L'Albanie veut libérer ses ours enchaînés

Deux ours sont exhibés dans une cage dans... (AFP, Gent SHKULLAKU)

Agrandir

Deux ours sont exhibés dans une cage dans un restaurant de Tirana, en Albanie.

AFP, Gent SHKULLAKU

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Monde
Monde

soleil monde TOC »

Briseida Mema
Agence France-Presse
Tirana

Enfermés dans des cages, enchaînés, des dizaines d'ours bruns sont exhibés pour l'amusement des estivants ou des convives de restaurants en Albanie, une pratique que le gouvernement dit vouloir désormais combattre.

Il n'y aurait plus que 250 ours dans les montagnes, selon l'association de défense des animaux Four Paws (Quatre pattes). Mais plusieurs dizaines, entre 50 et 80, vivraient en captivité.

Pashuk et Tomi, cinq ans, sont depuis août au zoo de Tirana, arrachés à des restaurateurs qui les exhibaient pour attirer le chaland. Le premier porte encore au cou les stigmates de sa chaîne trop serrée. Pour le sauver, un vétérinaire est venu d'Allemagne l'opérer.

Tomi est agressif, va et vient dans sa cage. Il est alcoolique, explique Sajmir Shehu, de Four Paws.

Son geôlier, propriétaire du restaurant Uji i ftohte en bord de route nationale à 80 kilomètres au nord de Tirana, laissait ses clients se distraire en lui servant bière et raki, l'eau de vie nationale.

«Le café et l'alcool, il n'y avait pas mieux pour le réveiller, comme pour mes clients», explique ce commerçant, la quarantaine, qui refuse de donner son nom.

Un euro la photo

D'autres ours, également arrachés à la montagne à la naissance, sont promenés sur les plages, tirés par un anneau dans le museau. La contravention de 20 à 30 euros pour possession illégale d'animaux n'est guère dissuasive.

Pour un euro, les estivants se prennent en photo avec les ours.

Mais comme l'Albanie entend attirer les touristes et ne veut pas de polémique sur la maltraitance animale, le ministre de l'Environnement Lefter Koka affirme désormais que le temps de l'impunité est révolu. «La cruauté envers les animaux ne peut pas être une attraction touristique!» selon lui.

En mars, les autorités ont ainsi passé un accord avec Four Paws pour libérer les ours et adopter une loi qui ferait de la détention illégale d'animaux sauvages un délit contre l'environnement, passible de prison.

«Nous avons déjà identifié plus de 50 ours enfermés dans des cages», explique Lefter Koka.

Toni et Pashuk doivent partir ce lundi avec une femelle, Xhina, au Kosovo voisin, qui était confronté à un problème similaire jusqu'à ce qu'il bâtisse un «sanctuaire de l'ours».

Treize ours ont déjà été envoyés en Allemagne, en Grèce et en Italie.

Mais que faire des dizaines d'autres, incapables de retrouver une vie sauvage? Ces animaux sont «stressés, passifs, ils se mordent, ont perdu tous les réflexes pour se nourrir, et ils sont tristes», relève Zamir Dedej, directeur général de l'Agence albanaise pour la protection de l'environnement.

«Il y a un ours qui danse?»

«Notre place est limitée et nous ne pouvons les garder ici longtemps», explique Mirjam Kastrati, qui dirige le petit zoo de Tirana, cerné par les tours de béton.

Un parc coûterait plus de quatre millions d'euros, somme exorbitante pour ce pays pauvre. Lefter Koka est toutefois déterminé à mener à bien son projet de «forêt des ours», qu'il imagine dans la montagne de Dajti, à 10 km à l'est de Tirana.

La tradition des «ours de foire» a longtemps été ancrée dans les Balkans. En Serbie, un indiscret qui fixe quelqu'un, s'expose même à cette réplique: «Qu'est-ce qu'il y a? Il y a un ours qui danse?»

Mais en Albanie, elle était interdite sous le dictateur Enver Hoxha et n'est apparue que lors de la période d'anarchie qui a suivi la chute du communisme dans les années 90. Les usines et la nature ont alors été pillées, et le faisan ou l'aigle (l'emblème du pays) ont quasiment disparu des montagnes, tout comme l'ours, officiellement protégé, sans que personne ne s'en offusque.

Changer les choses prendra du temps.

En attendant, le gotha albanais continue de se presser au restaurant Sofra e Ariut (La table de l'ours), un établissement chic de Tirana où l'on conduit les hôtes de marque et où Laura Bush a dîné. Avant de passer à table, il est de bon ton d'aller photographier Mark et Liza, 22 ans, qui, depuis 10 ans, ne connaissent du monde que leur cage de 50 m2.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer