Au bord du suicide au Nigeria, en finale de Miss Transexuelle à Barcelone

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La Nigériane Miss Sahhara (à gauche) affirme avoir été emprisonnée deux fois au Nigeria pour ses tenues féminines, avant de gagner Londres, comme immigrante clandestine puis comme réfugiée.

AFP, Pau Barrena

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Daniel Bosque
Agence France-Presse
Barcelone

Miss Sahhara est née dans le mauvais corps et le mauvais pays. Persécutée au Nigeria, au bord du suicide, elle est désormais l'une des heureuses finalistes d'un concours de beauté très spécial à Barcelone : Miss Trans Star International.

Fondé en 2010, l'événement est devenu l'un des principaux concours de ce type en Europe. Ce week-end, sa cinquième édition a vu le sacre de la Brésilienne Rafaela Manfrini.

«Nous sommes toutes gagnantes, nous avons gagné notre propre vie», a réagi l'Israélienne Tallen Abu Hanna, arrivée deuxième.

Persécutées par leurs gouvernements, victimes de discrimination ou rejetées par leurs propres familles, les 25 candidates de ce concours ont emprunté un douloureux chemin de croix avant de trouver le courage de défiler en maillot de bain ou en robe de gala. Parmi les 300 spectateurs, beaucoup d'autres transsexuels les ovationnent à chaque apparition.

«La minorité transgenre souffre toujours d'une énorme discrimination, et ce (concours) est une tentative de toucher la société. Nous voulons aller au-delà de la beauté et montrer l'histoire de vie derrière chacune des filles», explique Thara Wells, la fondatrice de Miss Trans Star International.

Parmi les candidates originaires des quatre coins du globe, notamment du Japon, d'Afrique du Sud, de Colombie ou de Turquie, la Nigériane Miss Sahhara -son nom de scène- se démarque par son discours revendicatif.

Vêtue d'une robe crème décolletée, elle défile sans timidité, le pas ferme, séduisant le public avec son regard vert clair. Il ne reste pas grand-chose de la jeune fille de 19 ans qui avait fui le Nigeria pour Londres, il y a trois ans.

«Je souffrais d'une sévère dysphorie (trouble de l'identité sexuelle, ndlr). Ma poitrine ne grossissait pas, je n'avais pas de vagin, je me regardais dans le miroir et je ne me sentais pas à l'aise dans mon corps», confie-t-elle à l'AFP avant le gala.

Ayant toujours su qu'elle était une femme, elle se maquille et met des talons dans le dos de sa mère. Mais dans un pays qui punit de 14 ans de prison l'homosexualité et la transsexualité, difficile d'assumer.

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Ayant toujours su qu'elle était une femme, la Nigériane Miss Sahhara se maquille et met des talons dans le dos de sa mère. Mais dans un pays qui punit de 14 ans de prison l'homosexualité et la transsexualité, difficile d'assumer.

AFP, Pau Barrena

Fuir ou mourir 

«Dans la rue, j'ai été agressée et harcelée. Ma famille aussi, lorsque je suis rentrée à la maison. Ils me disaient "c'est mal ce tu fais, tu dois changer, te comporter comme un homme"», se souvient-elle en montrant des cicatrices sur son dos et ses jambes.

Ses deux tentatives de suicide échouent. Elle affirme avoir été emprisonnée deux fois au Nigeria pour ses tenues féminines, avant de gagner Londres, comme immigrante clandestine puis comme réfugiée.

«Au Nigeria, je n'avais aucune chance de survivre. C'est pour cela que j'ai dû fuir.»

À Londres, elle se fait opérer, et devient une femme aux longues boucles blondes, à la poitrine proéminente et aux lèvres charnues. Puis jongle entre son travail de mannequin et la gestion de sa propre ONG d'aide aux transsexuels.

Ces dernières années, les transsexuels ont accumulé de petites victoires : le Népal, l'Argentine, la Bolivie ou l'Irlande, entre autres, ont fait passer des lois reconnaissant leur existence. Les États-Unis envisagent d'autoriser leur admission dans l'armée.

Mais beaucoup reste à faire. Plus de 2000 d'entre eux ont été assassinés depuis 2006, selon l'ONG autrichienne Trans Murder Monitoring Project et ils ou elles restent persécutés dans 80 pays. Selon l'ONG Human Rights Watch, ils ont 50 fois plus de risque de contracter le VIH.

«Il est très difficile pour un transsexuel de trouver du travail (...) Beaucoup finissent par se prostituer», regrette l'Israélienne Tallen Abu Hanna, devenue l'égérie d'une grande marque internationale de mode après avoir gagné un concours de beauté.

Arabe de confession chrétienne, elle veut désormais inspirer ses compatriotes qui, comme elle autrefois, se sentent «enfermées dans une boîte».

«Je suis devenue une femme et j'ai fait la paix entre mon corps et mon âme. Je veux incarner l'espoir pour toutes ces filles», conclut-elle.

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