Jeremy Corbyn, l'improbable leader qui divise le Labour

Surnommé le Fidel Castro de Londres, Jeremy Corbyn... (AP, Stefan Rousseau)

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Surnommé le Fidel Castro de Londres, Jeremy Corbyn est antiguerre, antinucléaire et antiaustérité.

AP, Stefan Rousseau

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Jacques KLOPP
Agence France-Presse
LIVERPOOL

Dinosaure gauchiste pour les uns, messie révolutionnaire pour les autres, Jeremy Corbyn est un leader aussi improbable que clivant, dont la ténacité a été récompensée samedi par un nouveau mandat aux commandes du Parti travailliste.

Visé par un putsch de ses députés après le vote pour le Brexit fin juin, Jeremy Corbyn est non seulement toujours aux commandes de l'opposition, mais il sort renforcé après un été meurtrier pour la politique britannique et potentiellement fatal pour le Labour, vieux de 116 ans.

Un an après son élection à la tête du Parti travailliste, le microcosme politique s'interroge encore sur comment on a pu en arriver là: le vétéran radical de 67 ans était l'incarnation même de l'outsider. Un rebelle solitaire qui a voté 533 fois contre la ligne de son parti au Parlement depuis 1997.

D'ailleurs, il n'était même pas censé figurer sur les bulletins soumis au vote des militants, repêché seulement par la grâce de quelques députés estimant, par acquit de conscience, que la gauche de la gauche devait participer à la compétition.

Mais ce qui ne devait être qu'une simple candidature de témoignage s'est transformé en incroyable plébiscite: le 12 septembre 2015, sous les yeux d'un sérail catastrophé, Jeremy Corbyn est élu à 60% des voix.

Un an, un Brexit et un putsch de 80% des députés travaillistes plus tard, le pacifiste barbu a été réélu avec 61,8% des voix lors du congrès du Labour à Liverpool. Pour une grande partie de l'appareil du parti, c'est la promesse d'un «désastre électoral» en 2020.

Mais son triomphe solde définitivement l'héritage de Tony Blair, l'ancien premier ministre dont le virage centriste et la décision d'intervenir en Irak en 2003 avaient détourné des milliers d'adhérents du parti.

Sous un tonnerre d'applaudissements, le vétéran radical a immédiatement appelé le parti à serrer les rangs et lancé à ses opposants devant le congrès du parti réuni à Liverpool: «Travaillons ensemble pour un vrai changement».

Le Fidel Castro de Londres

D'autant que Jeremy Corbyn n'a rien renié de ses principes: antiguerre, antinucléaire, antiaustérité, ses priorités restent plus d'impôts pour les riches, plus de dépenses publiques et la nationalisation du rail.

Rien d'étonnant finalement, puisque même ses adversaires politiques décrivent un homme fidèle à ses convictions.

«Il est totalement sincère, même si ses idées remontent au jurassique», déclare à l'AFP Alex Burghart, le candidat conservateur battu en mai 2015 par Jeremy Corbyn dans la circonscription d'Islington North, un quartier du nord de Londres.

«La plupart [des anciens gauchistes] ont modéré leurs positions, jeté leur veste en velours côtelé, rasé leur barbe et résilié leur affiliation à la campagne anti-nucléaire. Mais lui n'a pas bougé d'un iota. C'est le Fidel Castro du Londres N1», le code postal d'Islington, appuie le journaliste du Telegraph, Robert Hardman.

Député d'Islington depuis 1983, le «camarade Corbyn» s'y est installé dès son retour de Jamaïque où il avait passé deux ans à travailler pour une ONG après le bac. A l'époque, le quartier, qui s'est depuis boboïsé, était au coeur de la contestation gauchiste. L'endroit rêvé pour ce fils d'un ingénieur et d'une enseignante, tombés amoureux lors d'une manifestation contre la guerre civile en Espagne.

«Jez we can

Il y vit toujours dans une maison aux allures modestes, avec sa troisième épouse, une Mexicaine de 20 ans plus jeune que lui. Il roule à vélo, cultive son potager bio, s'occupe d'El Gato, son chat, et promène son look de prof à la retraite.

Ce profil anti-establishment et exempt de scandales a largement contribué à son succès et permis, selon lui, à des milliers d'électeurs désabusés de se reconnecter avec la politique.

Plus de 300000 nouveaux membres ont rejoint le Labour depuis l'été 2015 au cri de «Jez we can!» (Jez étant le diminutif de Jeremy). Dans les meetings, Jeremy Corbyn est aujourd'hui accueilli comme une rock-star, un comble pour cet homme austère qui fuit le bling-bling et les médias.

«Corbyn incarne une nouvelle forme de politique qui prend en considération les pauvres et les opprimés», dit à l'AFP Philip John Rosser, un militant de 61 ans.

La plupart des cadres du parti continuent, eux, à penser qu'il n'a pas l'étoffe d'un leader et encore moins d'un premier ministre. Il est «suffisant et complètement incompétent», estime le député Alan Johnson.

Les vainqueurs... les conservateurs!

Beaucoup ont été séduits par le projet de «révolution démocratique» et ses idées très à gauche, alimentant les accusations d'infiltrations du parti par des militants trotskistes et écologistes.

«Partout en Europe, on a vu émerger des partis construits sur une base activiste comme Podemos en Espagne», souligne Patrick Dunleavy, professeur à la London School of Economics. «Avec Jeremy Corbyn, le Labour se rapproche de cette tendance.»

Les modérés, sondages à l'appui, estiment que cette stratégie condamne le parti à plusieurs années, voire des décennies, dans l'opposition.

Pour les analystes, les prochaines législatives prévues en 2020 sont déjà promises aux conservateurs au pouvoir, considérés comme les vrais vainqueurs de la fin de semaine.

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