Impasse diplomatique à l'ONU, Alep sous les bombes

Mercredi, Alep a subi sa pire journée depuis... (AFP, Ameer Alhabi)

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Mercredi, Alep a subi sa pire journée depuis le cessez-le-feu avorté. Des bombardements ont tué «au moins 11 civils», selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

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Nicolas Revise, Al-Masri
Agence France-Presse
New York

Les États-Unis et la Russie se sont étrillés mercredi devant le Conseil de sécurité de l'ONU réuni en urgence pour trouver une issue diplomatique en Syrie, la guerre reprenant de plus belle dans la ville martyre d'Alep sous les bombes.

Deux jours après l'effondrement du cessez-le-feu, l'impasse diplomatique est totale et les échanges entre Moscou et Washington, parrains du processus syrien, de plus en plus acrimonieux.

L'«enfer» de cette guerre qui a fait plus de 300 000 morts et provoqué la pire tragédie humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale «jette la honte sur nous», a tonné le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon en ouvrant une session de crise du Conseil de sécurité.

«C'est un moment de vérité pour la Russie, pour l'opposition et [...) pour la communauté internationale» a aussi mis en garde le secrétaire d'État américain John Kerry, dans une colère froide devant un Conseil à l'ambiance de plomb.

«Ce n'est pas une blague»

«Ce n'est pas une blague, c'est une affaire grave», s'est insurgé le ministre américain en se demandant ironiquement si son homologue russe Sergueï Lavrov et lui vivaient «dans des univers parallèles».

Il a exigé une remise sur les rails de l'accord de Genève qu'il avait paraphé le 9 septembre avec M. Lavrov afin que Moscou impose à son protégé à Damas de «clouer au sol ses aéronefs» et lui «interdise» de bombarder l'opposition et les civils.

L'accord prévoyait sept jours de cessez-le-feu à compter du 12 septembre, de l'aide humanitaire, une zone de facto d'interdiction de survol pour l'aviation syrienne et une coopération militaire russo-américaine contre les jihadistes.

Montrant du doigt la Russie et la Syrie, John Kerry a encore qualifié de «violation flagrante du droit international» le raid de lundi contre un convoi humanitaire de l'ONU (une vingtaine de morts) et celui de mardi soir contre deux ambulances (quatre tués).

En réponse, l'ambassadeur syrien Bachar al-Jaafari a accusé les États-Unis et leurs partenaires de conduire une «guerre de propagande immonde», pendant que son pays combat «des dizaines de milliers de terroristes».

À Moscou, le ministère de la Défense a même affirmé qu'un drone Predator de la coalition militaire pilotée par Washington se trouvait dans le secteur de la frappe contre le convoi humanitaire lundi. Le Pentagone l'a démenti et l'ONU à Genève s'est dite «prête» à reprendre ses convois humanitaires.

Il faut dire que la coalition avait reconnu le 17 septembre avoir bombardé par erreur l'armée syrienne, faisant 90 morts. «Un accident terrible», a concédé M. Kerry.

Impassible devant le Conseil de sécurité, M. Lavrov n'a pas fermé la porte à un retour de la trêve, mais il a affirmé qu'il «ne pouvait plus y avoir de pause unilatérale» par l'armée du président Bachar al-Assad, accusant l'opposition d'avoir repris les hostilités.

Pire journée à Alep 

Sur le terrain, Alep, épicentre de la guerre, a subi sa pire journée depuis le cessez-le-feu avorté, a dénoncé l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Des bombardements ont tué «au moins 11 civils, dont deux enfants», a rapporté l'ONG.

Et mardi soir, une frappe a visé deux ambulances à Khan Toumane, au sud d'Alep, qui venaient évacuer des blessées d'un premier raid. Deux ambulanciers et deux infirmiers ont été tués et un troisième se trouve dans un état critique, a annoncé l'Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM).

Selon l'OSDH, le premier raid visait un dispensaire de l'Armée de la Conquête, coalition regroupant des rebelles et des jihadistes du Front Fateh al Cham (ex-Front al-Nosra). Khan Toumane est une localité rebelle que Damas tente de reprendre.

Le journaliste de l'AFP dans la partie rebelle de la deuxième ville de Syrie a compté «au moins 100» explosions de minuit à 5h00.

Un immeuble de six étages s'est effondré dans le quartier rebelle de Soukkari. «Il n'y avait dans l'immeuble que deux frères», a confié à l'AFP Abou Ahmad, un voisin, en dégageant les gravats sur le trottoir. «Je leur avais rendu visite une heure avant la frappe, on a bu du thé ensemble et maintenant ils sont morts».

Dans un autre quartier rebelle, Qadi Askar, plusieurs immeubles se sont écroulés, selon une vidéo obtenue par l'AFP. Elle montre un bénévole de la défense civile qui tente de se frayer un chemin au milieu de gravats et des enfants marchant dans les ruines.

Dans la partie gouvernementale d'Alep, deux personnes ont été tuées et sept blessées par des obus tirés des quartier rebelles.

Par ailleurs, 16 personnes ont perdu la vie et 35 autres ont été blessées par huit missiles tirés sur la localité rebelle de Khan Cheikhoun, dans la province d'Idleb (nord-ouest).

Pour sa part, le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault a réclamé devant le Conseil des sanctions, en particulier contre Damas, pour des attaques à l'arme chimique.

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