se convertir en parti politique. «Bienvenue dans la démocratie!» leur a-t-il souhaité, réaffirmant préférer «un accord imparfait, qui sauve des vies, à une guerre parfaite».

M. Santos a signé le document de 297 pages avec un baligrafo, stylo fabriqué avec une balle du conflit. Et il a offert à Timochenko une broche représentant une colombe blanche, avec dans son bec un rameau d'olivier et un ruban aux couleurs jaune, bleu, rouge du drapeau colombien. Symbole dont était parée Carthagène.

Quinze chefs d'État latino-américains ont assisté à cette cérémonie inédite, à commencer par le Cubain Raul Castro, dont le pays a accueilli les négociations ayant abouti le 24 août à cet accord avec les FARC, sous les auspices aussi de la Norvège, du Venezuela et du Chili.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, était également à Carthagène, ainsi que le secrétaire d'État américain John Kerry. 

Parmi les 27 ministres des Affaires étrangères présents, celui du Canada, Stéphane Dion, a commenté : «Il a fallu tout ce temps pour qu'on s'assoie et qu'on se dise : "Maintenant, on en a assez de s'entretuer et on va établir la paix".»

Et ce dénouement est «extraordinaire», car «c'est peut-être la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'un hémisphère entier [...] n'a plus de conflit violent important», a-t-il tenu à faire remarquer lors d'un entretien avec La Presse canadienne.

Le Canada contribuera au processus en injectant 20 millions $ afin d'appuyer la réforme des services de police de la Colombie, le déminage et la protection des droits de la personne, notamment.

«La fin d'un cauchemar»

De son côté, l'Union européenne a suspendu les FARC de sa liste des organisations terroristes après la signature officielle de l'accord de paix.

L'ex-otage des FARC Ingrid Betancourt a pour sa part exprimé son «très grand soulagement» et salué «la fin d'un cauchemar». «Heureusement, c'est fini!» a-t-elle déclaré par téléphone à l'AFP.

Tôt lundi, M. Santos avait rendu hommage aux forces de l'ordre «pour avoir atteint ce point d'inflexion [...] qui consiste à signer la fin du conflit avec les FARC». Puis il a participé à «une prière pour la réconciliation de tous les Colombiens», menée par le cardinal Pietro Parolin, n° 2 du Vatican, et reprise dans «tous les lieux de culte» du pays.

Les FARC, issues en 1964 d'une insurrection paysanne et qui comptent encore quelque 7000 combattants armés, avaient ratifié l'accord vendredi pendant leur conférence nationale.

Le complexe conflit colombien a fait plus de 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,9 millions de déplacés, en impliquant plusieurs guérillas d'extrême gauche, des paramilitaires d'extrême droite et l'armée.

La paix ne sera pas complète tant que l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste), encore active avec 1500 combattants, n'aura pas aussi dit adieu aux armes.

L'ELN et le gouvernement se sont engagés en mars à entamer des pourparlers, mais sans fixer de date. La guérilla a toutefois annoncé une trêve unilatérale du 30 septembre au 5 octobre «pour faciliter la participation des gens» au référendum du 2 octobre, dont dépend l'entrée en vigueur de l'accord.

Ce qui a été négocié avec les FARC est très critiqué par l'opposition, menée par l'ex-président Alaro Uribe, qui a participé lundi dans la cité caribéenne à une chaîne humaine contre la signature.

Depuis le milieu des années 60, les Forces... (AFP, Luis Acosta) - image 2.0

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Depuis le milieu des années 60, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) formaient la principale guérilla communiste en Colombie.

AFP, Luis Acosta

La cérémonie de signature de l'entente entre Bogota et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), groupe rebelle qui a accepté de déposer les armes, aura lieu en après-midi.

Le ministre Dion y assiste au nom du gouvernement canadien et du premier ministre Justin Trudeau.

Les cinq périodes clés de la guérilla des FARC en Colombie

La guérilla des FARC, l'un des acteurs du conflit qui déchire la Colombie depuis plus d'un demi-siècle, est issue d'une insurrection paysanne en 1964 et compte encore 7000 hommes armés.

Voici les cinq périodes clés des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes), appelées à se reconvertir en mouvement politique légal :

1964: la fondation

Le 27 mai 1964 est considéré comme la date de naissance des FARC, car c'est le jour du premier combat d'un groupe de paysans, emmenés par Pedro Antonio Marin, plus connu sous ses noms de guerre Manuel Marulanda Vélez ou «Tirofijo», à la suite d'une offensive de l'armée contre Marquetalia, localité du centre de la Colombie considérée par le gouvernement conservateur du président Guillermo Leon Valencia comme une «république indépendante» d'influence communiste.

1984, 1991, 1999: trois processus de paix, trois échecs

La première tentative de dialogue de paix entre le gouvernement et les FARC a débuté le 28 mars 1984 sous la présidence de Belisario Betancur, à la faveur d'une trêve bilatérale. Ces négociations avorteront en 1987, comme les suivantes entamées en 1991 sous César Gaviria et en 1999 sous Andrés Pastrana. Ce dernier processus, qui a duré jusqu'en 2002, est connu sous le nom de Dialogues du Caguan, du nom de la zone démilitarisée de 42 000 km2 dans le sud du pays où les guérilleros s'étaient rassemblés durant les pourparlers.

Années 90: l'escalade rebelle

Ancien otage de nationalité franco-colombienne, Mme Betancourt avait été... (Archives AFP) - image 5.0

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Ancien otage de nationalité franco-colombienne, Mme Betancourt avait été libérée le 2 juillet 2008 avec d'autres personnes séquestrées par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Archives AFP

Les années 90 ont été marquées par une stratégie des FARC incluant les enlèvements de civils contre rançon et des attaques contre des villages, des bases militaires, des postes de police. Ainsi la prise de la localité amazonienne de Mitu en 1998, qui s'est soldée par 37 morts et 61 policiers enlevés, et le massacre de Bojaya en 2002, avec 79 morts.

Mais c'est sans doute la prise en otage de l'ex-candidate présidentielle Ingrid Betancourt en 2002 qui a eu le plus de retentissement à l'étranger. La captivité de cette Franco-Colombienne, libérée par l'armée en 2008, est devenue un symbole du drame des Colombiens enlevés et détenus par les rebelles, certains pendant dix ans.

Années 2000: le Plan Colombie et l'offensive de l'État

Les États-Unis et le gouvernement d'Andrés Pastrana lancent en 2000 le Plan Colombie de lutte contre le trafic de drogue, qui sera élargi ensuite à la guérilla. Débute alors une décennie de féroce offensive contre les FARC, dirigée par le président Alvaro Uribe (2002-2010), qui a juré de vaincre militairement les rebelles. En 2008, après la mort apparemment naturelle de «Tirofijo», l'armée abat Luis Edgar Devia, alias Raul Reyes, responsable international des FARC, lors d'une opération en Équateur, près de la frontière. La décapitation de la guérilla se poursuit sous la présidence de Juan Manuel Santos : en 2010 le chef militaire Jorge Briceño, surnommé «Mono Jojoy», est tué dans un bombardement, puis en 2011 tombe Guillermo Saenz, alias Alfonso Cano, le successeur de «Tirofijo».

2012-2016: vers la fin de la confrontation et la paix

Le 18 octobre 2012, à l'initiative de M. Santos et du nouveau leader des FARC, Rodrigo Londoño, alias Timoleon Jiménez ou «Timochenko», est lancé à Oslo un nouveau processus de paix, qui débute formellement en novembre à La Havane, avec la Norvège et Cuba comme pays garants, le Chili et le Venezuela comme accompagnants. Près de quatre ans plus tard, le 24 août 2016, FARC et gouvernement concluent des accords de paix, qui ont été signés lundi par les deux leaders lors d'une cérémonie à Carthagène des Indes, sur la côte caraïbe (nord). Ils seront ensuite soumis à l'approbation des Colombiens lors d'un référendum le 2 octobre.

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