La Russie et les États-Unis alliés pour la trêve en Syrie

« L'État syrien est déterminé à reprendre aux terroristes... (AFP/sana)

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« L'État syrien est déterminé à reprendre aux terroristes toutes les régions et à rétablir la sécurité », a dit le président Assad (au centre) lors d'une visite dans l'ex-fief rebelle de Daraya près de Damas.

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Maher Al Mounes, Karam Al Masri
Agence France-Presse
Alep

Les armes se sont tues lundi soir en Syrie avec l'entrée en vigueur d'une trêve initiée par la Russie et les États-Unis, énième effort pour mettre un terme à plus de cinq ans d'un conflit dévastateur.

«C'est globalement calme sur tous les fronts, surtout dans les régions de Damas, d'Alep et d'Idleb, hormis quelques roquettes tirées dans le sud juste après le début de la trêve», a dit à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), en allusion aux principales zones de combats entre rebelles et régime.

L'accord américano-russe pourrait «être la dernière chance de sauver» la Syrie, a martelé le secrétaire d'État John Kerry, quelques heures après l'entrée en vigueur de la trêve à 19h00 locales (16h00 GMT).

Scepticisme

L'opposition et la rébellion, en position de faiblesse sur le terrain, n'ont pas encore donné leur accord formel à la trêve et ont demandé des «garanties» à leur allié américain, alors que prévaut le scepticisme sur le succès de ce nouveau cessez-le-feu.

Le régime a lui donné son approbation à l'accord conclu vendredi par les États-Unis et la Russie, et a annoncé le gel de ses opérations militaires «sur le territoire pendant sept jours, de lundi à 16h00 GMT au 18 septembre à 21h00 GMT».

Comme lors de la précédente trêve fin février qui avait duré quelques semaines, les groupes jihadistes État islamique (EI) et Front Fateh al-Cham (ex-branche d'Al-Qaïda), qui contrôlent de vastes régions du pays, en sont exclus.

Si elle tient, cette cessation des hostilités devra déboucher sur une collaboration inédite entre Moscou et Washington contre les deux groupes. Elle devra aussi permettre l'acheminement d'aides humanitaires sans entrave aux zones assiégées, notamment dans la ville divisée d'Alep (nord), principal front du conflit.

«Pas beaucoup d'espoir»

Selon le correspondant de l'AFP dans la partie prorégime d'Alep, le dernier tir provenant du secteur rebelle a été entendu à 18h55 (15h55 GMT). Dans la partie rebelle, le calme règne depuis 17h00 (14h00 GMT).

En dépit de la fête musulmane de l'Adha, les rues des quartiers rebelles d'Alep sont restées quasiment vides, les magasins n'ayant pas de nourriture à vendre.

«C'est la journée la plus calme depuis que je me suis marié il y a une semaine», se réjouit Chadi Saber, 26 ans, attendant son tour chez le coiffeur. «J'espère que ça va durer pour avoir une lune de miel d'au moins une semaine».

Dans les quartiers gouvernementaux d'Alep, au contraire, il y avait plus d'animation.

«J'ai regardé toute la journée ma montre et quand l'accord est entré en vigueur j'étais heureux. J'espère que cette trêve me permettra de revoir mon frère qui habite de l'autre côté», a déclaré Khaled al-Mouraweh, 38 ans.

Pour Hassan Abou Nouh, un militant de Talbissé, fief rebelle de la province centrale de Homs, l'important est de survivre. «Nous avons passé l'Aïd dans les abris. Nous n'avons pas beaucoup d'espoir. On espère que ça restera calme. Je veux juste rester en vie».

Les États-Unis et la Russie, parrains respectivement des rebelles et du régime, cherchent à travers l'accord de trêve de favoriser une reprise des négociations entre régime et rebelles pour arrêter l'effusion de sang qui a tué plus de 290 000 personnes, poussé à la fuite des millions de Syriens et favorisé la montée en puissance du redoutable groupe EI.

«Nous pensons que la seule solution réaliste et possible au conflit est au bout du compte une solution politique», a dit M. Kerry.

Mais la tâche est très difficile, tant le conflit est complexe avec l'implication de nombreux acteurs.

D'ailleurs, le président Bachar al-Assad a répété, malgré la trêve, sa «détermination à reprendre aux terroristes toutes les régions» du pays, éloignant toute perspective d'une solution politique rapide.

«La méfiance est grande»

En soirée, des groupes rebelles ont réitéré dans un communiqué leurs réserves concernant l'accord de trêve mais sans le rejeter formellement. Ils ont souligné leur «refus» que leur allié Front Fateh al-Cham continue d'être visé par les bombardements.

L'accord stipule d'abord un cessez-le-feu de 48 heures, renouvelables, dans toutes les régions à l'exception de celles où l'EI et le Front Fateh al-Cham sont présents.

Mais il n'est pas précis sur les régions concernées par la trêve.

Pour M. Kerry, le régime devrait s'abstenir de mener des raids «dans toute zone où se trouve l'opposition et sur laquelle on s'est mis d'accord». Or dans plusieurs zones, les rebelles sont alliés au Front Fateh al-Cham considéré comme «terroriste» par Washington et Moscou.

L'armée russe, qui aide militairement M. Assad, a annoncé qu'elle suspendait ses frappes «sur tout le territoire» à l'exception des zones où se trouvent les groupes «terroristes», sans préciser lesquelles.

Sur le plan de la coopération inédite russo-américaine, un responsable du Pentagone a souligné que «tout le monde est prêt pour appliquer rapidement cet accord si on dépasse le seuil» d'une semaine.

Même si la trêve devait durer sept jours, cela n'impliquerait pas automatiquement le début de la coopération, a dit un autre responsable. «Les délais sont courts, mais la méfiance est grande».

Pour leur part, les civils ont continué à payer un lourd tribut dans les violences. Avant le début de la trêve, 13 ont péri à Idleb (nord-ouest) et 13 dans la ville rebelle de Douma près de Damas où le correspondant de l'AFP a vu des enfants à la tête ensanglantée tremblant dans un hôpital de fortune.

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