Syrie: frappes mortelles avant la trêve

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Un homme transporte un blessé après des frappes meurtrières à Idleb, en Syrie.

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Rana MOUSSAOUI
Agence France-Presse
BEYROUTH

Des frappes aériennes ont tué 58 personnes samedi dans la ville syrienne rebelle d'Idleb avant l'entrée en vigueur d'une trêve acceptée par le régime de Damas, qui doit débuter lundi dans ce pays déchiré par cinq ans de guerre. Cinquante-huit personnes ont péri.

L'accord de trêve, annoncé par la Russie et les États-Unis vendredi soir, vise à favoriser une réduction immédiate des violences et une reprise des négociations en vue d'une transition politique. Il pourrait déboucher sur une coopération militaire inédite contre les jihadistes de la part de Washington et de Moscou, qui soutiennent des camps adverses dans le conflit syrien.

Samedi, des raids aériens ont tué 58 personnes à Idleb, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui n'a pas pu identifier les auteurs des frappes. «Les gens effectuaient leurs emplettes avant l'Aïd el-Adha, ce qui explique pourquoi les victimes sont si nombreuses», a précisé le responsable de l'OSDH, Rami Abdel Rahman.

Des raids ont aussi tué 12 civils dans les quartiers insurgés d'Alep et 18 personnes dans d'autres localités de la province du même nom.

La trêve négociée par les Américains, qui soutiennent des rebelles dits modérés, et les Russes, alliés du président Bachar al-Assad, doit débuter lundi, pour coïncider avec l'Aïd el-Adha, la fête musulmane du sacrifice. «Le gouvernement syrien a eu connaissance de l'ensemble de l'accord et l'a approuvé», a indiqué samedi l'agence officielle Sana, citant des «sources informées».

En soirée, les groupes rebelles n'avaient pas encore fait part de leur position, mais l'émissaire américain pour la Syrie les a appelés à respecter l'accord de cessez-le-feu, qu'il décrit comme «le meilleur moyen» de sauver des vies.

«Cette trêve peut être plus efficace que la précédente, car elle peut arrêter les frappes syriennes contre les civils et l'opposition», a plaidé Michael Ratney, en référence à un premier accord russo-américain conclu fin février qui avait volé en éclat au bout de quelques semaines.

Selon l'émissaire américain pour la Syrie, les combats doivent cesser lundi à 19H00 (16H00 GMT) pour une première trêve de 48 heures.

Le Haut Comité des négociations (HCN), qui rassemble les principaux représentants de l'opposition et de la rébellion syriennes, a de son côté indiqué n'avoir pas encore reçu «une copie officielle» du texte.

Une membre du HCN, Bassma Kodmani, avait réagi avec circonspection à l'annonce de l'accord dont l'application dépend, selon elle, avant tout de la Russie.

«Nous voulons que la Russie persuade le régime d'appliquer l'accord. Nous ne nous attendons pas à ce que le régime le fasse de plein gré», a-t-elle indiqué à l'AFP.

Nécessité militaire

Russes et Américains affirment que ce plan était la meilleure chance d'en finir avec un conflit qui a fait plus de 290 000 morts et provoqué l'exode de millions de Syriens.

Un des points de l'accord concerne Alep, la grande ville du nord divisée entre secteurs tenus par les forces du régime dans l'ouest et quartiers contrôlés par les rebelles dans l'Est.

L'accord prévoit la «démilitarisation» de la route du Castello au nord d'Alep, qui était un axe de ravitaillement pour les rebelles avant que le régime n'en reprenne le contrôle le 17 juillet, les assiégeant de facto.

Il stipule que c'est par cette route que sera acheminée l'aide humanitaire à la métropole.

Alors que Moscou doit faire pression sur le régime, Washington doit convaincre les rebelles de se dissocier des djihadistes avec lesquels ils sont notamment alliés dans les provinces d'Alep et Idleb.

Le principal groupe djihadiste concerné est le Front Fateh al-Cham, ex-Front al-Nosra qui a renoncé à son rattachement à Al-Qaida, mais reste considéré comme un groupe «terroriste» par Moscou et Washington.

Selon Bassma Kodmani, les rebelles rompront leurs liens avec les groupes jihadistes si la trêve tient. «Les groupes modérés vont se réorganiser et prendre leurs distances avec les groupes radicaux», a-t-elle estimé.

Mais selon Charles Lister, chercheur au Middle East Institute, les principaux combattants de l'opposition n'ont jusque-là pas montré de volonté de rompre leurs alliances avec des groupes djihadistes, considérées comme «une nécessité militaire».

Les points de l'accord

  • La suspension des frappes aériennes du régime sur des zones prédéfinies où l'opposition armée est présente, une disposition qui constitue la «fondation» même de l'accord. Elle ne s'applique pas aux zones contrôlées par le groupe État islamique (EI) ou le Front Fateh al-Cham, qui a renoncé à son rattachement à Al-Qaïda mais reste considéré comme «terroriste» par Moscou et Washington. Selon John Kerry, si les groupes rebelles veulent conserver leur légitimité, ils doivent se distancier totalement du Front Fateh al-Cham et de l'EI.
  • L'engagement des deux parties, régime et rebelles «modérés», à s'abstenir de toute attaque ou tentative d'avancée territoriale et respecter le cessez-le-feu.
  • L'entrée de l'aide humanitaire dans les zones assiégées ou difficiles d'accès, dont Alep. Dans cette métropole, démilitarisation de la route du Castello, important axe d'approvisionnement des quartiers rebelles, situé au nord de la ville. Libre passage des civils, des aides et des produits commerciaux par le secteur de Ramoussa, au sud-ouest de la ville.
  • Mise en place d'un centre conjoint russo-américain visant notamment à établir «un partage d'informations nécessaire pour délimiter les territoires contrôlés par (le Front Fateh al-Cham) et les groupes rebelles». Si l'arrêt des combats et l'accès humanitaire tiennent pendant une semaine complète, États-Unis et Russie entameront alors une collaboration contre l'EI et le Front Fateh al-Cham, notamment par une coordination des frappes aériennes dans des zones délimitées.  AFP

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